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Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Le Vitesse dans la lumière

Au milieu des grands du championnat hollandais, le Vitesse Arnhem joue les trouble-fête et veut redevenir la quatrième force du pays, comme dans les années 90.

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Quelle équipe a remporté tous ses matches de championnat à l’extérieur cette saison? Le premier réflexe, correct, est de penser au FC Barcelone. Mais le club catalan n’est pas le seul dans ce cas. Pour trouver un imitateur, il faut aller 1.500 km plus au nord, à Arnhem. En sept déplacements, les Jaune et Noir du Vitesse n’ont en effet jamais laissé le moindre point en route, marquant quinze fois pour seulement deux buts encaissés. Un bilan exceptionnel qui leur permet d’être troisièmes du classement, à seulement deux points du PSV Eindhoven, leader battu chez lui ce week-end. Toujours dans les six premiers entre 1989 et 2002, plus jamais depuis, Arnhem rêve de renouer avec ses plus belles heures.

 


Le pari de la jeunesse

Président du club depuis août 2010, l’ancien footballeur géorgien Merab Jordania avait annoncé le titre dans les trois ans. Un objectif très ambitieux, et qui semblait jusqu’à présent irréaliste (15e place en 2011, 7e l’an dernier). Mais l’homme, dont l’origine de la fortune laisse sceptique, ne sera peut-être pas si loin du compte. Sa jeune équipe, entraînée depuis cette saison par Fred Rutten, ancien coach de Twente, Schalke et du PSV, est en tout cas sur la bonne voie.

 

 


Wilfried Bony lors des play-off 2012. (photo cc voetbal_foto / Flickr)  

Contre Eindhoven, mais aussi lors de sept autres rencontres cette saison, seul un joueur de champ était âgé de plus de vingt-cinq ans: Théo Janssen. L’intéressé, cinq sélections en équipe nationale et une passion pour la bière et les cigarettes, est le seul élément expérience d’un effectif jeune et sans complexes. En défense et à l’organisation, Kalas et van Ginkel, dix-neuf ans, sont des titulaires indiscutables. Devant, les ailiers Ibarra et Kakuta ont vingt-et-un an ans, et les attaquants Bony et Jonathan Reis à peine vingt-trois. Même les remplaçants Pröpper, van der Heijden ou Havenaar ne dépassent pas cette barre du quart de siècle. Plus qu’un concours de circonstance, cette jeunesse est un vrai parti pris. Payant, pour l’instant.

 

 


Abramovitch, cet ami très utile

La provenance géographique et le niveau de richesse peuvent créer des liens. Et ceux entre Merab Jordania et Roman Abramovich profitent, pour l’instant, beaucoup à Vitesse. Dans l’effectif actuel, ils sont trois à appartenir à Chelsea. Des joueurs qui ne trouveront peut-être jamais leur place chez les Blues, mais dont le prêt dans un championnat moins relevé est une totale réussite.

 

Le premier, honneur au plus âgé, est le latéral gauche Patrick van Aanholt, vingt-deux ans. Trimballé un peu partout en Angleterre depuis trois saisons, il a atterri à Arnhem au dernier mercato d’hiver. Ses prestations et notamment son apport offensif ont convaincu Vitesse de le garder un an de plus, et il est devenu essentiel au jeu de son équipe. Le deuxième a un parcours qui présente quelques similitudes. Défenseur central reconverti latéral droit, Tomas Kalas était de l’exercice précédent. Mais, si son compère de l’autre couloir risque de ne jamais avoir sa chance à Chelsea, lui est vu comme l’un des plus grands talents européens à son poste. Champion national d’athlétisme chez les jeunes (11’’09 au 100 m et 6,96 m en longueur à seize ans) et couvé par Tomas Dvorak, triple médaillé d’or mondial en décathlon, il séduit par sa maturité et ses qualités physiques. Le petit dernier, Gaël Kakuta, est arrivé cet été et ne joue que depuis quelques semaines. Mais sa relation avec van Aanholt et sa capacité à faire la différence devant en font déjà un élément essentiel. Grand talent sans doute trop vite loué, Kakuta n’a sans doute jamais été aussi près de confirmer sur le terrain et dans la durée les fulgurances vues à l’entraînement et lors de certaines rencontres.

 

 


Une tactique et un talent

Le Vitesse Arnhem, comme la majorité des clubs et sélections nationales, évolue en 4-2-3-1. Ce n’est donc pas dans les chiffres qu’il faut chercher une particularité, mais bien dans l’application qui en est faite sur le terrain. En attaque, Fred Rutten adapte et renforce la relation entre celui qui occupe le poste de milieu offensif axial et l’attaquant de pointe. À l’image de Valence quand Jonas évolue en soutien de Soldado, le joueur en retrait n’est pas un meneur de jeu mais un deuxième attaquant. Plus encore, les deux inversent constamment leurs positions, alternant avec succès le rôle d’attaquant de pointe voire l’occupant ensemble. En phase offensive, on peut donc rapidement basculer vers un 4-2-4 forcément très risqué. Le parallèle avec Valence est également vrai concernant le positionnement des latéraux et le lien avec les ailiers. Ibarra et Kakuta n’hésitent en effet pas, à l’image de Feghouli et Guardado, à venir renforcer l’axe et ainsi libérer leur couloir pour permettre aux latéraux de déborder. Une stratégie offensive précieuse quand on compte dans ses rangs un certain Wilfried Bony.

 

 

 

 

Auteur d’une prometteuse première saison en Eredivisie l’an dernier, marquée par un honnête score de douze buts en championnat, l’Ivoirien s’affirme comme le meilleur buteur qu’ait connu le club depuis Roy Makaay et Nikos Machlas dans les années 90. Après 14 matches, l’intéressé a déjà trouvé le chemin des filets à 15 reprises. Très puissant (1,82 m pour 88 kg) et redoutable finisseur, sa nationalité et son jeu attirent forcément les comparaisons avec Didier Drogba. Et les liens entre Vitesse et Chelsea, les rumeurs de transfert vers Londres. A bientôt vingt-quatre ans, celui qui évolue, selon les infographies d’avant-match en tout cas, en retrait derrière Jonathan Reis a toutes les chances de passer la barre des 30 buts, comme Suarez, Huntelaar ou Van Nistelrooy avant lui. Comme Kezman et Afonso Alves ajouteront les sceptiques, les Pays-Bas étant habitués à ce genre de coups d’éclats offensifs.

 

 


Performant, jusqu’à quand?

Les belles histoires ont toujours une fin, mais elles durent parfois jusqu’en juin. Tant que Bony marquera un but par match, Vitesse aura l’assurance de prendre des points. Si la réussite fuit et que les blessures s’en mêlent, tout pourrait changer. Hormis Kakuta, qui vient seulement de faire son entrée dans le onze à la place de Havenaar, les autres titulaires ne changent jamais. Plus de la moitié ont été alignés d’entrée lors de tous les matches, et aucun n’en a raté plus de trois. Une absence totale de turnover liée à la faiblesse du banc, et qui pourrait jouer des tours en fin de saison. La jeunesse est un atout, et la rapide élimination en Europa League contre l’Anzhi Makhachkala allège le calendrier, mais il sera difficile de tenir dans la durée sans trous d’air.

 

Le système tactique, basé essentiellement sur la contre-attaque, est parfait à l’extérieur et contre les gros calibres (nul contre Twente, victoire contre l’Ajax et le PSV), mais l’édifice manque de solidité dès qu’il faut sortir et faire le jeu. Un problème difficile à régler, la charnière défensive Kashia-van der Heidjen étant assez limitée, et le duo Janssen-van Ginkel devant elle ne comportant aucun véritable récupérateur. S’il veut renforcer le groupe et viser le titre, le président Merab Jordania a les moyens de le faire. Mais, après tout, pourquoi changer une équipe qui gagne?
 

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