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Julie Grémillon

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Aulas fume la pelouse

Les périls de la fortune

Le rapport de la DNCG annonce que les comptes des clubs de L1 se rapprochent de l'équilibre. Il donne aussi l'occasion d'un audit économique plutôt optimiste du foot français, juste avant que ne tombe la nouvelle manne des droits télé...
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La Direction nationale du contrôle de gestion semble avoir perdu son image de flic-comptable qui venait mettre ses bâtons dans les roues des carrosses du football professionnel, habitués à rouler à tombeau ouvert. Elle en a encore souffert lors des premières années de la décennie (malgré une sévérité parfois très relative — voir Ligue: déjà les plans d'urgence), en raison d'une surchauffe de l'élite, mais aujourd'hui, elle paraît incarner la sagesse même pour nos clubs, qui se réclament de ses préceptes et se prêtent apparemment de bonne grâce à ses directives. Un redressement net, mais incomplet L'instance vient de publier son rapport financier pour l'exercice 2003-2004, et le bilan global est plutôt satisfaisant, surtout par rapport au précédent, qui faisait état d'un déficit global de 151,1 millions d'euros. Avec une réduction à 35,9 millions, le président François Ponthieu peut saluer les "gros efforts" des clubs de L1 pour enrayer la dérive des trois saisons précédentes, notamment au travers d'une meilleure maîtrise de la masse salariale. Une maîtrise cependant toute relative: en passant de 359 à 348,5 millions d'un exercice à l'autre, les clubs n'ont fait que stabiliser ce poste qui absorbe toujours 69% de leurs recettes. Notons pour l'anecdote que l'AJ Auxerre annonce avoir diminué de 9% les salaires hors primes, une sorte de double bonus du transfert de ses starlettes, qui ont aussi rapporté de l'argent frais (22 millions pour Djibril Cissé). D'autres indices témoignent d'un assainissement plus significatif, comme la forte baisse de l'amortissement des contrats de joueurs, ou la hausse de 50% des capitaux propres. La balance des transferts redevient très nettement positive (91,8 millions d'euros, dont 61,5 vers l'étranger) et montre que le foot français fait de bonnes affaires s'il assume son propre modèle d'exportateur de joueurs — et ce malgré la crise du marché européen. Nos clubs sont donc à moitié de mauvaise foi quand ils se plaignent de ne pouvoir conserver leurs meilleurs joueurs, dans la mesure où ces départs représentent des ressources très importantes. On peut d'ailleurs souligner, sur ce point, que les dirigeants ont mis de côté le discours qu'ils tenaient encore il y a deux ans, lorsqu'ils menaçaient d'abandonner une formation qui n'aurait plus été rentable... Clubs : des bilans contrastés Cependant, ce tableau globalement positif doit encore beaucoup à des actionnaires qui ont effacé certains comptes courants en mettant la main à la poche, pour un montant total de 60 millions d'euros. Il y a aussi les bons et les mauvais élèves. Avec ses 31 millions de déficit (toutefois divisé par deux par rapport à l'exercice précédent), le PSG se fait remarquer. Le retour à l'équilibre est annoncé pour cette saison, avec un budget qui aura été divisé par deux depuis la saison 2002/2003. Strasbourg (-2 millions d'euros), Lyon (-6,5), Lille (-2,8), Lens (-1,9) et Bastia (-4,5) sont également déficitaires. Les autres clubs affichent un résultat positif qui va jusqu'à 3,3 millions d'euros pour le FC Metz, en passant par 2,5 pour Toulouse ou Nice (1,1). Christophe Bouchet voit ironiquement son bilan personnel salué par un solde de +1,1 million pour l'OM. L'AS Monaco fait figure d'exception (fiscale?) avec un résultat net de 28,8 millions. Merci à la Ligue des champions, dont les seuls droits de diffusion auront rapporté... 28 millions, ainsi qu'à un "résultat exceptionnel" de 51 millions qui ne correspond pas à l'élimination du Real Madrid, mais à un abandon de créance princier. Bordeaux, Sochaux et Rennes se démarquent aussi, mais seulement parce qu'on n'aura pas le détail de leurs finances: ces trois formations n'ont en effet pas souhaité rendre publics leurs comptes. Plutôt étonnant quand on sait que leurs actionnaires majoritaires (M6, Peugeot et PPR) sont de grands groupes cotés qui devraient être habitués aux exigences des marchés financiers... L'urgence d'une DNCG européenne Ces résultats moins spectaculaires qu'il n'y paraît — témoignant encore d'une certaine fragilité —, sont cependant remarquables si on les compare avec ceux des grands championnats européens — ne serait-ce que sur le plan de la transparence financière. Les 35,9 millions de déficit cumulé pour l'ensemble de la L1 sont à comparer avec les chiffres de quelques cadors européens (100 millions pour l'Inter, 151 pour le Milan AC et Barcelone) ou aux 698 millions de dettes affichées par la Bundesliga. Plus que jamais, les distorsions de la discipline financière sur le continent — bien plus que les écarts de fiscalité — créent les conditions d'une iniquité sportive intolérable. "Le Borussia Dortmund affiche 67 millions d'euros de perte. Auxerre et Sochaux, qui ont été éliminés par ce club ces dernières années en Coupe d'Europe, ne sont-ils pas fondés à se demander si le Borussia n'a pas triché quelque part?", s'est ainsi interrogé François Ponthieu (AFP). Après avoir beaucoup milité auprès du gouvernement sur le territoire domestique, le président Thiriez serait bien avisé de cravacher son cheval de bataille présumé: la création d'un contrôle de gestion à l'échelle européenne, que l'embryonnaire licence de l'UEFA ne fait qu'esquisser (voir CdF n°5). Une inquiétante prospérité ? Préservé des risques de krach, toujours béni par une glorieuse incertitude qui garantit l'attrait de son championnat (malgré les efforts de l'OL), plutôt bien assis sur ses atouts, bénéficiant désormais d'aménagements législatifs et fiscaux sur mesure, notre football national apparaît bien armé pour grimper dans la hiérarchie européenne, en dépit de ses éternels complexes. Mais l'inquiétude vient plutôt de l'avenir, et paradoxalement, des perspectives de prospérité économique: car le cycle négatif qui vient tout juste d'être arrêté a commencé en 1999, c'est-à-dire au moment de l'explosion des droits télé avec le partage du marché par Canal+ et TPS, entraînant l'inflation des salaires et des dépenses — pour des résultats sportifs pas franchement probants. Or, l'arrivée prochaine des 600 millions d'euros annuels du contrat 2005-2008 risque d'avoir exactement les mêmes conséquences. Les présidents de clubs ont beau jurer qu'ils sont devenus raisonnables et Frédéric Thiriez affirmer que "le pli de la rigueurs est pris" (FF), les tentations vont être fortes de flamber sur le marché des joueurs plutôt que de développer les infrastructures et les ressources non télévisuelles. Témoin des années de fuite en avant, François Ponthieu suggère l'ouverture d'un "débat général sur l'utilisation des sommes provenant du nouveau contrat Canal+ ou économisées grâce aux récentes avancées législatives". On fera le bilan dans trois ans... À télécharger : >> Le document de la LFP sur la situation du football professionnel français (PDF, 2,1Mo). >> Le rapport de la DNCG (PDF, 5,1 Mo).
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