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Christophe Zemmour

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Les maillots mythiques du Mondial

Leônidas 1938, à pied et à bicyclette

Les belles histoires de la Coupe du monde – Le joyau Leônidas enchante le public français du Mondial 1938 par des buts et des gestes qui vont incarner le football brésilien. 

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Avant même le début de la Coupe du monde 1938 en France, Leônidas da Silva est une star au Brésil, le témoin et le symbole d’une époque de bouleversements. Au début de sa jeune carrière, alors qu’il venait de fêter son dix-huitième anniversaire et de passer la soirée de la veille à danser, il fut le héros du match décisif de la finale du championnat des sélections opposant Rio de Janeiro et São Paulo, où évolue l’icône Arthur Friedenreich.

 

À cette époque, le championnat brésilien était encore amateur et en proie aux considérations raciales. Mais le contexte lui est plus favorable à son retour d’Uruguay, pays qui l’a affublé du surnom de "Diamant noir" et lui a fait connaître un premier contact avec le football professionnel – difficile pour un fêtard comme lui.

 

Le Mondial italien de 1934 avait été un échec, le Brésil se faisant éliminer dès le premier match face à l’Espagne (1-3) – Leônidas inscrivant ce seul but auriverde. Quatre ans plus tard, il se présente en France plus aguerri et probablement au summum de sa carrière.

 

 

 

 

 

Buteur aux pieds nus

Au-delà de sa performance purement statistique, c’est le ravissement des yeux qui fait de lui le héros de cette troisième édition de la Coupe du monde. Dès son premier match face à la Pologne à Strasbourg, remporté (6-5), il inscrit trois buts, dont celui de la victoire… de la chaussette. Le terrain est ravagé par la pluie et la boue emporte sa chaussure au moment de reprendre le ballon contré par le gardien Edward Madejski. 

 

Déjà, au retour des vestiaires, le Brésilien s’est pointé pieds nus, mais l’arbitre lui refuse le droit de jouer sans chaussures. La foule est conquise, le style brésilien s’expose aux yeux de l’Europe. Un style que Leônidas incarne parfaitement, comme le dira Nelson Rodrigues: "Il est le joueur le plus authentiquement brésilien qui soit, de la tête aux pieds" [1].  

 

 

 

 

Le spectacle est encore au rendez-vous le 12 juin, au Parc Lescure de Bordeaux. Le quart de finale opposant le Brésil et la Tchécoslovaquie est brutal et enlevé, et Leônidas va l’enchanter d’un geste alors inconnu du public européen: la bicyclette. Pour Raymond Thourmagem, journaliste à Paris Match, c'est "de la magie noire". Ce geste acrobatique va alors porter sa marque.

 

Le match est à rejouer, deux jours plus tard. Le Brésil s’impose (2-1) dans le temps réglementaire, non sans que Leônidas ne marque encore une fois. Malheureusement, il y aggrave également une blessure musculaire contractée lors de la première opposition face aux Tchécoslovaques. Les soins qu’il reçoit amplifient même la douleur.

 

 

 

 

Joueur et charmeur

Il prétendra qu’il aurait "joué sous la neige et avec une jambe de bois", mais le sélectionneur brésilien, Pimenta, se passe de ses services face à l’Italie, alors championne du monde en titre, en demies. D’aucuns prétendront que c’était pour le préserver par avance pour la finale. La rencontre est mouvementée, controversée et tourne à l’avantage de la Nazionale qui l’emporte (2-1).

 

Le Brésil, qui a pourtant montré de belles ambitions lors de ce tournoi, n’est pas encore champion du monde. Mais, emmené par son joyau Leônidas, il a gagné du respect et de l'admiration pour son style de jeu, désormais identifié. Le joueur, lui, a acquis une popularité considérable dans son pays, qui a vibré aux commentaires de la Radio Club. 

 

Leônidas retrouve l’équipe pour le match de classement contre la Suède. Il offre une passe décisive et inscrit le but de l’égalisation (2-2) puis celui de l’avantage (3-2). La Seleçao l’emporte finalement (4-2), à Bordeaux, là où le public aura eu l’occasion d’admirer par trois fois Leônidas, qui s’entretient avec des spectatrices à la fin du match. 

 

Le charme opère, il devient un phénomène publicitaire pour des cigarettes, des chocolats et des goiabadas de poissons, il tient même des conférences sur le football. Il fait ensuite les beaux jours de Flamengo puis de São Paulo – qu’il rejoint après un séjour en prison de huit mois, pour avoir falsifié des documents le dispensant du service militaire.

 

 

 

 

Prophète en son pays

Leônidas ne rejouera plus jamais en Coupe du monde. En effet, le conflit planétaire de 1939/45 empêche les éditions 1942 et 1946 de se tenir. Porté par un talent hors normes et accroché à une vie endiablée, il traîne malheureusement des blessures aux deux genoux, dont une sérieuse au ménisque droit. Il offre un nouveau titre de champion à São Paulo en 1948, le cinquième en huit saisons.

 

C’est malheureusement insuffisant pour lui pour gagner les faveurs du sélectionneur brésilien en vue de la Coupe du monde domestique de 1950. Il annonce alors: "Avec Flávio Costa, le Brésil gagnera le Sul-Americano, mais perdra fatalement la Coupe du monde". Sa prophétie s'accomplit quelques semaines plus tard. 

 

Sa reconversion dans le métier d'entraîneur est rendue éphémère par son caractère impatient. C’est sur les ondes que son style pertinent et acerbe fera son succès, quitte à n'épargner ni Garrincha, ni Pelé. Il doit renoncer à cette carrière de consultant en 1976. La maladie d'Alzheimer commence à le dévorer, à effacer les souvenirs d’une vie pourtant si riche.

 

Il s’accroche au ballon que son épouse, Albertina, lui avait offert. Elle l'accompagnera jusqu'à sa mort en 2004. Il aimait dire: "Même si je n’ai pas toujours bien joué, je n’ai jamais accepté la défaite". Leônidas a laissé une marque indélébile dans l’histoire de son pays et de la Coupe du monde.

 


[1] “Un diamant au paradis”, Alain Fontan, France Football, 27 janvier 2004.

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