auteur
Richard N

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


Du même auteur

> déconnerie

Monts et Marvel / 2

> article suivant

Revue de stress #11

> article précédent

PSG-QTA : FPF UEFA WTF ?

> article précédent

Tot el Camp és au calme

Pelé 1969, en plein dans le mille

Un jour, un but – Inscrit sur penalty le 19 novembre 1969 au Maracanã, le millième but du Pelé a transformé la surface de réparation en scène de théâtre.

Partager

 
Si Pelé s’est vu attribuer le titre honorifique de meilleur footballeur de tous les temps, il le doit en partie au fait d’avoir marqué les esprits en atteignant le chiffre mythique des mille buts. Ce n’est pourtant pas un record en soi. Son prédécesseur Arthur Friedenreich avait probablement déjà atteint ce total dans les années 1920, tout comme, plus tard, le Hongrois Ferenc Puskas. Mais Pelé avait peut-être ce talent supplémentaire de savoir se mettre en scène.

 

Pele gol mil Santos
 

 

Gol Mil

Ce n’est qu’au milieu du mois d’octobre 1969 que le nombre de buts inscrits par le meneur de jeu du Santos FC suscite l’intérêt. La presse brésilienne dresse alors des statistiques et s’aperçoit – ou décrète c’est selon – que lors du Santos-Coritiba (3-1) du 22 octobre, Pelé a inscrit les 994e et 995e buts de sa carrière. Dès lors commence le compte à rebours avant le Gol Mil. Le Santos FC n’a plus rien à attendre d’un championnat brésilien qu’il a un peu bâclé, l’imminence d’un but historique donne du piment à sa fin de saison. Le 1er novembre, Pelé inscrit le numéro 996 but contre Flamengo (4-1). Le 13, un doublé contre Santa Cruz (4-0) porte le total à 998. Le 999 arrive dès le lendemain, lors d’un match contre Botafogo.
 

Rendez-vous est donné le 16 novembre au stade Fonte Nova de Salvador de Bahia. Un match très ennuyeux dans l’ensemble, qui va surtout s’animer dans ses derniers instants. Pelé est nerveux et rate son match (ça lui arrive aussi). Mais à la toute dernière minute, il se défait enfin de la défense bahianaise, envoie une frappe puissante qui trompe le gardien… mais qui percute la barre transversale. Le ballon revient vers lui, qui n’a plus qu’à le pousser dans la cage vide. Mais son coéquipier Jair Bala oublie l’histoire qui s’écrit sous ses yeux: Il devance Pelé et s'en charge lui-même.
 


Le Roi René

Bien que frustré par son obscur coéquipier, Pelé n’est finalement pas mécontent que l’exploit annoncé soit reporté d’un match. Car la rencontre suivante, contre Vasco de Gama, se joue au Maracanã. Le Gol Mil valait bien le plus grand stade du monde. Seul problème, ce jour-là se programme un autre événement considérable: l’alunissage des astronautes américains Charles Conrad et Alan Bean, partis cinq jours plus tôt de Cap Kennedy. Mais il faut croire que les Dieux avaient choisi le roi Pelé. Un orage diluvien s’est abattu sur le pays, coupant les retransmissions TV internationales et effaçant donc des écrans les aventures spatiales du duo américain.
 

80.000 spectateurs sont présents au Maracanã, pour un match dont le seul intérêt reste l’imminence du millième but. Le public s’enthousiasme dès que Pelé conduit la balle aux abords de la surface de réparation, puis se rassoit dès qu’il l'a perdue. L’équipe d’en face, bien entendu, met tout en œuvre pour gâcher la fête. Elle a ouvert le score très rapidement et a collé sur Pelé un défenseur rugueux, grand, physique, répondant au patronyme très épuré de René. Ce n’est qu’après une demi-heure de jeu que Pelé prend le dessus sur son opposant. Il cadre alors une belle frappe liftée mais le gardien de Vasco, l’Argentin Andrada, détourne en corner. Quelques minutes plus tard, Pelé envoie encore une frappe sur la barre transversale, puis, sur un centre aérien, il s’élève pour reprendre de la tête, mais il est devancé in extremis par René… qui marque contre son camp.
 


Guerre des nerfs en pleine surface

On entre dans les dix dernières minutes. Clodoaldo lance Pelé d’une magnifique passe en profondeur. Le Roi s’infiltre dans la surface et s’y fait faucher par Fernando. L’arbitre, Manuel Amaro de Lima, n’hésite pas: le penalty est indiscutable, mais lance une série de scènes surréalistes. Les joueurs de Vasco démontrent qu’ils tiennent à empêcher l’événement de se produire à leurs dépens et s’en prennent avec véhémence à l’arbitre. Pendant ce temps, un de leurs défenseurs massacre le point de penalty à coups de crampons, avant d’être rappelé à l’ordre par Carlos Alberto. Les coéquipiers de Pelé, eux, cherchent à donner une solennité à l’instant, et se regroupent en rang derrière la ligne médiane [1]. Le public clame le nom de l'idole qui, au milieu des contestataires, bavarde avec un peu tout le monde. L’arbitre parvient à ramener un peu d’ordre, mais les joueurs de Vasco continuent de discuter avec Pelé, sans doute pas pour l’encourager. Le gardien Andrada le prend même à part, comme s’il voulait négocier.
 

Pelé peut enfin s’emparer du ballon, tandis que des défenseurs contestent encore. Tour à tour un défenseur, l’arbitre puis le gardien viennent replacer la boule de cuir à leur guise, sous l’œil amusé de Pelé qui attend, les mains sur les hanches, et donne même une tape sur l’épaule de René, son ami d’un soir. À aucun moment il ne viendra replacer le ballon. Il remonte tranquillement ses chaussettes. Au moment où l’on s’y attend le moins, Pelé se retourne et s’élance pour frapper. 


 
 


Marée humaine

Il est exactement 23h23 dans l’enceinte du Maracanã. Le Brésil retient son souffle. La course d’élan de Pelé est très courte, marquée par un petit temps d’arrêt caractéristique que les Brésiliens ont surnommé Paradinha et qui consiste à tromper le gardien trop pressé. Edgardo Norberto Andrada, le gardien argentin du Vasco de Gama, n’ignore rien de Pelé et de sa façon d'exécuter les coups de pied de réparation, même s’il s’agit de sa première saison au Brésil. Il ne tombe pas dans le piège. Pelé frappe du pied droit, d’une frappe sèche à mi-hauteur sur la gauche du gardien. Andrada plonge du bon coté, se détend autant que possible, mais insuffisamment pour empêcher le ballon d’entrer, qui frôle le poteau.
 

Le Maracanã explose. Des "Gooool" interminables grésillent dans les postes de radio. Tandis qu’Andrada frappe le sol des poings, Pelé court jusqu’au fond de la cage, s’empare du ballon et le couvre de baisers. Collé au filet, il se retrouve prisonnier d’une nuée de photographes, de reporters, de supporters, qui se sont aussitôt précipités vers lui. La marée humaine s’empare ensuite du joueur et le porte en triomphe. Très dignement, ses coéquipiers restent alignés derrière la ligne médiane, sans broncher. Devant eux, la star n’en finit plus d’être célébrée, interviewée, portée en triomphe. Dans la cohue la plus complète, il répond aux questions, dédie son but "aux enfants pauvres du Brésil". On lui remet ensuite un maillot floqué du numéro 1000 avec lequel il effectue un tour d’honneur.

Après vingt minutes de folie, on se rappelle qu’il y a un match à terminer. Il reprend alors qu’une partie du public a quitté le stade. Pelé a inscrit son millième but. La suite n’a plus d’intérêt.
 


[1] Comme cela se pratique aujourd’hui lors des tirs au but.

 

Partager

> Dossier

Histoire FC

Un jour, un but


Richard N
2014-10-20

Coridon 2004, ascendant scorpion

Un jour, un but – Le 20 octobre 2004 au Parc des Princes, le Paris Saint-Germain inscrit face au FC Porto un but invraisemblable signé Charles-Édouard Coridon. 


Richard N. et C. Zemmour
2014-07-09

Bergkamp 1998, le jardin suspendu

Un jour, un but - En trois touches de génie, Dennis Bergkamp réduit Roberto Ayala et Carlos Roa au rôle de victimes d’un but d’anthologie qui qualifie les Pays-Bas pour le dernier carré de la Coupe du monde 1998.


Richard N
2014-07-05

Vandenbergh 1982, enfin l’ouverture

Un jour un but - Le 13 juin 1982 au Camp Nou, Erwin Vandenbergh marque le premier but du Mundial espagnol et met fin à la stérilité des matches d’ouverture de Coupe du monde.


>> tous les épisodes de la série "Un jour, un but"

Sur le fil

RT @Pierre_B_y: Président DNCG en août : « Lens ira-t-il au bout de la saison ? Je ne le crois pas ». http://t.co/yc7FMZO9Pz

Le spot UEFA contre le racisme avec les visages qui défilent est sponsorisé par la Fédération européenne de dermatologie.

RT @teenagekickscdf: 3è volet du dossier sur le foot noir britannique : Arthur Wharton, un mec super rock ‘n’ roll http://t.co/oHBxaZ7jxb h…

Les Cahiers sur Twitter

Le forum

Le fil éclectique

aujourd'hui à 01h35 - Mevatlav Ekraspeck : A domicile... Ce vestiaire, c’est le mien. 20 mètres carrés de carrelage beige, craquelé,... >>


Scapulaire conditionné

aujourd'hui à 01h21 - Gouffran direct : Allez, il n'est jamais trop tard. http://tinyurl.com/nl5dajb >>


Gerland à la détente

aujourd'hui à 01h21 - Gouffran direct : L'avantage de l'huile c'est qu'elle ne pourrit pas, j'en rajoute donc une... >>


Le Ch'ti forum

aujourd'hui à 01h17 - Gouffran direct : Si le Losc déploie une défense imperméable ce seront les plaids de l’Égide. >>


Ligue Europe, la coupe de l'UEFA

aujourd'hui à 00h25 - Tonton Danijel : N'empêche qu'il est toujours possible que Lille et Saint-Etienne passent et que Guingamp soient... >>


En Vert et contre tout

aujourd'hui à 00h17 - forezjohn : Nom de Zeus 27/11/2014 à 23h28 Que dire... J'ai beaucoup de mal à en vouloir à l'arbitre... >>


La Ligue des champions

aujourd'hui à 00h15 - Charterhouse11 : (je complète ta dernière phrase)... qui est quand même bien plus intéressante à beaucoup de... >>


Observatoire du journalisme sportif

aujourd'hui à 00h06 - Cech tes Lahm : LLBB1975 aujourd'hui à 22h14 Je ne vois plus beaucoup de matchs de foot mais cela fait deux... >>


L'empire d'essence

aujourd'hui à 00h05 - Run : Je pense qu'il y a des precisions a apporter sur les "pilotes payants". En gros, on a 4... >>


Sondages idiots

27/11/2014 à 23h38 - l'homme de la pampa : La Selecao contre la Mannschaft pour viol en réunion. Les glacières Campingaz contre Marcelo... >>


Les brèves

on refait le M.A.S.H.

“Kompany à l'infirmerie.” (lequipe.fr)

this is the Inde

"Goa et Pirès sont derniers." (lequipe.fr)

Charles Edouard Corridor

"PSG-OM : les tunnels électriques." (lequipe.fr)

prostate

"Pascal Praud engagé comme statisticien." (lequipe.fr)

placement hasardeux

"Givet repart." (lequipe.fr)