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Abdellah Boulma (avec J.L.)

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Revue de stress #157

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Marche ou Kiev

La Verratti si je mens

Le PSG version Laurent Blanc a trouvé l’équilibre en partie grâce à son milieu à trois composé de Thiago Motta, de Matuidi et d'un Verratti qui s’affirme. Avant de confirmer les immenses promesses de son jeu?

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Même si son jeu oscille comme un pendule entre ombre et lumière, Marco Verratti a étincelé lors du match du PSG face à Benfica. À la réception d’une talonnade d’Ibrahimovic, il déstabilise l’arrière garde lisboète d’une louche teintée de désinvolture pour Matuidi. On connaît la suite. Aux côtés d’Adrien Rabiot au Vélodrome, Verratti s'adapte à la sortie de Motta pour se repositionner juste devant la défense au poste de regista et officier comme baromètre du milieu. Deux moments de ce début de saison qui illustrent l’étendue du bagage technique et tactique du joueur.

 


 


Chaînon manquant

Ce "milieu de poche" de 1,65m pour 60 kg a toutes les qualités pour devenir l’un des plus doués de sa génération. Ses gestes techniques, ses déplacements, sa vision du jeu sont si accomplis qu’ils tranchent curieusement avec sa silhouette juvénile et sa conduite agitée. Arrivé à l'âge de dix-neuf ans sans aucun match de série A à son actif, Verratti doit alors composer avec Motta, Matuidi et Chantôme. Une situation qui ne l'empêche pas d'obtenir un temps de jeu substantiel (1.772 minutes en Ligue 1, l’équivalent d’une vingtaine de matches entiers) et de participer à neuf matches de Ligue des champions (il était suspendu face à Valence). Malgré les doutes persistants sur ses prises de risques inconsidérées, il est ainsi devenu un élément majeur dans l’entrejeu parisien, profitant aussi des départs de Chantôme, Bodmer, Sissoko et Beckham. Le transfuge de Pescara relâche un peu plus vite le ballon qu'avant et soutient la comparaison avec des joueurs comme Moutinho.
 

Dans le schéma en 4-3-3 mis en place par Laurent Blanc, Verratti bénéficie de plus de liberté, tout en étant encadré par les expérimentés Motta et Matuidi – garde-fous pour ses rares imprécisions. Il s’est glissé dans un rôle qui lui sied bien, accélérant et donnant du liant à un jeu parisien jusque ici trop stéréotypé, faisant office de plaque tournante en alternant la recherche de la profondeur et un jeu court précis, parfois audacieux mais généralement efficace. Sa couverture de balle lui permet de temporiser ou de dynamiser les mouvements parisiens, et s’il est porté vers l'avant, il ne rechigne pas à l'effort. Ses déplacements compensent les déséquilibres créés par ses coéquipiers: positionnements de Pastore ou Lucas, dézonage d'Ibrahimovic ou manque de pressing des attaquants.
 


Sa place dans le trio

L’analyse de quelques statistiques de son début de saison permet de définir un peu plus précisément son profil, en comparaison avec ses compères Thiago Motta et Blaise Matuidi. Même s'ils constituent théoriquement le trio de milieux défensifs de base du PSG, ils n'ont été alignés ensemble au coup d'envoi que lors de la moitié des seize rencontres officielles de Paris, la première fois le 13 septembre pour le déplacement à Bordeaux. Il a fallu la mise à l'écart de Pastore et le recours plus systématique au 4-3-3 pour donner à Verratti un statut de titulaire. Il n'a toutefois disputé les quatre-vingt-dix minutes que de cinq rencontres, ayant été régulièrement remplacé ou remplaçant.
 

 



Le volume de jeu des trois joueurs frappe d'emblée, notamment en termes de passes pour Thiago Motta et Verratti, Matuidi affichant pour sa part un pourcentage de réussite très analogue à plus de 92% – ce dernier présentant aussi un profil plus "récupérateur" avec un taux de tacles et d'interceptions très élevé. On a choisi de ne retenir, pour chacun, que les rencontres disputées en intégralité afin de ne pas biaiser les proportions, ce qui désavantage paradoxalement Verratti, pour lequel on relève 110 passes (96% de réussite) et 4 tacles en 70 minutes contre Benfica, ou encore 107 passes (93%), 5 tacles et 6 interceptions en 69 minutes contre Lorient... [1]
 

Tous matches confondus, Verratti et Matuidi comptent deux passes décisives, trois pour Motta, mais le premier n'a pas marqué alors que ses collègues en sont à deux unité. Le jeune Italien se distingue évidemment en matière de discipline: 1,2 fautes par match pour Motta (un carton rouge), 1,3 pour Matuidi (un jaune), 2 pour Verratti (quatre jaunes).
 


« Verratti, ça m’énerve »

Ses dernières sorties conjuguées aux coups d'éclats de la saison dernière contribuent donc à dresser un tableau plutôt élogieux de la pépite italienne, mais celle-ci est encore à l'état brut au regard de ses écarts récurrents. Une partie de son jeu évoque le talent de Pirlo, mais on voit plus souvent de lui un footballeur rugueux et dur sur l’homme, à l’instar de son compatriote Gattuso – la malice et l'expérience en moins. Les quatorze avertissements de la saison précédente témoignent à la fois de certaines fautes grossières et maladroites, et d’une fâcheuse tendance à haranguer les arbitres. Son parcours initiatique en Lega Pro Prima Divisione (3e division italienne) et en Série B à Pescara a peut-être laissé des traces.
 

Malgré un enthousiasme toujours aussi débordant matérialisé par quelques mauvais tampons distillés en ce début d’exercice, Marco semble pourtant faire preuve de plus de lucidité (surtout à quelques mois de la Coupe du monde): “Je m’améliore là-dessus, je fais le maximum pour comprendre les arbitres. J’ai bien commencé la saison, je fais beaucoup plus attention et j’espère que ça va continuer.” (canalplus.fr) Autre frein à sa progression: ses pertes de balle. Au grand dam de son ancien coach Ancelotti qui avait déclaré après le match de poule de C1 remporté face au Dynamo: “Verratti, ça m’énerve. Il a des qualités pour jouer différemment. Il est jeune, mais il prend trop de risques.”
 

Après avoir connu sa première sélection avec la Nazionale lors d'un match amical d’août 2012 contre l’Angleterre, Verratti en compte quatre aujourd’hui, pour un but. Sa polyvalence, qui permet de l’utiliser en "interno" (milieu avancé près du meneur de jeu), sera un atout non négligeable pour le sélectionneur. Cesare Prandelli corrobore l'impression générale: “J'attends de lui désormais un peu plus de personnalité. Il y a une progression de sa part, pas forcément sur le plan technique car il n'a jamais eu de problème dans ce secteur. Mais il est encore très jeune, il a le temps d'évoluer et il ne faut pas lui mettre trop de pression sur les épaules” (canalplus.fr). Évoluer, cela signifie exploiter l'énorme potentiel dont il a déjà fait étalage et corriger des défauts encore voyants. Briller dans l'ombre relative de joueurs comme Matuidi et Thiago Motta et grandir avec ce PSG exigeant – mais probablement plus protecteur que les grosses écuries européennes – lui offre de belles chances d'y parvenir.
 


[1] À noter que Thiago Motta affiche des données vertigineuses en Ligue des champions, avec 157 et 154 passes face à Benfica et Anderlecht. Verratti a battu son record de passes cette saison contre le club belge (143).

 

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