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Brian L'Autruche

 

Tombé dans le football dans les années 90, admirateur de Laudrup, Bergkamp ou Cocard, Brian L'Autruche a aimé l'AJ Auxerre de Guy Roux, la Suède de 94 et l'âge d'or du football français dans 90's. Trop petit pour avoir vu jouer la génération Platini, c'est un grand naïf qui continue d'espérer le retour au plus haut niveau de Yoann Gourcuff. Heureusement, il est patient...


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Mourinho est-il encore spécial?

De retour à Chelsea six ans après son éviction, José Mourinho aborde une saison charnière dans sa carrière d'entraîneur. Ses dernières déclarations laissent penser que le Portugais en a bien conscience...

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Il y a neuf ans, auréolé d'une victoire en Ligue des champions avec Porto – laquelle faisait suite à une victoire en Coupe de l'UEFA la saison précédente – José Mourinho se présentait à l'Angleterre du football dans toute sa splendeur: sûr de sa force et arrogant, au point de s'autoproclamer "The Special One". Six ans plus tard, le Portugais a tout connu: le succès puis un licenciement violent à Chelski [2] une revanche totale avec l'Inter Milan [3], puis un échec là où semblait l'attendre la consécration ultime, au Real Madrid.
 

En s'autoproclamant désormais "The Happy One" afin d'évoquer son retour à Londres, on pourrait imaginer que Mourinho ressort blessé voire meurtri de ses trois années en Espagne. Preuve en serait, le technicien portugais ne semble plus aussi tranchant qu'à ses meilleures heures dans le jeu des petites piques par médias interposés: en 2004, quand ses détracteurs pointaient son manque d'expérience comme joueur, il répondait avec beaucoup de justesse "Mon dentiste n'a jamais eu de carie, pourtant il est excellent".
 

 

Mourinho Real Chelsea

 


Quel bilan à Madrid ?

Le Mourinho de 2013 ne repart pas sur les mêmes bases. Sa dernière pique, à l'égard de son ancien joueur Cristiano Ronaldo, a fait couler beaucoup d'encre et surtout, a valu à l'ancien Special One un retour de bâton sobre mais efficace du joueur du Real [4]. Au final, Mourinho a mis de l'eau dans son vin, non sans trahir un certain ressentiment à l'égard du Real Madrid et de certains de ses joueurs cadres... The Happy One n'est peut être pas aussi heureux qu'il souhaite le faire penser.
 

José Mourinho ne sort clairement pas grandi de son passage au Real Madrid. Pour autant, son échec n'est pas forcément sportif. En trois saisons, le Portugais a réussi à contester la domination du FC Barcelone avec une Liga et une victoire en Coupe du Roi. En Ligue des champions, pas de victoire finale mais tout de même trois demi-finales consécutives, perdues contre le FC Barcelone, le Bayern Munich et le Borussia Dortmund. Une belle performance quand on sait que la Maison blanche était absente du dernier carré depuis 2003 avant son arrivée. Si l'on se penche sur ses statistiques affolantes en Liga malgré la présence du FC Barcelone [4], il n'est plus raisonnable de remettre en cause les compétences purement sportives du technicien.
 

La chute de Mourinho ne s'est donc pas tant construite sur le terrain qu'en coulisses. Humainement, le Portugais s'est mis à dos son propre vestiaire, une conclusion qu'annonçait déjà en 2010 sa gestion du cas Raul: véritable bijou de famille de l'institution madrilène, l'attaquant le plus emblématique du club était prié d'aller se faire voir à Gelsenkirchen... Ce premier fait d'armes de Mourinho a trouvé écho dans le conflit ouvert qu'il entretenait avec Iker Casillas et Sergio Ramos. Cette guerre interne a valu au Special One de se mettre à dos son équipe et son public.
 


"Champion des conférences de presse"

Mais la petite mort de Mourinho au Real a résulté de ce qu'il s'est choisi comme motivation pour y réussir: détruire Pep Guardiola et son Barça cinq étoiles. La manita infligée par les Blaugranas en 2010 [5], pour le premier Clasico du Portugais, a probablement conditionné son parcours meringue: humilié en essayant de prôner un jeu offensif indispensable à la réputation de la Casa Bianca, Mourinho a alors choisi d'utiliser toutes les armes à disposition pour vaincre les Catalans, notamment les veilles méthodes qui ont fait leurs preuves à Milan. En ont résulté des Clasicos tendus et des polémiques à n'en plus finir sur l'arbitrage, des mises en scène du Portugais pour alourdir les avant-matches – au point que Guardiola qualifie son rival de "champion des conférences de presse".
 

Pour beaucoup, c'est la pression constante de Mourinho qui a usé le coach catalan au point de lui faire prendre une année sabbatique. Mais si l'on se fie à un connaisseur, Thibaud Leplat (auteur de Clasico, la guerre des mondes), c'est bien Mourinho qui a perdu la partie: en quittant le Barça, Guardiola a ôté à Mourinho sa marotte, et surtout, en ne rentrant pas dans le même jeu, il a fait en sorte que Mourinho "perde la bataille de l'honneur". Et tout laisse à croire que cette défaite-là était de trop pour Florentino Pérez et son club qu'il se doit de maintenir irréprochable...
 

À l'été 2010, quand il débarque à Madrid, Mourinho a le profil du gagnant. Auteur d'un triplé avec l'Inter Milan pour sa deuxième saison en Lombardie, le Portugais jouit d'une aura particulière: sa seule nomination est une garantie de résultats pour le club qui l'embauche et auprès duquel il apparaît comme le seul homme capable de mettre à mal la domination du Barça. La fameuse manita de 2010 sera d'ailleurs tout autant une humiliation pour Mourinho qu'un soulagement pour des Catalans qui en étaient venus à craindre ce Real version Mourinho.
 


Une autre image

Des réserves à l'égard du Special One existaient chez certains observateurs avisés: Mourinho sait gagner, certes, quelle que soit la manière. Le technicien l'avait prouvé à Porto, à Chelsea, avant d'atteindre le paroxysme de son pragmatisme à l'Inter Milan, lors de cette fameuse demi-finale retour de Ligue des champions contre le Barça. Cependant, un nouveau challenge l'attendait à Santiago Bernabeu, où gagner ne suffit pas: bien gagner y est une nécessité.  C'est principalement sur ce point, et sur son incapacité à gagner la Ligue des champions avec le Real, que Mourinho a donc perdu une partie de sa crédibilité: en 2013, il est toujours un provocateur, en aucun cas un bâtisseur, mais pire que tout, il n'est plus une garantie de résultats...
 

La saison 2013-2014 s'annonce donc cruciale pour le Portugais: s'il n'obtiendra jamais l'aura d'un Sir Alex Ferguson ou d'un Pep Guardiola pour un accomplissement de longue haleine – œuvre de l'Écossais – ou une révolution en termes de jeu – mérite du Catalan –, le nouveau coach de Chelsea se doit de réussir. Une saison sans titre voire une éviction en cours de saison le ferait encore rentrer un peu plus dans le rang. Ses titres passés n'en seraient pas pour autant effacés, mais il en deviendrait un entraîneur bien moins "spécial". A contrario, une victoire en Ligue des champions pourrait lui faire retrouver toute sa superbe, lui permettant de devenir le seul entraîneur de l'histoire à l'avoir remportée avec trois équipes différentes...
 


[1] Mourinho est licencié le 19 septembre 2007 après un match nul et sans relief à Stamford Bridge contre Rosenborg en C1 (1-1). En un peu plus de trois saisons à Londres, le Portugais a remporté les championnats 2005 et 2006, la Cup en 2007, deux League Cup en 2005 et 2007 ainsi qu'un Community Shield.
[2] En deux saisons à la tête de l'Inter Milan, Mourinho s'offre deux Calcio (2009, 2010), et une Supercoupe (2008), mais le point d'orgue de son passage en Lombardie reste le triplé Championnat-C1-Coupe d'Italie de 2010.
[3] L'attaquant portugais a refusé de rentrer dans le jeu de son ancien coach, avant de claquer deux buts en amical lors d'une victoire du Real sur Chelsea, à la suite de quoi Mourinho a fait profil bas.
[4] Lors de sa première saison à Madrid, Mourinho termine 2e de Liga avec 92 points (29 victoires, 5 nuls, 4 défaites). Lors de la seconde, il termine 1er avec 100 points (32 victoires, 4 nuls, 2 défaites). Lors de la dernière, la plus «mauvaise», il termine 2e avec 85 points (26 victoires, 7 nuls, 5 défaites).
[5] Le 29 novembre 2010, pour son premier Clasico à la tête du Real, Mourinho subit sa plus grande humiliation comme entraîneur, avec une défaite 5 à 0.


 

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