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Alexis

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Le Diaporama de Noël

Metz en décembre

Parfois, on aime sa ville exactement comme son club de football. Et quand on raconte cette difficile passion, on peut la partager bien au-delà des limites administratives.

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Texte initialement posté sur le fil "Tu sais ce qu'il te dit, Casimir?"


À Metz, en décembre, les Alliés boutent l’occupant allemand hors des fortifications, et donc de la ville. Mais, ces cons, disons-le, ont taillé la campagne vers la Sarre sans rien laissé qu’un quartier Impérial, un patois différent dans chaque village, un accent commun auquel ils ont soustrait l’élégance de celui offert au voisin alsacien, et un goût prononcé pour le mariage gustatif bière/charcuterie.

 


 


Marché péruvien

Ces cons, oui, redisons-le, se sont fait la belle après nous avoir souillés suffisamment pour que notre mère patrie nous récupère du bout des doigts, l’air outré, nous laissant nous ridiculiser dans notre coin (en haut à droite sur la carte), comme une lionne vouera une haine profonde à son fils imprégné de l’odeur humaine. Et donc, ces cons, ont privé notre équipe de foot d’un fichu palmarès, abandonnée au joug d’amateurs finlandais à la première occasion venue, parsemé notre calendrier de jours fériés supplémentaires, en contrepartie de quoi les salaires des curés nous échoient. Joie et félicité. Il n’empêche, les plus fortunés cousins germains sont accueillis à bras ouverts dans nos grises contrées afin de leur permettre d’échapper aux tarifs prohibitifs de leur parc immobilier. Le Messin n’est pas rancunier. Je suis messin.
 

À Metz, en décembre, les chalets ont envahi les places publiques. Les marchés de Noël n’ont de Noël que la dimension calendaire. Pour le reste, ils oscillent entre marché savoyard (les horribles tartiflettes industrielles servies au kilomètre sur des lits de patates Lunor), marché créole (venez déguster les alcools qui vous sauveront la vie en vous assommant au bout d’un interminable repas de fêtes, quand les discussions s’entrechoquent dans votre boîte crânienne sans que rien ne puisse faire cesser ce flot d’âneries), marché péruvien (et son lot de bonnets, gants et moufles typiques), et concert de veillée natale pour lutins aigris sur fond d’instrumentaux de circonstance déversés par de cruelles boîtes sonores aux racines synthétiques. Il n’empêche, on n’est pas à l’abri d’un bon beignet, d’un cadre esthétiquement avantageux, pour peu que l’on soit bien entouré, on se laisse prendre au jeu. Le Messin est bon public. Je suis messin.
 


L'arrivée des chars

À Metz, en décembre, on ne s’intéresse pas aux simagrées des politicards locaux qui préparent les municipales. On sait que Rausch sera invariablement réélu (idem pour les législatives, Jacquat et Zimmerman ont fossilisé la place). Alors, coup de tonnerre en 2008 quand l’indéboulonnable perd son trône au profit d’un socialiste. Un socialiste, bordel! Le peuple messin guette fébrilement l’arrivée des chars, place d’Armes. Il faut dire que le peuple messin qui se déplace aux urnes est peu conséquent, plutôt vieux, plutôt attaché à son vieux et son vieux journal local. Alors quand une nouvelle génération de votants parvient à se mobiliser pour bousculer la hiérarchie, on se méfie. Il n’empêche, six ans plus tard, les seuls chars ayant pratiqué les pavés du centre-ville sont ceux des défilés de la fête de la Mirabelle et de la Saint-Nicolas. Partout ailleurs, un nouveau transport en commun, le Mettis, dynamise le paysage urbain. Le Messin prend un coup de jeune. Je suis messin.
 

À Metz, en décembre, le journaleux prend ses quartiers dans les bistrots de l’hyper centre. Avec une édition quotidienne locale, le Répu, produit de propagande à la gloire de son propriétaire, le Crédit Mutuel, et un hebdomadaire, La Semaine, plutôt tourné vers un lectorat institutionnel, les plumitifs messins n’ont que peu de perspectives emballantes. Denis Robert aura bien tenté d’exploiter son talent et son obstination rafraichissante, à l’heure où il partage sa "vue imprenable sur la folie du monde", les combats judiciaires l’ont en partie lessivé. Reste Sylvain Villaume. Fut un temps, il suivait le FC Metz. On pouvait parfois apprécier ses billets acides, voire imaginer qu’il proposerait une autre vision du journalisme, sportif. Las! Désormais, il est branché politique pour l’hebdo du coin. Moralisant et chiant. Il n’empêche, la jeunesse messine s’est emparée de la toile pour y glisser quelques sites bien sentis. Essentiellement dans le domaine de la culture. Ça foisonne, ça débat, ça imagine, ça crée. Le Messin est gagné par une douce euphorie. Je suis messin.
 


Une poignée de passionnés

À Metz, en décembre, on fête le titre de champion d’automne. Parce qu’il est le seul qui veuille s’offrir à nous. Au-delà des fêtes de fin d’année, trop d’incertitudes, trop de poisse, trop de lose, trop d’amateurisme, trop de Vairelles et Drobjnak, trop de Pascal Pierre, trop d’espoirs déçus. Vous noterez qu’à Metz, en décembre, on peut tout aussi bien prendre une valise mémorable à Lescure. C’est selon. On tente également de glisser sous le tapis un film documentaire surprenant de justesse qui accompagne une lente agonie, mais aurait à coup sûr, en plus de renouveler le genre, réhabilité les dirigeants du club, au premier rang desquels fut Carlo. Un vieux Messin. Encore un. Indéboulonnable. Encore un. Émouvant comme jamais dans ce film qui, à l’instar du club grenat, ne connaîtra donc jamais le succès que ses qualités lui promettaient. Il n’empêche, une poignée de passionnés acharnés ont réinventé et animent aujourd’hui, le centre de formation du FC Metz, celui-là même qui nourrit l’équipe triomphante d’Albert Cartier. Le Messin soigne ses anciens. Je suis messin.
 

À Metz, en décembre 2013, quand on aime le foot, il faut savoir ce que l’on doit à cette jeune équipe qui dirige et anime le centre de formation du FC Metz. Parce qu’ils ont fait fi de toute rancœur, d’emblée. Parce qu’un rien les porte au stade pour encourager leur équipe fétiche. Celle qu’ils applaudissent avec la même ferveur aujourd’hui que du temps béni des Bocandé, Asanovic, Kubic, Vercruysse ou Pires. Parce qu’ils incarnent une nouvelle génération d’éducateurs, qui se considèrent avant tout comme tels, et non comme des entraîneurs. Parce qu’ils ont tellement pensé leurs succès actuel à l’aune de l’idée qu’ils se font de leur ville, de ses personnages, de son passé, qu’ils ont réussi, ces fous furieux, à faire croire aux jeunes joueurs du club que la dimension humaine du foot surpassait celle du résultat. Il n’empêche, le foot est de retour à Saint-Symphorien. Pas léché, non. Pas subtil, non plus. Pas spécialement élégant, faut pas pousser. Mais enthousiaste. Parce que oui, en décembre 2013, le Messin qui s’intéresse au foot est enthousiaste. Je suis messin. Définitivement.

 

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