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Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Passe en retrait csc

Marseille : l'héritage gaspillé

Le principal intérêt d'engager Marcelo Bielsa était de créer un socle sur lequel bâtir. Michel, ramené par Vincent Labrune (et Doyen Sports) pour prendre la suite du coach argentin, fait à peu près tout l'inverse. En attendant Jorge Sampaoli pour reprendre là où El Loco s’était arrêté?

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"De là où il est, il doit bien rire Bielsa." On connait tous quelqu'un qui a un jour dit ça. Et c'est vrai que c'est une réflexion logique: l'entraîneur parti qui a la fierté de voir que son successeur fait moins bien que lui. Dans un tel métier, la réflexion de la “vengeance a posteriori” vaut bien pour les court-termistes, moins pour les bâtisseurs. Après tout, si l'édifice s'écroule, il détruit toute une partie de leur travail.

 

 

Les bienfaits de la continuité

Peu importe le club, il est toujours plus facile de maintenir la philosophie en place que de tout changer. Roberto Di Matteo a ainsi pu gagner une Ligue des champions et Avram Grant passer tout près sans que leur coaching ne soit particulièrement marquant. Parfois, il suffit de changer le discours et quelques joueurs. C’est d’autant plus vrai quand on dispose d'une base défensive solide, le chemin le plus court – pas nécessairement le meilleur – vers le succès, encore plus dans des rencontres aller-retour qui se jouent sur des détails. Travailler derrière et espérer que la magie opère naturellement devant, que l’instinct de joueurs talentueux leur fasse prendre les bonnes décisions, c’est un classique, et pas seulement dans le football.

 

 

Louis van Gaal, qui tarde à faire venir les résultats à Manchester United, a certes un ego énorme mais il a également la patience de l'éducateur. Un éducateur de jeu qui implémente des philosophies positives et durables, dont profitent ses successeurs. Karl-Heinz Rummenigge disait ainsi en 2014, à propos de celui qui a lancé Thomas Muller et tant d'autres: "Si vous regardez notre possession de balle aujourd’hui, je dirais que les premiers pas viennent de Louis van Gaal. Nous l’avions engagé pour amener une nouvelle philosophie et je pense que du point de vue technique et tactique, c’est un très bon coach. Il a changé notre système et je suis convaincu qu’il fera aussi bien à Manchester United." Les bienfaits de son passage à MU – ils commencent à apparaître à travers l’éclosion de quelques jeunes comme Marcus Rashford – ont également des chances de se voir après son départ, sous les ordres d’un entraîneur moins psychorigide. À moins que…

 

 

Un bon outil de travail

On ne saura sans doute jamais avec certitude quelle est la part de responsabilité de Vincent Labrune dans le départ de Marcelo Bielsa. De notre côté, comme au premier jour, on a plutôt tendance à accorder notre confiance à un personnage excessif mais droit – et qui n'est pas parti pour prendre un poste ailleurs – qu'à un président proche de Doyen Sports – entre autres choses. Mais l'important n'est pas là. Ce qui pose problème est la gestion sportive de "l'après". Les tergiversations et la nomination d'un entraineur qui, s'il n'a pas un bon bilan sportif, est surtout reparti de zéro pour aller nulle part. Qui n’a visiblement pas les mêmes convictions que son prédécesseur, ce qui explique qu’il fasse différemment, mais dont on ne sait pas encore quelles elles sont. Vu ses expérimentations à deux attaquants, pas sûr qu’il soit plus avancé que nous – sur les moyens d’appliquer sa méthode, en tout cas.

 

De l'équipe de la saison dernière, tout ne pouvait être copié. Le marquage individuel à l'extrême, par exemple, nécessite une foi totale de la part de celui qui le prêche pour convaincre les joueurs de son utilité. Sans Ayew, Payet, Thauvin et Gignac, c'est aussi une bonne partie de l'attaque flamboyante qui a fait ses bagages, en plus des milieux Imbula et Lemina. Mais l’effectif actuel est tout de même très honnête, surtout à l’échelle d’une Ligue 1 d’une médiocrité historique. Outre l’éclosion d’un Georges-Kévin Nkoudou, des joueurs comme Mauricio Isla et Lassana Diarra n’ont pas grand-chose à faire dans l’effectif d’une équipe de deuxième partie de tableau. Et la baisse de niveau des latéraux Brice Dja Djédjé et Benjamin Mendy, par exemple, suggère qu’il y a un vrai problème dans l’exploitation des potentiels.

 

 

Trop d'errances tactiques

Marcelo Bielsa est un idéologue que la conviction d’avoir trouvé une formule parfaite entraîne souvent vers le mur. Les joueurs étant des êtres dotés d’émotions et ne partageant généralement pas l’amour du foot sans limite qui le pousse à travailler du matin au soir, il est impossible de suivre sa cadence pendant des années. Mais, même si ses ouailles n’intègrent qu’une partie de ses nombreux principes, la transformation est toujours très nette. Et il suffit, si l’on peut dire, que le successeur desserre un peu la vis en s’appuyant sur un travail de fond énorme pour que les résultats perdurent. Cela s’est vu au Chili, où Bielsa a changé le style de jeu comme aucun autre sélectionneur dans l’histoire récente, ce qui a profité à son disciple, Jorge Sampaoli, vainqueur de la dernière Copa América. Ce fut également le cas à Bilbao, où Ernesto Valverde a été choisi parce que lui aussi aimait certains concepts forts: intensité, pressing haut, domination. Intransigeant mais humain, il est encore en place et son équipe gagne toujours.

 

 

 

 

À Marseille, il n’y a ni pressing, ni mobilité. Il n’y a d’ailleurs pas de bloc, ce qui ne semble pas si grave quand on l’écrit mais qui est assez effrayant à voir. Sans Lassana Diarra pour combler les trous et Steve Mandanda pour tout arrêter, rien n’indique que Marseille ne serait pas relégable – même si le manque de réalisme offensif, où la malchance a pu jouer un rôle, nuance un peu le constat. Quand il n’y a aucun équilibre collectif, difficile en effet de ne pas couler avec le reste. Les exemples de Lucas Silva et Mauricio Isla sont à ce titre très parlants: le premier, bon joueur de football, n’a pas encore une grande maturité tactique. Or, quand on ne sait pas se situer sur un terrain qui paraît énorme quand les lignes sont espacées de trente mètres, difficile d’exploiter ses qualités balle au pied. Le Chilien est lui un joueur de côté – disons latéral offensif de 3-5-2 – qui arrive à donner le change presque partout parce que formé tactiquement par Bielsa notamment. Cela n’en fait pas un fuoriclasse à un poste qui n’est pas le sien, surtout quand il baisse les bras avec le reste de l'équipe.

 

 

 

Un chantier et pas de chef

Un entraîneur peut aborder la tactique de deux manières: imposer une certaine forme de pratiquer le football, ce qui implique de beaucoup enseigner et nécessite un effectif réactif (vouloir le faire et en être capable), ou simplement s’adapter à ce qu’il a. “Mettre le joueur dans les meilleures conditions pour qu’il exprime son potentiel”, dit Arrigo Sacchi. Dans le cas de Sampaoli au Chili, les deux approches se rejoignaient puisque le chauve voulait jouer comme son prédécesseur – même s’il accentue plutôt, en interview, sur les changements, comme pour nuancer le côté “héritage”. Pour Valverde, c’est légèrement différent… mais sur le long terme: l’ancien attaquant de Bilbao a d’abord gardé la philosophie existante, qui voulait qu’on passe désormais beaucoup plus par le sol que par les airs dans la phase de construction, avant d’implémenter ses spécificités. Il y a désormais plus de jeu de position et d’alternance jeu court-jeu long grâce à l’explosion d’Aritz Aduriz et l’arrivée de Raúl Garcia, mais aucun joueur n’a dû désapprendre ce qu’il a passé deux ans à maîtriser. Le pressing par exemple, nerf de la guerre du football moderne porté disparu sur la Canebière.

 

Est-ce la faute du seul Michel? Les joueurs des clubs français sont, de l’avis de ceux qui ont bourlingué, difficiles à mettre au travail. Cela n’a pas empêché Bielsa de les garder sous pression pendant six mois, transformant Florian Thauvin en marathonien dans son couloir. Les résultats actuels ne sont qu’une partie du problème: de tous ceux qui avaient passé un cap l’an dernier et sont restés, aucun n’a gardé le même niveau. Et, hormis Nkoudou peut-être mais dont le rôle d’ailier en faux pied repose sur des fulgurances qui lui permettent de se mettre en évidence hors du collectif, personne ne semble parti pour être valorisé sur le marché des transferts – surtout avec Fletcher, Manquillo, Thauvin, Cabella et Isla en prêt. Car si Marcelo Bielsa a échoué à décrocher une place en C1, avoir vendu Lemina et Imbula pour un total supérieur à trente millions d’euros ressemble aujourd’hui à un miracle.

 

Que peut maintenant faire Vincent Labrune? Tenter Sampaoli et espérer reprendre là où l’OM s’était arrêté il y a un an? Le nouveau chapitre ressemble de plus en plus à une parenthèse, refermée d’autant plus vite que les jeunes n’ont apparemment plus aucune chance de bousculer la hiérarchie. On se souvient d’un Bielsa fou parce que le centre d’entraînement de Bilbao ne voyait pas le jour assez vite. En octobre, on apprenait qu’il finançait la construction d’un centre de mise au vert pour les Newell’s Old Boys. On l’imagine aisément dépité de voir l’édifice marseillais par terre.

 

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