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Toni Turek

 

Überfan des footballs d’Allemagne et d’Autriche, passés et présents. Taulier de la Ventre Mou's League.


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Les premiers pas de la Nationalmannschaft

L’Allemagne a été sacrée pour la première fois championne du monde en Suisse en 1954. C’est aussi en Suisse qu’elle a effectué ses débuts internationaux officiels. Mais dans des conditions bien différentes...

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5 avril 1908. C’est ce jour de printemps qu’a lieu la première sortie officielle de l’équipe nationale allemande. À cette époque, le foot germanique en est à ses débuts. Le championnat officiel de l’Empire, créé en 1902, est une compétition qui prend place d’abord au niveau régional, les vainqueurs des régions s’affrontant ensuite dans une phase de play-off en matches simples. Facile? Non, le championnat n’est pas de tout repos. D’abord, le format des play-off varie d’une saison à l’autre via l’ajout/retrait de barrages – le nombre de clubs en quarts évoluant entre six et onze. En outre, les footballeurs, amateurs, ne sont pas toujours disponibles pour les déplacements à cause de leur travail, et les transports sont problématiques pour les longs voyages, comme ceux en région polonaise ou tchèque. D’où des forfaits qui émaillent la compétition, quand il n’y a pas un raté comme en 1904, où la finale entre le VfB Leipzig et le Britannia Berlin n’a jamais eu lieu. La faute à une réclamation du Karlsruher FV, mécontent de son élimination lors d’une rencontre jouée à Berlin et pour laquelle plusieurs joueurs n’avaient pu effectuer le trop lointain déplacement.

 

 

Onze fois un pour un onze

Le championnat germanique d’alors est géré par le Deutscher Fussballbund (DFB), créé en 1900. Le DFB étend son périmètre en créant son équipe nationale sur le modèle de ce qui existe déjà au Royaume-Uni. Pour cela, l’Allemagne, qui a intégré la FIFA, va s’appuyer sur une expérience récente. Dès décembre 1898, une sélection allemande formée majoritairement de joueurs de divers clubs berlinois a en effet pu défier – officieusement – un club et une sélection de Paris (7-0, 2-1). En novembre 1899, trois autres rencontres ont eu lieu, en Allemagne cette fois, entre une sélection à base de joueurs de Berlin et Karlsruhe, et l’équipe nationale d’Angleterre (2-13, 2-10, 0-7). En septembre 1901 enfin, un onze allemand a pu disputer deux matches en Angleterre. Même si les résultats ont été décevants (0-12, 0-10), le mouvement a été lancé.

 

En février 1908, le DFB officialise l’instauration de matches internationaux. Plus tard, la date du dimanche 5 mai est fixée, ainsi que l’adversaire, la Suisse, qui disputera là son troisième match international. Mais le plus dur reste à faire: comment bâtir une équipe nationale? On ne parle pas des à-côté indispensables (sélectionneur, assistants, médecin). Il faut seulement onze joueurs. Mais lesquels? La sur-représentation berlinoise de 1899 avait fortement indisposé les autres régions. Le fragile DFB cède à la forte influence des ligues régionales qui s’entendent pour retenir onze joueurs de onze clubs, répartis selon le poids des régions. Mais entre les blessés et les indisponibles car déjà engagés avec leur équipe à la date prévue, le choix devient vite ardu…

 

 

 

 

Finalement, onze garçons sont trouvés. Ils se rencontrent pour la première fois dans le train, quand ce n’est pas à Bâle pour l’unique entraînement d’avant-match. Le choix des joueurs a tardé? Celui du stade aussi: les Suisses ont choisi au dernier moment le Sportplatz Landhof du FC Bâle, où a été ajoutée une tribune supplémentaire de 700 places sponsorisée par une marque de chocolat qui, pour l’occasion, fait sa promotion en distribuant une tablette à chaque spectatrice. Les maillots – noirs aux longues manches blanches et marqués d’un écusson avec l’aigle impérial germanique – sont distribués aux Allemands, avec chaussettes et shorts noirs, le dimanche matin, une fois les joueurs rassemblés à l’hôtel où loge le trésorier du DFB, Wilhelm Behm.

 

 

Buts pour et contre

Après une petite visite de la ville et la pause-déjeuner, le début de la rencontre est sifflé vers 15h par l’arbitre international anglais, H.P. Devitte, venu de Genève, et qui officie en costume bleu foncé et en haut-de-forme – de quoi troubler le capitaine allemand Arthur Hiller, qui faute d’avoir deviné son rôle, lui a d’abord demandé de quitter le terrain! Devant près de 4.000 fans, les Allemands ouvrent vite le score: Fritz Becker conclut dès la 6e minute une action initiée par un centre de l’ailier Gustav Hensel, et l’attaquant devient donc le premier buteur officiel de son pays. Dire qu’il a failli être absent: s’il a appris sa convocation dans le journal, Becker a reçu le document officiel moins d’un jour avant le départ du train, et il a hésité à y aller...

 

Le score semble en faveur des Allemands, mais pas la météo. La pluie qui tombe dru sur Bâle rend le terrain plus difficile pour les joueurs, et les Helvètes savent mieux en tirer parti. Ils égalisent à 1-1, puis prennent l’avantage en profitant d’une bourde du latéral Ernst Jordan, à la peine en défense au point d’inscrire contre son camp le but du 1-2 en tentant de dégager un ballon de la tête. Menée 1-3 à la pause, la jeune équipe allemande – 21,5 ans de moyenne d’âge – revient à deux reprises à un but d’écart en seconde période. Mais sans entraîneur ni trop de tactique, les Allemands échouent à revenir à hauteur des Suisses, qui marquent aussi deux fois, pour un score final de 5-3 qui consacre leur premier succès international.

 

Après le match, les Allemands participent à un banquet, pour lequel il leur a été demandé d’amener ou louer un costume. C’est là le tout dernier point positif du voyage en Suisse pour certains. Car en Allemagne, les journaux tombent à bras raccourcis sur l’équipe, dont ils jugent la défense responsable de la défaite. C’est particulièrement le latéral de Magdebourg, Jordan, qui sert de bouc émissaire: maladroit, buteur contre son camp, et deuxième choix après le double champion d’Allemagne Heinrich Riso – non retenu car blessé – le grand Jordan est la cible de choix pour les critiques, parmi lesquels Hugo Egon Kubaseck, fonctionnaire du DFB et président du comité en charge du onze national.

 

 

Une première… et parfois dernière

L’Allemagne joue trois matches internationaux en 1908. Quinze jours après la défaite en Suisse, elle perd à Berlin contre l’Angleterre (1-5), et début juin à Vienne contre l’Autriche (2-3) malgré deux avances d’un but. Seuls trois joueurs disputent ces trois rencontres: le capitaine Arthur Hiller (1. FC Pforzheim), qui a obtenu cette distinction parce qu’il était le plus âgé des onze premiers joueurs alignés (26 ans et demi), le milieu Hans Weymar (Victoria Hamburg), et l'attaquant Willy Baumgärtner (Düsseldorfer SV), qui à ce jour demeure le plus jeune international allemand (17 ans et 3 mois). Des onze alignés de Bâle, cinq ne porteront plus le maillot national: le gardien Fritz Baumgarten (Berliner Germania), qui avait fait l’école buissonnière pour être sûr d’arriver à temps et avait dormi chez une connaissance à Bâle pour économiser sur les 20 Mark payés par le DFB; le très critiqué Ernst Jordan (Magdeburger Victoria); Karl Ludwig (Kölner SC); Gustav Hensel (Casseler FV) et Fritz Becker (Frankfurter Kickers), pourtant auteur d’un doublé. Des six autres joueurs, trois franchiront le cap des dix sélections: onze pour le défenseur Walter Hempel (Sportfreunde Leipzig) et l’attaquant Fritz Förderer (Karlsruher FV) – ils joueront le 16-0 historique de 1912 contre la Russie – et dix-huit pour le buteur Eugen Kipp (Sportfreunde Stuttgart), qui gardera ce record jusqu’en 1929.

 

La rencontre du 5 avril 1908 est une première avec le voisin helvétique parmi d’autres: la Suisse sera le premier pays à perdre contre l’Allemagne en 1909, et l’Allemagne y obtiendra sa première victoire en déplacement en 1910. La Suisse sera la première à rejouer contre l’Allemagne après les guerres, en 1920 et 1950, et accueillera en 1954 le premier sacre mondial allemand. Bâle attendra 104 ans pour voir un nouveau succès suisse contre l’Allemagne – une Allemagne républicaine, avec des joueurs professionnels, et un capitaine qui reconnaît un arbitre venu sans chapeau. Autres temps, autres mœurs.

 

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