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Julie Grémillon

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Le groupe C et sa deuxième journée

Le Sud en force, les riches en faibles?

Deux sélections prestigieuses passent à la trappe: ce sera la première sensation majeure d'un Euro où les équipes latines semblent reprendre le dessus. Mais au-delà, cet échec de l'Allemagne et surtout de l'Angleterre ne vient-il pas sanctionner un certain modèle économique? La richesse des clubs est-elle encore compatible avec la force de l'équipe nationale?
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Un échec anglais
Etrangement, la culture tactique continentale qui a permis aux clubs anglais de revenir au premier plan européen ne semble pas se transmettre à la sélection nationale. Après l'expérience Hoddle —qui était allé dans cette voie mais s'était fourvoyé dans des dérives mystiques et avait payé l'échec au Mondial— Keegan s'est montré assez peu inspiré et incapable d'insuffler à son équipe une cohérence ou un début d'intelligence collective. Un Beckham sous-employé (à moins qu'il n'ait simplement révélé ses limites) a témoigné de cette impuissance devant des équipes tellement plus futées et organisées comme le Portugal ou la Roumanie, qui n'ont eu qu'à se laisser jouer pour inscrire trois buts chacun à l'Angleterre. Pire, les blancs à la rose n'ont même pas respecté leurs qualités traditionnelles, manquant de coffre en fin de match et de hargne tout du long.
L'importation massive et déréglementée de joueurs étrangers dans la League a certes bénéficié aux clubs et soutenu le boom économique de l'industrie du football local, mais elle a aussi porté un coup fatal à la sélection anglaise, dont on dit pourtant qu'elle rassemble bien les meilleurs joueurs nationaux... Il faudra des années pour former des défenseurs centraux modernes, des latéraux qui ne semble pas jouer encore dans les années 80 et des meneurs de jeu dignes de ce nom. Mais le football professionnel anglais a-t-il ne serait-ce que l'intention de renforcer sa formation?
On regardera donc désormais du côté de l'Espagne et de l'Italie pour suivre le comportement des autres nations de l'élite financière et observer si elles sont également affectées par ce mal. La première n'est pas encore qualifiée à cette heure et la seconde s'est rassurée sans convaincre encore...

L'Euro passe au Sud
Le verdict du groupe A est peut-être symptomatique d'une certaine évolution: deux équipes très anglo-saxonnes ont été dominées par des représentants d'une Europe sudiste, qui a vu aussi émerger des outsiders comme la Turquie ou la Slovénie qui ont particulièrement bien figuré. Si la tendance d'un retour en force des équipes latines était confirmée dans les jours à venir, on se réjouira ici des victoires d'un football plus technique où le ballon roule plutôt qu'il ne vole d'un impact athlétique à un autre… Les formations sud-européennes ont comblé leurs éventuels "retards" sur le plan physique et leur supériorité tactique leur permet de mieux gérer cet aspect aussi. Lors du premier tour, on a vu que même avec un niveau moyen, elles ont été capables de remporter des matches difficiles (Espagne, Italie, voire France et Portugal à la seconde journée). Il faudra cependant que les confrontations à venir marquent la suprématie de quelques grands techniciens comme Zidane, Raul, Figo ou Del Piero pour nous convaincre de ce rééquilibrage de l'Europe du foot.

Dans ce concert, la France paraît dans une situation intermédiaire assez intéressante. Sur le plan du jeu, elle réalise une jolie synthèse en exploitant au mieux sa double culture, avec un bloc défensif très fort et quelques techniciens de classe, et en associant une grande expérience tactique à une vraie envie de jouer. Sur le plan économique, elle se trouve également dans une situation équilibrée, enviable sans succomber encore aux pires dérives, même si l'on peut regretter l'exil excessif de ses internationaux.
En tout cas, les lobbies et les instances du foot français, au moment de faire des choix décisifs, ne doivent pas ignorer les leçons de cet Euro et le constat de la régression d'une Angleterre où la dérégulation et l'élitisme financier ont été poussés à l'extrême. Nous devons bien être conscient du prix à payer pour la vanité d'avoir quelques clubs dans la soit disant cour des "grands", aux dépens de l'ensemble de notre football…

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