auteur
Nicolas P.

 

@ledefootoir


Du même auteur

> article précédent

Monaco, ivre Rocher

Fair-play financier : les petites combines de Manchester City

Lorsqu'il a mis en place le fair-play financier, Michel Platini appelait les clubs à se montrer créatifs. Le dernier bilan de Manchester City montre que son vœu est exaucé.

Partager

 

Avant même que les clubs anglais commencent à toucher les fruits de l’explosion des droits télé de la Premier League, tout semble indiquer que Manchester City s’est déjà sorti des mailles du fair-play financier. En recrutant Wilfried Bony pour 37 millions d’euros pendant le mercato hivernal, les Citizens ont posé un visage concret sur un retournement de situation aussi spectaculaire que douteux. Quel miracle a bien pu avoir lieu entre mai dernier et la sanction de l’UEFA pour son contrat surévalué et mai prochain, qui devrait voir le budget mancunien quasiment à l'équilibre? 

 

Le club s’est en fait montré très créatif pour équilibrer ses comptes et dégager de nouvelles recettes: en alliant une certaine "modération" en termes de transferts à un pot-pourri de toutes les astuces de contournement connues du fair-play financier, Manchester City se présentera cette année devant l'UEFA dans une position bien plus favorable. La perte du club au terme de l'exercice 2013-14 devrait se situer sous les 20 millions d'euros, seuil à partir duquel il encourrait de nouvelles sanctions, bien loin en tout cas des 50 millions de l'exercice précédent. Reste à savoir si les moyens employés pour redresser cette situation seront validés.

 


Lire aussi les explications détaillées sur Inside World Football.

 

 

30 millions d'euros de sponsoring en plus 

Il y a d'abord les conséquences immédiates des bons résultats récents. Le titre en Premier League a fait du bien: les retombées touchées par le club en droits TV ont quasiment doublé pour atteindre un coquet 129 M€. Ce succès a probablement contribué à faire venir de nouveaux sponsors, décuplant les revenus commerciaux du nouveau champion: +30 M€ environ en un an. Un chiffre impressionnant et qui sera scruté par l'UEFA, mais qui n'a rien d'improbable à une époque où l'inflation des accords de sponsoring est avérée dans les cinq grands championnats. La mise en place du fair-play financier a par ailleurs poussé les clubs dans son collimateur à se lancer dans une course au partenariat commercial. Cela les conduit désormais à posséder leur voiture officielle, leur agence de voyage officielle, leur sèche-cheveux officiel etc. De l'aveu-même de son propriétaire, Manchester City "a dépassé la période d'investissement massif dans le but de rendre le club compétitif". Il s'agit désormais de se concentrer sur la "croissance commerciale" de la structure.

 

Et puis le contrat de sponsoring avec Etihad a été renégocié très récemment. Initialement prévu sur dix ans à hauteur de 56 M€ par an, il a depuis… doublé. Cette entreprise, bien que basée à Abu Dhabi, a déjà été jugée par l’UEFA comme n’étant pas une partie liée. Ses experts ne se préoccuperont pas de la cohérence d’une telle somme avec les prix du marché. De quoi susciter un doute légitime. Côté transferts, City semble n'avoir pas outrepassé les restrictions imposées par l'UEFA l'année dernière. En dépit de l'acquisition retentissante d'Eliaquim Mangala pour 40 M€ (selon la presse anglaise), et malgré quelques autres arrivées (Fernando, Willy Caballero, Bruno Zuculini), les Citizens ont aussi vendu: Javi Garcia (16M€) et Jack Rodwell (12 M€) sont partis, de même que Nastasic (prêt avec option d’achat) au mercato hivernal. Valence doit aussi encore 33 M€ sur le transfert de Negredo. Le club a donc consenti des cessions importantes financièrement, quoique peu douloureuses sportivement étant donné son effectif pléthorique, pour maintenir sa grande activité sur le marché.

 

 

La nébuleuse City

Plus suspects, les liens qui unissent le club en lui-même avec ses nombreuses franchises et clubs partenaires: le départ avec retour immédiat de Frank Lampard au New York City FC, acquis par City en 2013, avait fait grincer les dents d'Arsène Wenger. En quelques années, Manchester City est devenu une véritable nébuleuse: deux académies en Afrique, des accords de recrutement ou d'entraînement avec six clubs (une priorité sur les jeunes formés au Sporting Portugal, par exemple) et des parts majoritaires dans des clubs de New York (renommé New York City), Melbourne (renommé Melbourne City) et Yokohama (Marinos). Outre les questions fiscales que la démultiplication offshore de la marque peut poser, ces différentes entités ouvraient la voie à plus d'un contournement: acquisition de joueur puis prêt dans la foulée, transferts de dépenses, investissement caché...

 

Dès 2014, les Citizens avaient tenté de profiter de leur nouveau réseau: certains des clubs-"filiales" avaient en effet dû acheter au club-mère des "droits de propriété intellectuelle". City avait poussé le vice jusqu'à vendre ces droits à une nouvelle entité, le Manchester City Ladies FC, qui n'est autre que son équipe féminine... Quand bien même les différentes têtes de l'hydre devaient toucher des retombées, l'UEFA avait sanctionné ces montages.

 

Mais la nébuleuse est restée et la direction du club a trouvé un nouveau moyen d'user de ses partenaires. Un chiffre, en effet, interpelle dans le dernier bilan du champion d'Angleterre: la masse salariale aurait drastiquement baissé, passant de 326 M€ à 287 M€. Ces mêmes comptes nous apprennent que le nombre d'employés du club a diminué de plus d'une centaine de têtes. Un licenciement massif à Manchester City? On en aurait entendu parler. En réalité, ces employés, qui incluent la direction du club, sont désormais payés par d'autres entités au sein du Abu Dhabi United Group, comme l'a expliqué le Daily Mail.

 

En termes juridiques, la question se pose de manière moins certaine que la validité des contrats d'image surévalués présentés l'année dernière par City et le PSG. Il n'est pas garanti que l'UEFA interdise de tels procédés. La somme, par ailleurs, représente moins de 30 millions d’euros, une “broutille” qui n’empêche pas une remise sur pied impressionnante. Le club anglais n'en a plus pour longtemps en matière de sanctions: les droits TV renégociés de la Premier League, dont les clubs toucheront les subsides dès 2017, auront tôt fait de remettre les comptes à l'équilibre.

 

Partager

La politique et le droit


Jérôme Latta
2019-09-05

La lutte contre l'homophobie bloquée au stade de la démagogie et des provocations

Une Balle dans le pied – En optant pour la communication plutôt que pour le discernement, le gouvernement a poussé les ultras à la faute et le débat dans l'ornière. 


Pierre Barthélemy
2019-08-22

L'ivresse du football n'est pas celle de l'alcool

L'éventualité de la réautorisation de la vente d'alcool dans les stades a soulevé un débat portant sur des enjeux multiples et importants, mais qu'il faut sortir de l'hypocrisie. 


Ilf-Eddine alias Raspou
2019-04-06

L'USMA, le chant de l'Algérie

Les ultras algériens sont au cœur du soulèvement actuel. Comme ceux de l'USMA, aussi musiciens que supporters, dont les chansons sont reprises par tout un peuple. 


>> tous les épisodes du thème "La politique et le droit"


Les brèves

Je crois que bon bon

"Laurent Blanc à Lyon, ça ne colle pas pour deux raisons" (foot01.com)

Aucun

"Euro U17 : qui sont les joueurs majeurs de l'équipe de France ?"

Autobiographie

"Ribéry : Des débuts fracassants." (lequipe.fr)

Ô Pep !

"Un pays africain rêve de Bruno Genesio !" (dailymercato.com)

Ruuuuuuuuuuuuuuuuuuud van Nistelrooy

"PSV Eindhoven : Ruud van Nistelrooy prolonge sur le banc des U19." (lequipe.fr)