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Matthew Barker

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Revue de stress #127

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Triple final

Les footballeurs britanniques ratent l’engagement

When Saturday Comes – Alors qu’aux États-Unis, les sportifs sont devenus des figures de proue pour les mouvements contestataires, les joueurs de Premier League se refusent encore à prendre position dans les débats politiques.  

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Extrait du numéro 362 de When Saturday Comes. Titre original : "Speaking Out", traduction La menace Chantôme.

 

* * *

 

La semaine dernière, un journaliste du Sun s'est vu interdire l’accès au stade d'Anfield ainsi qu’à Melwood, le camp d’entraînement des joueurs de Liverpool. Bien que non politique, cette décision du club est un cas bien trop rare de prise de position dans le milieu, tant le monde du football britannique se tient encore farouchement à l’écart de toute controverse.

 

L’explication tient peut-être à l’influence omniprésente des agents et autres sponsors, et à la propension des médias à faire part d’une indignation exagérée à la moindre occasion. Ainsi, lorsqu’en juin dernier, les dirigeants de la Premier League se sont exprimés en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne quelques jours avant le vote, il était clair qu’ils étaient davantage mus par des préoccupations financières que par des motivations d’ordre moral.

 

 

 

 

 

La révolution kaepernicienne

Aux États-Unis, en revanche, le militantisme politique a littéralement proliféré dans le milieu pourtant archi-conservateur de la NFL. Récemment, six membres de l’équipe ayant remporté le Super Bowl, les New England Patriots, ont annoncé qu’ils boycotteraient la traditionnelle visite à la Maison Blanche. L’un d’entre eux, LeGarrette Blount, confia aux journalistes avoir le sentiment de ne pas y être "le bienvenu".

 

Avant le début de la saison de NFL (et avant l’élection de Donald Trump à la présidence), le désormais célèbre Colin Kaepernick lançait un mouvement de protestation silencieuse qui prit rapidement de l’ampleur, au point de faire l’objet d’un débat national passionné. Le quarterback des San Francisco 49ers avait en effet refusé de se mettre debout pour le traditionnel hymne d’avant-match, et opté à la place pour une posture alliant genou à terre et poing levé vers le ciel.

 

Par ce geste symbolique, Colin Kaepernick exprimait son soutien au mouvement Black Lives Matter (BLM), créé en réaction à une succession de bavures policières ayant fait de nombreuses victimes parmi de jeunes Afro-américains. Déjà, en 2014, cinq joueurs des Saint-Louis Rams avaient quitté le terrain les mains en l’air en référence au décès de Michael Brown – un adolescent noir mort sous les balles d’un officier de police dans la commune voisine de Ferguson, alors qu’il aurait eu les mains en l’air en signe de reddition.

 

 

Plus forts que les sponsors

Le monde du basketball a, dès l'origine, suivi le mouvement BLM, et depuis l’élection de Donald Trump, les joueurs sont de plus en plus enclins à (voire tenus de) prendre la parole au sujet des affaires et des controverses qui agitent la scène politique américaine. Le sentiment général est que les athlètes font figure d’exemples et ont donc un réel pouvoir de sensibilisation. Mais surtout, on assiste à une prise de conscience de leur influence, qui dépasse aujourd’hui le pouvoir de leurs sponsors. C’est notamment le cas pour les plus célèbres d’entre eux, qui pourraient très bien se passer de ces partenaires au vu de leurs revenus déjà colossaux.

 

Lorsque Kevin Plank, PDG d’Under Armour, a publiquement exprimé son soutien à Donald Trump après les élections, Stephen Curry (star de la NBA et l’un des plus précieux porte-étendards de la marque d’équipements sportifs) n’a pas hésité à tourner ses propos en dérision dans la presse [1]. L’entreprise a alors rapidement publié un communiqué pour prendre ses distances vis-à-vis des propos de son PDG, tandis que ce dernier achetait une page entière dans le Baltimore Sun pour expliquer qu’il avait été cité hors contexte. Peine perdue: selon le New York Times, la manœuvre n’aura pas été entreprise suffisamment tôt pour enrayer la chute du cours de l’action de la marque.

 

Il s’avère qu’Under Armour est également l’équipementier officiel du club de Liverpool. Difficile cependant d’imaginer une situation similaire au Royaume-Uni. Les échanges de tweets passionnés de Gary Lineker autour de la question du traitement des réfugiés sont encore ce qui s’apparente le plus à de telles prises de position. Pourtant, bien que les cas extrêmes survenant actuellement outre-Atlantique dépassent de loin ceux que nous connaissons ici, il y a néanmoins encore largement matière à protester, et l’heure n’est pas non plus à l’optimisme.

 

 

 

 

 

Faire entendre sa conscience

Il y a une vingtaine d’années, Robbie Fowler avait écopé d’une amende de la part de l’UEFA pour avoir soulevé son maillot sur un T-shirt portant un message de soutien aux dockers en grève à Liverpool. Pourtant, hormis les plus fervents défenseurs de l’apolitisme du sport, peu de gens lui avaient reproché ce geste, y compris au sein de cette même UEFA.

 

Imaginons les réactions auxquelles nous aurions droit aujourd'hui si un de ces joueurs de Premier League qui gagnent tant d'argent qu'ils ne savent comment le dépenser en venait à s’exprimer contre les restrictions à l’immigration au Royaume-Uni, contre les injustices et inégalités raciales ou pour soutenir les droits de la communauté LGBT. Que se passerait-il encore si des membres de l’équipe victorieuse de la FA Cup refusaient d’être accueillis à Downing Street en guise de protestation contre le soutien explicite de Theresa May à l’administration de Donald Trump?

 

Aux États-Unis, les gestes des sportifs ont permis d’ouvrir les débats ; pas seulement sur des questions d’ordre politique, mais également sur le rôle de ces hommes et de ces femmes dans un monde de plus en plus politisé. Désormais, les sponsors et autres équipementiers savent parfaitement à quel point il est nécessaire de faire preuve d’une conscience sociale, et surtout de s’intéresser à leurs marchés. Il est plus que jamais temps pour nos footballeurs de faire entendre leurs voix et de profiter de circonstances qui n’auront probablement jamais été aussi favorables.

 

[1] NdT : Kevin Plank considérait l’élection de Donald Trump comme un atout ("asset") pour les États-Unis, ce à quoi Stephen Curry avait répondu en suggérant d’enlever et dernières lettres ("ass" = connard).

 

 

 

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