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La parole à la défense

Les postes du rugby expliqués aux footballeurs

Crossover œcuménique – Poste par poste (en incluant celui de Christian Jeanpierre), mettons en parallèle les onze et les quinze. 

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Vous jouez au foot depuis toujours mais, pendant votre enfance, vos parents ont été mutés à Brive ou Perpignan et il vous a fallu survivre, culturellement et physiquement? Vous rêvez devant les magiciens du Barça, mais le calendrier du Stade français ne vous a jamais laissé indifférent(e)? Vous vous désolez de voir votre enfant de deux ans tenter vainement depuis vingt minutes de faire rentrer le cylindre vert dans l’orifice jaune et ovale de son cube magique?

 

En bref, vous adorez le foot autant que le rugby, vous idolâtrez Ben Arfa autant que Michalak (oui, vous aimez souffrir) et vous aimeriez partager cela avec vos proches, restés monothéistes? Ce guide des comparaisons (foireuses) entre les différents postes des deux sports est pour vous.

 

 

 

 


Les avants du rugby, équivalents des arrières du foot

Comme le disent beaucoup d’entraîneurs de l’ovalie, "le rugby commence devant!". Ainsi, les avants ont pour rôle premier la conquête de la balle. Ils doivent en quelque sorte assurer la possession si chère à un Guardiola chez les manchots.

 

Les première ligne : pilier gauche (n°1), talonneur (n°2) et pilier droit (n°3)

 

Joueurs de devoir, travaillant dans l’ombre et assez rarement mis en valeur dans le jeu, ils sont pourtant essentiels à l’équipe sur des tâches un peu obscures (pousser en mêlée, lancer et soulever en touche, être au combat dans les regroupements) et sont très appréciés des connaisseurs.

 

Ils sont l’équivalent des arrières latéraux du foot. D’ailleurs, si pendant des années ils étaient consignés uniquement aux postes de combat, depuis environ vingt ans, on leur demande de plus participer au jeu. Tout comme un latéral moderne ne pourra se contenter de défendre.

 

Les trois postes de première ligne ne sont pas interchangeables tant leurs positionnements en mêlée sont spécifiques: pilier gauche ayant une épaule libre, talonneur chargé de… talonner alors qu’il est coincé entre deux tonnes de coéquipiers et adversaires, pilier droit encastré entre deux adversaires. De même, dans le foot, il n’est pas toujours souhaitable de vouloir inverser les deux latéraux.

 

C’est le talonneur qui effectue la remise en jeu sur les touches, ce qui est généralement le rôle des latéraux dans le foot. Enfin, essayer de faire tirer une pénalité à un première ligne est largement aussi aléatoire que confier l’exécution d’un penalty à un latéral.

 

Les deuxième ligne – n°4 et 5

 

Ils sont souvent les plus grands et costauds de l’équipe et aiment autant batailler au sol que dans les airs, lors de duels à plusieurs mètres de hauteur. Ce ne sont généralement pas les plus adroits avec le ballon et rarement eux qui marquent. Quand cela arrive, c’est souvent parce qu’ils traînaient à proximité de la ligne et rarement sur une action en finesse.

 

Sinon, ils aiment endosser le rôle de grand justicier (ou de gros bouchers, ça dépend d’où on se place) et rappeler à la vedette de l’équipe d’en face quel goût a le gazon. Ne cherchons pas plus, ils correspondent à tous points de vue aux stoppeurs du foot.

 

Les troisième ligne – flankers (n°6 et 7) et troisième ligne centre (n°8)

 

Ils sont au cœur du jeu, en ce sens qu’on les verra aussi bien défendre qu’attaquer, même s'ils peuvent avoir leurs spécificités.

 

Le n°6 fermera le petit côté et aura pour rôle premier de plaquer tout ce qui bouge (avec un malin plaisir à chasser le 10 en face) en essayant au passage de récupérer le ballon.

 

Le n°7, plus coureur, s’occupera du côté ouvert et sera amené plus souvent à porter la balle et à intégrer les lignes arrière en phase offensive, le n°8 décrochera pour assurer un relais puissant lors de la construction du jeu.

 

Bref, durs sur l’homme et amenés à colmater les brèches en défense autant qu’à être habiles avec la balle et amener le surnombre en attaque, dotés de trois poumons, ils sont les équivalents des milieux défensifs et relayeurs des équipes de foot.

 


La charnière

Demi de mêlée (n°9) et demi d’ouverture (n°10)

 

Ces deux-là constituent le cerveau de l’équipe. Ils sont à l’origine des choix de jeu en attaque, que ce soit pour du jeu restrictif, au près ou à l’aide de grands coups de pied vers l’autre camp, ou avec de superbes passes pour ses coéquipiers dans des espaces que personne sauf eux n’avait vus.

 

Ils doivent savoir fédérer leurs coéquipiers et leur montrer la voie à suivre. Pour cela, le demi de mêlée règne sur les huit monstres devant, pendant que le demi d’ouverture organise les buffles de l’arrière.

 

Étant donné leur rôle central, pas étonnant qu’ils soient ciblés par leurs adversaires qui ne manqueront pas de venir les châtier dès que possible, que ce soit lorsqu’ils attaquent (Plisson recomptant ses vertèbres après un plaquage de Lawes) ou lorsque ces malheureux doivent défendre (pensées pour Biggar encore en train de faire des roulades arrière après la charge de Vakatawa, et pour Michalak et ses nombreux air-plaquages).

 

Le 9 et le 10 correspondent donc aux meneurs de jeu du foot, aux 10 pour simplifier. Ils sont souvent en charge des pénalités et transformations, équivalents des coups de pied arrêtés du foot qui font souvent briller leurs homologues.

 


Les arrières, joueurs allant de l’avant

Vous l’aurez compris, rien n’est simple dans la longue histoire qui unit et désunit foot et rugby. Ainsi, si l’on devait comparer les lignes arrière du rugby à des joueurs de foot, on les rapprocherait plutôt des attaquants, c’est-à-dire des "avants" du foot.

 

Les trois-quarts centre – premier centre (n°12) et deuxième centre (n°13)

 

Bien lancés par la charnière, les trois-quarts centre ont pour rôle d’initier l’attaque, soit grâce à leur impact physique, soit grâce à leur vitesse, soit grâce à leurs appuis, soit grâce à un peu tout cela. Ils sont obligatoirement adroits avec la balle (pour info, Bastareaud n’est pas un trois-quarts centre, mais un 8 qui s’ignore).

 

Si certains sont trop persos et font généralement le crochet de trop avant de lâcher la balle, les meilleurs font la passe au meilleur moment, au meilleur endroit. On peut dire qu’ils ressemblent beaucoup aux ailiers du foot.

 

Les trois-quarts aile – n°11 et 14

 

Ce sont les finisseurs, ceux qui sont au bout de l’action et inscrivent donc les points, même s'il n’y a plus qu’à franchir la ligne avec la balle.

 

On peut en trouver des grands et costauds qui vont miser sur leur gabarit pour s’imposer et marquer, quitte à faire cela comme un vulgaire avant, d’autres qui vont miser sur leur vitesse pour passer dans le dos des défenseurs et enfin des malins, guettant l’erreur adverse pour récupérer la balle et inscrire un contre assassin qu’ils ne manqueront pas de célébrer en chambrant.

 

Nous tenons là nos buteurs, nos 9 du foot. Si vous rajoutez qu’ils sont souvent à la limite du hors-jeu ("Depuis le début Inzaghi!") et qu’ils aiment flirter avec la ligne (Fowler likes this), là encore les points de comparaison abondent.

 

L’arrière – n°15

 

Il passe de longs moments seul sur le terrain, derrière ses copains, loin du jeu. Néanmoins, il lui faut être en permanence vigilant et bien placé pour intervenir sur un ballon qui arriverait soudain dans sa zone et qui serait inévitablement chaud.

 

Par son importance en défense sur les ballons aériens, il correspond au gardien. Par ses relances inspirées venues de l’arrière, en slalomant entre les adversaires ou en optant pour le jeu long au pied, et par les essais qu’il inscrit, il se rapproche plutôt du libéro, poste ayant disparu au foot (Brunel a également tenté de faire disparaître le poste d’arrière en y titularisant Huget).

 

Sa position de dernier défenseur et sa vision globale du jeu confirment l’hybridation entre gardien et libéro côté ballon rond.

 


Christian Jeanpierre

Christian Jeanpierre est évidemment celui qui fait le lien le plus évident entre rugby et foot. Malheureusement, contre lui. Capable de trouver certains corners et renvois aux 22 plus intéressants que d’autres, ses "Savez-vous que Sonibi" font écho à ses "Figurez-vous que Saméto".

 

 

Que ce soit avec un ballon rond ou une balle ovale, le terrain semble toujours rempli de "ces diables de…". Après avoir pendant des années exposé sa naïveté footballistique, il en fait désormais profiter l’ovalie à chaque Coupe du monde.

 

Ses employeurs se ravissent d’avoir quelqu’un qui semble découvrir éternellement les mêmes choses à chaque match, relais utile de ceux qui regardent ce sport pour la première fois à la TV et à qui il convient de tout expliquer, et surtout de tout survendre.

 

Cependant, comme pour le foot, il va finir par comprendre ce qu’il commente et il sera alors temps de l’exfiltrer vers un nouveau sport restant encore à médiatiser. Tremblez, amis handballeurs!

 


La TMO

La TMO est la VAR du rugby. Et il faut toujours se méfier des acronymes dont on ne connaît pas la définition, comme BFM.

 

 

Apparue pour simplifier le rôle de l’arbitre (évidemment), la TMO – Television Match Officiel – désigne une équipe d’arbitres vidéo installés dans un car et qui, sur sollicitation, viennent décortiquer les images au ralenti pour savoir si vraiment l’épaule bleue vient s’écraser dans la glotte ou plutôt dans le sternum blanc et si le ballon a été aplati par les 127 kg d’un pilier géorgien ou les 135 d’un deuxième ligne sud-africain.

 

Mais quelquefois, avec la complicité d’un réalisateur partial, la TMO se transforme en "team ‘Hé ho!'" et s’autosaisit pour obliger au jugement d’une action et sanctionner la France.

 

Ainsi, dimanche dernier, alors que personne n’avait rien demandé et qu’une pénalité avait été sifflée pour un banal étranglement, il a été diffusé à foison des ralentis montrant Vahaamina décocher un violent coup de coude dans la mâchoire d’un Gallois (il faut dire, pour la défense du Tricolore, que l’autre avait une moustache rousse).

 

Cela n’a pas manqué de rappeler aux Français la finale de Coupe du monde de foot 2006, durant laquelle Zidane avait lui aussi été dénoncé par les ralentis auxquels on n’avait rien demandé. Dans les deux cas, la sanction fut la même: carton rouge contre la France et défaite frustrante à la fin du match.

 

* * *

 

Voilà, vous pouvez désormais expliquer les deux sports autour de vous et ainsi vous faire de nouveaux amis et copines au bar lors des retransmissions TV partagées autour d’une ou plusieurs bières.

 

Par contre, si quelqu’un vous demande de lui expliquer la règle du hors-jeu, que ce soit pour l’un ou l’autre des deux sports, faites comme au foot ou au rugby dans pareil cas d’urgence, bottez loin en touche.

 

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