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et alors, Richard N et Christophe Zemmour

Luca rallie

Passe en retraite – Luca Toni met à trente-huit ans un terme à une carrière où il a davantage soigné sa popularité que son palmarès. Le champion du monde 2006 laisse l’image d’un joueur volage mais attachant.

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Le capitaine de l’Hellas Vérone a séché le dernier match de la saison, pourtant un déplacement à Palerme, chez le club qui l’avait révélé au plus haut niveau. Rien de malsain là-dedans, bien au contraire: le bon géant a préféré clore sa carrière une semaine plus tôt, à l’occasion d’une réception de la Juventus qui s’est transformée en son jubilé. Luca Toni a marqué bien sûr, sur penalty, "de la seule manière magique possible", par une Panenka. Et ses supporters lui ont offert une ovation lors de sa sortie quelques minutes avant la fin d’un match remporté par le dernier contre le champion. 

 

 

 

Toni par coeur

Si la carrière de Luca Toni n’a pas toujours été si lumineuse, il part en laissant une belle impression, à l’image des bons souvenirs conservés dans presque tous les clubs où il est passé. Et ce n’est pas rien, pour celui qui en a connus treize différents et pourrait être vu comme un mercenaire. Catalogué pour son physique (presque deux mètres) en "pivot d’attaque", faussement emprunté, parfois injustement moqué mais plus subtil qu’il n’y paraît, Luca Toni s’inscrit au final dans la lignée des seigneurs de Serie A, admirables pour leur professionnalisme, leur charisme et leur longévité.

 

Quand bien même il n’aura été ni précoce ni vraiment fidèle, le bel homme a vécu à la croisée des chemins, à une époque qui a supprimé voire moqué ce profil de joueur. Qu’importe, avec son incroyable sympathie, son sourire radieux parfois surligné d’une moustache superstitieuse, comme lors de l’Euro 2008, sa fameuse célébration de but à la Roland Magdane et sa fin de carrière admirable, il laissera très probablement une excellente trace, comme d’autres avant lui

 

Pour le public français, Luca Toni, c’est avant tout un frisson. Celui qui a fait vibrer la transversale de Fabien Barthez sur une reprise de la tête à la 36e minute de la finale du Mondial 2006, alors que France et Italie étaient à égalité. C’est aussi une déception: celle de voir Eric Abidal expulsé pour une faute qui donna pour les Transalpins un penalty et pour les Bleus une élimination sans gloire de l’Euro 2008.

 

 

 

Toni vers elles

Dans la péninsule, il restera à jamais un des "héros de Berlin", même s’il a eu un rôle ingrat durant la compétition, ne brillant que par un doublé en quarts de finale. Ce sommet paraissait largement imprévisible quelques années auparavant, alors que sa carrière peinait à décoller. Formé à Modène où il joue ses premiers matches pro en Serie C1, le jeune Luca paraît promis à une carrière de journeyman, enchaînant les équipes ballottées entre deuxième et troisième niveaux du championnat italien (Empoli, Fiorenzuola, Lodigiani, Trévise). Il a pourtant l’occasion de découvrir la Serie A avec Vicence en 2000.

 

Le club ne tient qu’une saison parmi l’élite, mais Toni y reste, engagé par Brescia pour jouer aux cotés de Roberto Baggio. La première saison en Lombardie est convaincante, mais la deuxième beaucoup moins, à tel point qu’il doit retourner en Serie B en 2003 pour trouver du temps de jeu. Le choix d’un ambitieux Palerme va lancer pour de bon sa carrière. Les trente buts qu’il inscrit aident le club sicilien à remonter et lui permettent de se faire remarquer par le sélectionneur Marcelo Lippi.

 

Luca Toni enfile le maillot azzurro au début de la saison 2004/05. Il a alors déjà vingt-sept ans, mais la fusée est lancée. Il inscrit vingt buts pour Palerme, son meilleur total en Serie A, puis rejoint la Fiorentina. En Toscane, il empile les pions, devient Capocannoniere et Soulier d’Or européen. La Squadra Azzurra lui offre une place de titulaire en Allemagne qui le consacrera, aux cotés de Marco Materazzi et Fabio Grosso, autres héros improbables de l’aventure, champion du monde. 

 

 

Toni crosse

Alors que la Fiorentina est au plus mal (engluée dans les affaires du Calciopoli, privée de Ligue des champions et pénalisée de quinze points en Serie A), Toni peut viser encore plus haut, entame un bras de fer mais reste finalement un an de plus à Florence. On pourrait alors croire que Toni cherche des crosses, mais il ne se fâche pas pour autant avec la Viola où il reviendra rendre service en 2012. En 2007, il finit par tenter l’aventure de l’étranger. Pas n’importe où: le Bayern Munich débourse onze millions d’euros pour l’intégrer dans un gros recrutement qui compte aussi Miroslav Klose et le Français Franck Ribéry. Les trois recrues dynamisent le club bavarois. Lors de la première saison, Toni termine meilleur buteur du championnat allemand et décroche le titre. Il remporte également la Coupe en signant un doublé en finale contre le Borussia Dortmund. Ce seront ses deux seuls titres en clubs. Avec la Coupe du monde remportée à Berlin, l’Allemagne lui réussit bien.

 

Son duo avec Franck Ribéry est tonitruant, complémentaire et prolifique. L’Italien atteint une telle plénitude qu’il ne songe plus à aller voir ailleurs. Mais au début de la saison 2009/10, un certain Louis van Gaal lui fait comprendre qu’il n’entre pas dans ses plans. Toni est prêté six mois à l’AS Roma et participe à la remontée du commando mené par Claudio Ranieri, qui échoue de justesse derrière l’Inter de Mourinho – malgré le but victorieux de Toni dans le match au sommet.

 

 

Cette saison 2009/10 est d’autant plus difficile qu’il n’est plus sélectionné en équipe d’Italie, et ne participe donc pas à la Coupe du monde sud-africaine. Comme le Bayern, la Squadra Azzurra a tiré un trait sur lui après quarante-sept sélections et seize buts. Son dernier match aura été un Italie-Brésil de Coupe des confédérations en juin 2009 à Pretoria, un naufrage (0-3) d’où il est sorti à la 57e minute. Il conserve cependant une certaine cote qui lui permet de signer au Genoa, puis d’accepter une pige chez la Vieille Dame dirigée par Antonio Conte. Il inscrit son 100e but en Serie A puis le tout premier de l’histoire du Juventus Stadium, mais ne convainc pas l’entraîneur bianconero.

 

 

 

Toni c’est l’heure

Après six mois sans jouer, sa signature au Al Nasr Dubaï semble signifier une pré-retraite. Mais l’appel de Vincenzo Montella lui permet de démontrer qu’il n’est pas fini, en devenant un utile joker d’une Fiorentina parfois plus élégante qu’efficace. Cette année-là, lui et sa femme Marta perdent leur premier enfant, mort-né. Il envisage de mettre en suspens sa carrière afin de passer plus de temps avec son épouse, avant que celle-ci ne le pousse à reprendre le chemin des terrains, là où "courir après un ballon, marquer des buts, célébrer et souffrir ont été toute (sa) vie". Cet appétit, peut-être une revanche sur un début de carrière difficile, se concrétise par son arrivée en 2013 au Hellas Vérone, promu en Serie A.

 

C’est curieusement à la ville de Roméo et Juliette que Luca Toni va rester fidèle, réalisant trois saisons complètes, record personnel battu. Loin d’une fin de cycle en roue libre, l’attaquant italien paie de sa personne, est un point d’appui précieux dans le jeu et un cadre dans le vestiaire. Surtout, il inscrit vingt buts en 2013/14 puis vingt-deux la saison suivante, suffisant pour décrocher à trente-sept ans le titre de Capocannoniere le plus âgé de l’histoire de la Serie A. 2015/16 sera beaucoup plus difficile pour le club et pour le joueur. Décimée par les blessures dont celle de celui qui en est devenu capitaine, l’Hellas n’échappe pas à la lanterne rouge et Toni termine sur les rotules un exercice "horrible".

 

Cela n’entache pas la sympathie qu’il a suscitée tout au long de sa carrière, malgré un style pas forcément académique. Le digne Luca en était conscient et avouait: "Ce n'est pas beau de vouloir tromper l'ennemi. Mais c'est magnifique de tout faire pour que sa propre équipe gagne." On pourra alors justement lui citer Roméo et Juliette: "Une confession équivoque n’obtient qu’une absolution équivoque." Tout est pardonné, ciao bello.

 

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Passe en retraite


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