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Christophe Kuchly


Dé-Manager aussi connu sous le nom de Radek Bejbl. Écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Répétition générale

Maurizio Sarri et Chelsea, un mariage d'ambition plus que de raison ?

Nouvel entraîneur des Blues, l'ancien technicien du Napoli va devoir imposer ses idées, radicalement différentes de celles de son prédécesseur. Le problème, c'est que son équipe a déjà pris du retard...

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C'est l'histoire d'un club qui veut totalement changer de cap et remplace un entraîneur qui s'adapte à son adversaire, en laissant souvent le ballon, par un autre qui veut imposer son jeu en ayant la maîtrise du cuir. Un nouveau riche qui, s'il savait prendre les choses en main, a aussi connu beaucoup de succès en jouant comme un pauvre, avec de l'engagement physique, de la solidarité, un attaquant costaud et des contres. Ce club, c'est Chelsea. Après Antonio Conte, dont le caractère et le pragmatisme traçaient une certaine filiation avec José Mourinho, autre coach historique des Blues, c'est désormais Maurizio Sarri qui est aux commandes. Et le programme n'est pas tout à fait le même…

 

 

Débuts compliqués

Les entraîneurs, surtout ceux qui ont les idées les plus ambitieuses, s'en plaignent régulièrement: la multiplication des matches empêche de bien se préparer tactiquement. Plutôt que de consacrer la moitié de la semaine à apprendre des concepts généraux et l'autre à les adapter à l'adversaire du week-end, les équipes qui disputent les coupes européennes oscillent entre récupération et courtes séances qui doivent être le plus efficaces possibles. Pour bien inculquer ses principes de jeu, il faut donc beaucoup travailler en présaison. Or Maurizio Sarri, longtemps attendu, a finalement rejoint Chelsea… le 14 juillet. Cinq jours plus tôt, c'est Conte, pourtant sur le départ, qui gérait la reprise.

 

 

Trois semaines plus tard, pas étonnant donc que sa formation, certes privée de plusieurs mondialistes, ait été battue par Manchester City dans le Community Shield. Une défaite 2-0 très bien payée vu la différence de niveau entre les deux équipes: maîtrise des fondamentaux d'un côté, avec une récupération haute, un bloc compact et des circuits de passes libérant les ailiers, tentative de récitation scolaire imparfaite d'une nouvelle matière de l'autre. Logique après si peu de séances sous les ordres d'un entraîneur qui prône un style assez radical, mais inquiétant. Il y a moins d'un mois, les Bleus gagnaient le titre mondial grâce à leur capacité à improviser au sein d'un système conservateur. Pour l'instant, les Blues semblent presque faire l'inverse, allant au pressing et relançant court parce qu'on leur a dit de le faire, sans unité de pensée (ce bloc coupé en deux!) ni créativité. La répétition des rencontres fera-t-elle office d'apprentissage grandeur nature?

 

 

Besoin de patience

L'autre grand bouleversement anglais de l'été, l'arrivée de Marcelo Bielsa à Leeds, a prouvé qu'on pouvait rapidement changer de style de jeu. En attendant de savoir si la performance est reproductible semaine après semaine, les éléments vus en ouverture du Championship face à Stoke (victoire 3-1), notamment la recherche du troisième homme sur les côtés pour libérer le créatif Samuel Saiz, portent la patte du nouveau maître des lieux. Mais la Premier League est bien plus relevée et les joueurs de Chelsea, qui ont tous déjà beaucoup gagné, pourraient aussi être réfractaires au changement. Après tout, même si l'accusation n'a aucun sens (on ne reproche pas aux entraîneurs sans idées de ne pas battre des effectifs supérieurs aux leurs), Sarri n'a jamais rien gagné. Tant pis pour la surperformance continue de ses équipes.

 

Voilà donc l'ancien coach du Napoli, connu pour son tabagisme, ses déclarations borderline et un jeu popularisé sous le terme de "Sarriball", face à un défi énorme: aller d'une équipe qui faisait 725 passes par match à une autre qui culminait à 559 avec l'objectif d'être rapidement performant… malgré une dernière saison bouclée à trente points du champion citizen. Avec une seule recrue d'envergure à la veille de la fin du mercato, Jorginho, joueur qui faisait le plus de passes en Europe la saison dernière avec Naples et relais attendu pour exporter les méthodes du Mister outre-Manche. Et des stars sur le départ, à commencer par Eden Hazard et Thibaut Courtois, dont la Coupe du monde a encore fait grimper la cote.

 

 

La situation est donc loin d'être parfaite et, s'il est beaucoup trop tôt pour condamner Chelsea, on voit pointer le spectre de la fausse bonne idée. La bonne personne au mauvais moment, un peu comme Carlo Ancelotti au Bayern. Car contrairement aux entraîneurs pragmatiques, qui s'adaptent à leurs joueurs, Sarri fait tout pour que ses troupes jouent comme il le souhaite, quitte à bousculer leurs habitudes et les pousser hors de leur zone de confort. Une stratégie qui permet à certains de se découvrir des qualités insoupçonnées mais ne tolère pas l'imprécision et/ou le manque d'investissement. L'Argentine l'a encore rappelé au Mondial: on ne peut pas demander à un peintre en bâtiment de décorer la Chapelle Sixtine. Même à force de travail? Sans patience, un mot que peu de président connaissent, Chelsea ne le saura jamais. Roman Abramovitch, si tu nous lit...

 

 

Principes et potentiel

La venue de Sarri en Premier League confirme en tout cas que ce championnat attire la plupart des entraîneurs les plus en vogue, même si leurs principes sont très éloignés des vieux stéréotypes du football anglais. Car Sarri n'est pas qu'un produit à la mode pour hipsters tactiques. Commentaire de Fabio Capello l'an dernier: "Tous les vingt ans, il y a une innovation dans le football. Après l’Ajax, il y eut le Milan de Sacchi, puis Guardiola, qui a plutôt endormi le football. Heureusement, nous avons désormais Maurizio Sarri, un innovateur qui peut réveiller le football après l’ère Guardiola." Ajout d'Arrigo Sacchi: "Petit à petit, l’importance du jeu commence à convaincre. En Italie, le meilleur exemple est le Napoli de Sarri."

 

Le football selon l'ancien banquier, c'est jouer vite et vers l'avant dès la relance, mais aussi être capable de multiplier les passes sous pression pour aspirer l'adversaire et profiter des espaces créés. Ne pas perdre de temps si possible mais pouvoir faire tourner la balle jusqu'à ce qu'une bonne opportunité se présente. Possession et verticalité, dans un 4-3-3 où on aligne le plus de joueurs techniques possible et des ailiers capables de faire la différence individuellement (par le dribble pour Insigne et des appels pour Callejon du côté de Naples) pour que le buteur soit mis dans les meilleures conditions. Dans la bouche de son ancien joueur Massimo Maccarone dans le Daily Mail, cela donne "jouer sans peur (…) toujours jouer en une ou deux touches. Il aime voir le ballon bouger rapidement.

 

À Naples circule une anecdote: à Gonzalo Higuain, Sarri aurait dit "si tu veux marquer plein de buts, fais comme je le dis". Résultat: une saison à trente-six réalisations en championnat, qui sera suivie par une autre à vingt-huit de Dries Mertens, qui n'avait jamais joué en pointe jusque-là. Sans changer fondamentalement leur jeu, les deux hommes avaient profité du travail fait en amont, d'une phase préparatoire soignée à l'extrême et dans laquelle ils ne devaient surtout pas intervenir trop tôt. Du côté de Chelsea, on pourrait donc mettre une petite pièce sur le réveil d'Alvaro Morata, dans le trou depuis de longs mois après des débuts canons l'an dernier. Mais la clé se trouve ailleurs, dans les pieds Azipilicueta, Rüdiger ou Kanté. Vu sa panoplie actuelle et l'évolution d'Allan, qui occupait son rôle au Napoli et s'est progressivement transformé balle au pied, le milieu français pourrait devenir injouable... à condition que la mayonnaise prenne. En Italie, la plupart des clubs ont suivi Maurizio Sarri les yeux fermés et en ont été récompensés. Mais on fait plus facilement tapis quand on n'arrive pas à gagner en jouant serré.... 
 

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