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Le Stade de France : beau et con à la fois

La confiscation des billets du France-Espagne inaugural n'est qu'un épisode venant s'ajouter à une série déjà longue, celle de l'histoire du Gros Stade, commencée bien avant le choix de St Denis, et dont on peut s'amuser à faire une brève rétrospective...

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La confiscation des billets du France-Espagne inaugural n'est qu'un épisode venant s'ajouter à une série déjà longue, celle de l'histoire du Gros Stade, commencée bien avant le choix de St Denis, et dont on peut s'amuser à faire une brève rétrospective (depuis l'attribution de la Coupe du Monde, le serpent de mer remontant au début des années 60).

 

Il y eut donc Melun-Sénart, implantation absolument fantaisiste qui devrait faire douter les fans de Michel Rocard, premier ministre à l'époque. Menart-c'est-loin en effet, à 50 bornes de Notre-Dame, pour être bien sûr que le Stade soit une erreur absolue, un gouffre financier. Guy Roux rigolait en annonçant qu'Auxerre irait y jouer ses matches de Coupe d'Europe.


Saint Denis a semblé un choix miraculeux en comparaison. Mais manque de chance, le terrain élu était placé juste au dessus des intérêts du lobby étatico-industriel GDF, intérêts notamment à cacher l'ampleur de la pollution, ce qui plus encore que cette pollution a aggravé la facture et les risques.

 

Puis ce fut le concours, un concours absurde liant consortiums d'entreprises de construction (secteur lourd comme le béton et doté d'une vaste culture de la corruption, du trafic d'influence etc.) et architectes. Le malheur a voulu (pas seulement pour cette raison) que ce soit Edouard Balladur qui occupe alors Matignon. Se préoccupant très peu d'architecture, le néo-Bourbon devait à cette époque attribuer deux énormes marchés : celui du troisième réseau de téléphonie mobile, et celui du grand stade. Bouygues était alors totalement impliqué dans ces deux appels d'offre.

 

Pour le stade, l'entreprise était en effet présente à la fois dans le projet de Jean Nouvel, comme opérateur principal, et dans celui de Zublena et consorts pour une part moins majoritaire (avec la Lyonnaise des Eaux et la Générale des Eaux). Balladur ayant attribué à Bouygues Telecom le lucratif premier marché, comme vous avez dû le remarquer depuis,c'est donc l'enceinte ronde et consensuelle qui l'emporta, afin de ne pas trop donner au bétonneur de TF1. Voilà comment ce sont des intérêts n'ayant rien à voir avec le choix en lui-même qui ont fait la décision.

 

Ayons une pensée émue pour le projet de Nouvel (en procès depuis pour les conditions d'attribution du marché), certes plus brutal, mais qui aurait fait le bonheur des footballistes : énorme stade rectangulaire précipitant ses tribunes sur le terrain - quiconque connaît San Siro comprendra ces regrets.


Pendant tout ce temps et pour quelque temps encore, une question préoccupe tout le monde: quel club résident pour le grand stade? L'interrogation est vraiment grave, parce que l'Etat, victime d'une crise de démence, s'était engagé au moment de la signature du contrat à ce qu'un "club de première division jouant régulièrement la Coupe d'Europe" s'installe à demeure ; dans le cas contraire, l'Etat sera tenu de verser des indemnités (50 millions de francs par an pendant 27 ans!) au consortium détenant la concession (les constructeurs).

 

On se demande comment un gouvernement pouvait garantir des conditions qui dépendent à la fois d'entreprises privées (Canal+ et le PSG puisque tous les regards se tournent vers eux), et de paramètres purement sportifs (si Denisot est contrôlé positif à la nandrolone et que le PSG est rétrogradé en D2 par exemple). Quand aux premiers candidats déclarés pour la "résidence", il suffit de regarder leur classement en National ou en D2 pour savoir où en sont leurs ambitions.

 

A un moment donné, la pelouse jaunit, mais cela est complètement anecdotique. Soudain, on se rendit compte que les parkings généreux avaient presque entièrement disparus. Et nous découvrons qu'il n'en reste qu'un de 4 000 places... réservé aux VIP! Ce qui n'a évidemment pas empêché Joao Havelange de le trouver génial, placé ainsi sous le stade, et permettant d'accéder directement aux tribunes à fauteuils. Et nos grands responsables (qui auront tous un emplacement réservé) de crier à la cantonade qu'il ne faut surtout pas venir au France-Espagne en voiture, que les irresponsables qui s'y risqueront ne verront pas la première mi-temps!

 

La liste n'est ni exhaustive ni close, elle ne doit cependant pas nourrir notre amertume : nous finirons bien par l'aimer, notre bon gros stade très cher, dès qu'on nous laissera y aller.


P.S. Lisez dans France Football du 13 janvier les propos virulents de Patrick Braouezec, maire de Saint-Denis, sur le Consortium des concessionnaires.

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