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François Thomazeau

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M’Baye Niang, un trait dans la nuit

Un jour, un but. Tout au bout de la nuit de Séville, le Stade rennais s'offre ce qu'il ne croyait pas pouvoir s'offrir: plus qu'une qualification, une grande saison. 

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Si l’on pouvait donner un visage à la joie, à la joie pure et parfaite, celle qui submerge, un instant, tout ce que l’on est par ailleurs, ce serait le sien, ce 21 février 2019.

 

Un jeune homme aux cheveux clairs, barbu, au visage ouvert et au sourire communicatif, portant un maillot rouge barré d’un "S" blanc, lève les bras en signe de victoire, extatique. Puis il se tourne vers le ciel, les poings toujours serrés, la tête renversée vers l’arrière, reprenant son souffle d’avoir tant crié.

 

Quand il les rouvre, presque incrédule, la scène n’a pas évolué de plus d’une ou deux secondes, et rien n’a changé: sorti pour la première fois de son histoire des poules de la Coupe d’Europe, le Stade rennais vient d’aller chercher sa qualification en huitième de finale au stade Benito Villamarín de Séville, contre le Bétis, au terme d’un match d’une intensité rare.

 

Radieux, il applaudit en sautant sur place dans une attitude enfantine, puis la caméra le quitte pour revenir vers les joueurs qui poursuivent leur célébration chaotique au pied du public rennais. Quelques secondes après le but de M’Baye Niang, ce supporter était le visage de la France encore en course en coupe d’Europe.

 

 

 


La musique de l'habitude

Ce but aura marqué un tournant dans l’histoire du Stade rennais, presque une libération. La saison 2017/18 avait fait naître un enthousiasme que seuls les plus jeunes prenaient pour un espoir.

 

Le printemps, ensoleillé, avait été marqué par une victoire au Parc des Princes synonyme de retour en Coupe d’Europe, et par le duo formé par un attaquant accrocheur et talentueux, Wahbi Khazri et un coach impeccable, Sabri Lamouchi.

 

Las, un peu plus de six mois plus tard le club avait perdu l’un et viré l’autre, pour se retrouver à l’automne quatorzième de Ligue 1, et quasi éliminé de la Ligue Europa, après une série de matches poussifs face à des adversaires pourtant abordables (Jablonek, le Dynamo Kiev et Astana).

 

Les vieux, les désabusés, les Rennais de toujours, les pessimistes, les fétichistes, les moqueurs, les persifleurs, aussi, chantaient la musique de l’habitude. Après plusieurs semaines de reprise en main sous la direction de Julien Stéphan, M’Baye Niang et ses coéquipiers leur montrèrent que cette fois, c’était différent.

 

L’action commence par une récupération d’Ismaïla Sarr, ailier rennais passé défenseur de circonstance, à l’angle de sa propre surface, dans les pieds de Diego Lainez – jeune, très jeune, attaquant mexicain du Betis. Nous jouons depuis trois minutes dans un temps additionnel qui en comptera quatre. L’enjeu est simple : le score est de 1-2 pour Rennes, celui qui marque se qualifie.

 

 

 


L'homme des promesses

Diego Lainez… un nom que les Rennais ont découvert sept jours plus tôt, route de Lorient. Dans une ambiance survoltée, le Stade rennais menait 3 buts à 1 à la mi-temps, après des buts rapides et heureux. Mais, en seconde, les Espagnols étaient plus forts. Beaucoup plus forts.

 

Et si par vigueur et par chance les Rennais réussirent à retarder l’échéance, ils ne semblèrent que repousser l’inéluctable rapport de forces négatif qui leur était imposé. À la dernière minute, le jeune Mexicain égalisa, pour un 3-3 heureux, mais n’incitant guère à l’optimisme.

 

Pourcentage de chances de qualification: 14%. Dans les têtes rennaises, à l’heure des premières bières en terrasse, ce 21 février au matin, à Séville: 0%.

 

Mais revenons au match. Le ballon repoussé arrive alors dans les pieds d’Hatem Ben Arfa, très proche de sa surface, tout à fait à droite du terrain. Il s’avance de quelques mètres et provoque son vis-à-vis, dans son attitude caractéristique, ballon collé à l’extérieur de son pied gauche, corps légèrement penché vers l’avant.

 

Devant lui, Sarr se lance en contre. À sa gauche, seul dans le rond central, Niang lève les bras pour réclamer une passe facile. Ben Arfa, l’homme des promesses jamais tenues s’est, sur ce match, montré à la hauteur d’une ferveur rarement vue à Rennes. 3.000 supporters ont fait le déplacement, un record – mais ça, on vous l’a déjà raconté

 

 

 


Sur la trajectoire

Ben Arfa, donc, prend la tangente. D’un coup de reins vers la gauche il passe son adversaire, puis un second. Arrivé à l’exact centre du terrain, enfin, il choisit la passe. Cette accélération fait un mal fou aux Sévillans satellisés autour de lui, pour rien. Le ballon est déjà loin, dans les pieds de Niang, à trente-cinq mètres du but, plein axe.

 

À ce stade de l’action, la situation devient très favorable. Nous jouons la 93e minute + 35 secondes, Niang est seul face à Marc Bartra, dernier et unique défenseur du Betis. À sa droite, Sarr propose une solution de passe, à sa gauche, Del Castillo s’apprête à en faire de même.

 

Mais comme Ben Arfa avant lui, Niang choisit le duel. Profitant des mauvais appuis du défenseur, obligé de se retourner, il part à droite en conduite de balle, tête baissée, tout en puissance, avant de placer une frappe croisée limpide petit filet opposé.

 

Son action est un modèle du genre: un contrôle du gauche qui le place dans la course, deux touches de balle du droit pour prendre de vitesse son défenseur, une course arrondie pour donner plus d’élan et d’angle à sa frappe, un tir fusant.

 

 

 

Et sur la trajectoire exacte de sa course après le but, tout en haut, tout près des étoiles dans ce stade à triple couronne, le virage rennais plonge dans une folie qu’aucune caméra professionnelle ou amateur ne pourra jamais retranscrire, mais que l’attitude de notre jeune homme aux cheveux clairs résume à elle seule.

 

Deux mois et six jours plus tard, au Stade de France, le 27 avril, ce but connaîtra une réplique bien plus puissante. Mais c’est bien sur les rives du Guadalquivir, sous les orangers, qu’il faut chercher l’épicentre de la secousse qui changea la vie des supporters rennais.

 

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