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Les Dé-Managers

 

Christophe Kuchly, Julien Momont, Raphaël Cosmidis et Philippe Gargov. Les Dé-managers: un blog pour parler tactique – pas pour meubler –, et une chronique du jeu dans leurs cartons.


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Les caresses de Coutinho

Le milieu offensif brésilien a illuminé l’entrée en lice de la Seleçao contre la Suisse (1-1) d’une frappe enroulée superbe, devenue sa signature.

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"Oui, c’est une arme. Quand quelque chose fonctionne, on continue juste à le faire." C’était Arjen Robben, ce pourrait tout aussi bien être Philippe Coutinho. Comme Thierry Henry et ses plats du pied, comme Edinson Cavani et ses têtes au premier poteau, comme Francesco Totti et ses piqués, comme Frank Lampard et ses mines déviées, comme Ali Ahamada et ses fautes de main. Et, donc, comme l’ailier Néerlandais et son combo classique crochet intérieur-frappe enveloppée petit filet opposé, dont il dévoilait certains des secrets pour ESPN FC en décembre dernier. "Il faut le déclencher exactement au bon moment. Même si les gens disent ‘Robben fait toujours la même chose’, il y a toujours un effet de surprise car je fais toujours de petites variations. Avec une grande part d’intuition."

 

 

Courbes diaboliques

Pour Philippe Coutinho, ce geste signature, c’est sa frappe du droit, axe gauche, à vingt ou vingt-cinq mètres du but adverse, enveloppée dans la lucarne de son choix – souvent l’opposée, pour lui aussi. Avant la Suisse, hier soir, Haïti, l’Argentine, Stoke, Everton, Newcastle, Swansea, Gérone et la Real Sociedad y avaient déjà succombé.

 

 

Un geste soudain, déclenché sur un pas, avec un crochet de dégagement éclair, permis par un centre de gravité bas et une conduite de balle qui maintient le ballon au plus près. Alliage de vivacité, d’appuis solides pour se mettre rapidement en position de frappe dans une zone où le temps est compté, d’une souplesse de cheville hors norme pour caresser le cuir et lui donner sa courbe saillante, et d’une sacrée dose de confiance en soi. Le ballon s’éloigne d’abord du gardien et du cadre pour y plonger au dernier instant, comme téléguidé, accélérant à mesure qu’il s’approche du but. Diabolique. Coutinho invente le coup franc en mouvement.

 

Comme la plupart des Brésiliens, Philippe a de la magie dans les pieds, vantait déjà Mauricio Pochettino en 2012, quand il avait obtenu le prêt du Brésilien à l’Espanyol Barcelone. Et à part cette magie, il a également une grosse activité.” Cela lui permet de briller en Seleçao là où les supporters des Reds le fantasmaient en début de saison dans un quatuor étourdissant avec Salah, Firmino et Mané: en relayeur d’un 4-3-3.

 

 

Dichotomie Neymar/Coutinho

Cela laisse Neymar à gauche, et cela offre les clés de l’animation offensive au Barcelonais (89 ballons contre la Suisse, deuxième total brésilien, et 52 passes dans le camp adverse à 92% de réussite, record du match). Leur relation technique est d’ailleurs l’axe majeur de l’attaque auriverde (vingt-sept ballons échangés), consolidée par la proximité de leurs zones d’action axe gauche.

 

Mais là où le Parisien parasite parfois le jeu brésilien de fantaisies contre-productives, l’ancien Intériste l’éclaire par ses déplacements judicieux, ses dribbles courts et son jeu de passes, aérant parfois à l’opposé vers Willian, qui reste lui sur l’extérieur côté droit.

 

Neymar, Coutinho, deux styles, deux états d’esprit, auxquels il serait tentant d’appliquer la dichotomie wengerienne développée dans Stillness and Speed, la biographie de Dennis Bergkamp: “Je pense qu’il y a deux genres de joueurs de football. Ceux qui veulent servir le football comme ils serviraient Dieu, et ils placent le football si haut que tout ce qui n’approche pas ce que le football devrait être est un peu inacceptable. Et il y a ceux qui utilisent le football pour servir leur ego. Et parfois, l’ego peut se mettre en travers du jeu, parce que son intérêt vient avant l’intérêt du jeu. (…) Je pense que les vrais grands joueurs sont guidés par la manière dont le football doit être joué, et non pas par comment le football peut les servir.”

 

Le sort du Brésil dans cette Coupe du monde réside peut-être dans la faculté de Coutinho à remporter cette lutte de pouvoir spirituelle et à entraîner Neymar dans son sillage, plutôt que l’inverse. Pour avant tout respecter le jeu, sa logique collective et la quête nécessaire de l’efficacité via la simplicité. "Quand je pars dans une course, je ne sais pas où elle finira", assurait Arjen Robben. C’est peut-être la différence avec Coutinho. Quand le Brésilien enclenche sa spéciale, il le sait: elle finira presque à coup sûr dans la lucarne.

 

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