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Le rude génie des Argentins

Journée Argentine - Aucun football n’a suivi d’évolution plus tourmentée que celui des Albiceleste. Une histoire intimement marquée par le cataclysme de 1958.
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Ces joueurs au caractère en acier trempé dans le soufre ont dévoilé différents visages du football argentin au cours de l’histoire. Une belle gueule cicatrisée par de nombreuses fêlures. L’une des plus profonde, le désastre de la Coupe du monde 58, a considérablement modifié le destin du football albiceleste.


Dépouillée par Mussolini
Lors de son premier tournoi mondial en 1928, l’Argentine s’incline en finale des JO contre sa vieille rivale uruguayenne. Elle perd surtout Orsi, son meilleur buteur, qui signe à la Juventus. Considéré comme un rapatrié par Mussolini, il deviendra Italien et champion du monde en 1934 avec Monti, l’une des deux stars de l’équipe argentine finaliste de l’édition 1930 – dont le meilleur buteur, Stabile, s’est également exilé en Europe. Sans Orsi, Monti et Stabile, l’Argentine échoue au premier tour de la Coupe Jules-Rimet de 1934.
L’élimination prématurée et l’exil de ses meilleurs joueurs l’incite à s’enfermer dans un superbe isolement jusqu’en 1958. Elle ne quitte alors le territoire national que pour survoler la Copa America: entre 35 et 47, sept finales jouées en sept participations, pour cinq trophées.


La violence de l’élimination au premier tour de la Coupe du monde est  proportionnelle à la claque infligée par la Tchécoslovaquie...


L’Europe assommée par la guerre, l’Argentine est virtuellement championne du monde. Elle se prive ensuite d’une reconnaissance mondiale qui lui tendait les bras. Constituée autour de  la "Máquina", la légendaire ligne d’avants de River Plate, on ne lui connaît pas d’adversaire à sa  mesure. La "Machine" est mise en pièces par une grève des joueurs en 47, et une ligue indépendante créée en Colombie à coups de narcodollars, qui attire entre autres Rossi,  Pedernera et le jeune Di Stefano, privant l’Albiceleste d’une nouvelle génération de surdoués.

1958. L’Argentine se voit déjà championne du monde pour son grand retour dans la compétition, après vingt-quatre ans. Remportant sa onzième Copa America un an plus tôt en écrasant l’Uruguay et le Brésil – qui s’illustrent régulièrement en Coupe du monde –, la supériorité argentine doit éclater à la face du monde. La violence de l’élimination au premier tour est proportionnelle à la claque infligée  par la Tchécoslovaquie (6-1). Menotti se souvient: "Alors, le football argentin a subi une offensive culturelle en règle. On disait que pour gagner, il fallait insister sur la préparation physique et l’engagement, mais au lieu d’intégrer ces éléments à la créativité et à l’imagination argentines, on a transformé les équipes en véritables formations de combat. Gagner était devenu impossible car nous développions un football qui ne reflétait pas notre style".



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De gauche à droite : Guillermo Stabile, River Plate 1943 et Omar Sivori

Grossière erreur de diagnostic
Reniement assumé de son talent et cynisme assorti de brutalité marquent la rupture et fondent alors les ambitions de la sélection. Une impensable mue qui repose sur une grossière erreur de diagnostic. Son assurance avait aveuglé la nation, comme pour minimiser le démantèlement de son Trio de la muerte, cette triplette d’adolescents géniaux qui avait remporté la Copa America 57: Maschio, Angelillo et Sivori avaient marqué vingt des vingt-cinq buts albiceleste pendant le tournoi. À quelques mois de la Coupe du monde, les trois joueurs deviennent subitement Italiens. Comme un hoquet de l’histoire...

Le palmarès continental est pourtant spectaculaire: l’Argentine joue vingt-deux Copa America  jusqu’en 57, parvient dix-neuf fois en finale et gagne onze trophées qui rendent l’échec de 58 insupportable. Il faut attendre l’émergence de Menotti pour que la sélection recouvre ses qualités collectives. La rupture avec le cynisme post-58 est brutale. Ardiles raconte: "Menotti a apporté un souffle nouveau au football argentin. Ses méthodes étaient l’essence du football argentin. Il incarnait un retour au football argentin traditionnel". Cependant, les présomptions de corruption du Pérou pour atteindre la finale de 78, et la main de Dieu en 86 sous la houlette du rigoriste Bilardo, démontrent que même dans ses succès les plus glorieux, l'Argentine semble n’avoir jamais vraiment enterré les vieux démons de 58.
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