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Joseph Alfonsi

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Manchester fait la manche

Les bonheurs de Sophie

Jamais, de mémoire de téléspectateur, un nouveau venu du petit écran n’aura été aussi "spontanément" plébiscité par une profession que l’on sait d’ordinaire plutôt fermée et peu encline à partager le devant de la scène. Dans ce milieu que l’on dit également rompu aux plus viles mesquineries, l’unanime engouement qui salue chaque apparition de Sophie Thalmann laisse rêveur.
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Faut-il que l’intéressée éclabousse d’un talent hors pair des collègues que l’on suppose à l’abri du coup de foudre juvénile et ravageur. Combien en avons-nous connu de ces jeunes prodiges, touchés par la grâce éphémère d’une mode de l’instant et promis à des lendemains enchanteurs, avant qu’ils ne retombent, avec force revers, dans les oubliettes du PAF? Quel tonitruant départ!
Mais ne s’agit-il pas en fait, pour les mentors de la jeune femme, de forcer le trait du compliment, comme pour mieux éluder leur renoncement journalistique et une peu glorieuse allégeance au seigneur audimat?
Tout le monde y va de son petit compliment. On insiste lourdement sur la qualité d’un travail prometteur, histoire sans doute de masquer les desseins inavouables. Comme pour mieux s’excuser, auprès de la profession, de sombrer, toute honte bue, dans les travers d’un racolage à peine dissimulé. Car comment ne pas voir que ce déploiement d’éloges cache, en réalité, une pitoyable tentative de légitimation de la douteuse démarche?
Quel revirement de la part de l’inamovible Monsieur Foot de la Une! Qu’il semble loin le temps ou le ballon rond lui paraissait être exclusivement affaire d’hommes, pour le malheur d’une Marianne Mako, coupable à ses yeux d’incompétence déplacée! Pauvre Marianne, que n’aviez-vous —déférence gardée— la plastique affolante et l’ingénuité ravageuse!
Sans doute ne vous y entendiez-vous pas à jouer la potiche de service, seul rôle que ces messieurs étaient manifestement disposés à vous voir jouer. Au lieu de cela, malheureuse, vous ambitionniez réellement de parler football dans une émission qui traitait précisément de…football. Un peu gonflé! Car, objectivement parlant et n’en déplaise à votre détracteur officiel, votre propension aux " énormités " (je cite), n’était pas particulièrement plus solide que…la sienne. C’est dire que le procès que l’on vous fît en ce temps-là était un bien mauvais procès.
Oubliées donc les diatribes phallocrates, devant "l’incommensurable" talent qui éclôt. TF1 se félicite ouvertement du considérable surcroît d’audience que la présence de Miss France provoque. Ce pourcentage mesuré de téléspectateurs nouvellement ralliés a, pour nos amis, valeur d’absolution en matière de remords.
Dans un univers exclusivement régi par les parts de marché, il ne reste plus qu’à légitimer l’opération, quitte à louer outrageusement les mérites de la jeune recrue. Tout le monde est donc invité à témoigner des dispositions naissantes de la protégée, dans le but de conforter des employeurs désireux de se départir d’un arrière fond de mauvaise conscience professionnelle.

Allez, puisque, médiamétrie oblige, l’on fait appel à nos instincts mâles les plus libidineux, jouons le jeu à découvert et risquons une requête: pourquoi pas un abandon de la programmation dominicale de l’émission au profit de nos samedi soir d’antan? Chute d’audience? Pensez donc! Imaginez la bande annonce : Minuit dans le jardin du foot et du mal, Miss Thalmann en maîtresse de cérémonie SM, bottes de cuir sur la sphère galbée, fouet, chaînes et latex de rigueur. Ne zappez pas, passés les douze coups, Sophie enlève le bas! Je m’égare. Mais l’on m’y pousse.
Médisance empreinte d’amertume? Jalousie? Rien de tout cela, mais un sentiment d’écœurement devant tant de cynisme. Bien évidemment, vous l’aurez compris, il ne s’agit pas ici de bouder l’incursion féminine dans un univers traditionnellement masculin, mais de dénoncer l’exploitation lamentable, l’utilisation "beauffement" aguicheuse de la féminité à des basses fins commerciales.
On retiendra les entrées en guest Star de la Miss, scrupuleusement cadrée à hauteur de décolleté, puis suivie d’un œil bas et traînant par une caméra chargée de ne pas perdre une miette de son installation parmi les hôtes. Lesquels, "invité du jour" y compris, n’ont pas droit, curieusement, au même cérémonial. Bien sûr, on nous reprochera d’avoir l’esprit bien plus mal placé que la caméra, en objectant qu’il est juste question de galanterie. Nous nous excuserons donc de ne pas y avoir pensé, mal élevés que nous sommes.
Allons! Melle Thalmann n’est sûrement pas plus idiote qu’une/un autre. Mais on aurait apprécié, de la part de ces messieurs, un soutien tout aussi prononcé en faveur de quelque jeune et courageux journaliste, en rupture de ton avec le ronronnement habituel de la profession. Mais fréquente le Variétés qui peut...
Soyons honnêtes! La touche "people" ne nous choque pas. Après tout, les sportifs de haut niveau, starisés au même titre que les gens du show-biz, ont également vocation à faire rêver la ménagère, qu’elle soit cinquantenaire ou boutonneuse. Et puis, contrairement aux idées sottement répandues, il est des footballeurs qui gagnent à être connus, même en dehors du terrain.

C’est donc moins pour contester une concession à l’air du temps que pour déplorer l’absence patentée d’un journalisme qui se respecte, que nous recommandons à Sophie Thalmann de se soucier de ses arrières, pour le jour où, parvenue à un certain âge, la caméra refusera de s’en charger.

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