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Pierre Martini

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La Gazette, numéro 29

Le PSG décomposé

Exemplaire de la faillite récurrente des grosses écuries françaises, le Paris-Saint-Germain a aggravé sa situation avec une révolution prématurée en plein milieu de la saison. Quelle fatalité conduit un club à vivre en permanence en état de crise?
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Il faut du temps pour reconstruire une équipe, surtout si l'on démolit systématiquement ce qui a été construit la saison précédente. Depuis la stupide "table rase" de Biétry, le club parisien semble n'avoir toujours pas commencé son après-Denisot (oubliant les déboires mais se concentrant sur les titres, certains supporters éprouvent d'ailleurs une nostalgie croissante à l'égard de leur ancien président). Paris symbolise, comme l'OM ou dans une moindre mesure Monaco, l'incapacité des "gros" à assumer leur statut et à se montrer à la hauteur de leurs ambitions, avec une accumulation de tragédies, de fiascos sportifs et de pertes financières. Le chéquier de Canal+ semblant bénéficier d'un crédit illimité, les investissements ont atteint des sommets inversement proportionnels aux résultats de la saison. Il en résulte un effet surréaliste, l'affaissement spectaculaire d'une grosse baudruche, et une nouvelle crise.
Il y a peu, nous manifestions notre perplexité devant l'opération Ronaldinho, menée par un club à l'avenir sportif si incertain, loin des coupes européennes. Les derniers espoirs d'accrocher une qualification se sont envolés en cinq jours, et Paris va retourner à l'anonymat des compétitions nationales pour une nouvelle saison de transition. Après la bonne saison 99/2000, peu d'observateurs pensaient que le PSG allait battre ses records des années précédentes, et ce d'autant moins après un début de saison prometteur. Le 7-2 contre Rosenborg était le haut de l'iceberg qui allait déchirer le paquebot parisien.

L'incompréhension est d'autant plus grande que le bilan de Bergeroo en championnat (1,4 points par match) est ironiquement supérieur à celui de Fernandez (1 point par match) et que depuis le départ du (vrai) Basque, le club a continué à plonger, épuisant toutes les métaphores sous-marines de la presse spécialisée. Au moment où Le Guen, dans une position bien plus délicate, sauvait sa tête par une victoire au Parc (18e journée), Bergeroo préparait ses valises, à la veille de la débâcle de Sedan. Et au lendemain de cette 19e journée, Paris et Lyon comptaient le même nombre de points...
Le changement d'une grande partie de l'encadrement, le départ des jeunes (Kelban, Abriel, Hiroux, Paisley), celui de Dalmat, échec spectaculaire, les nouvelles recrues effectuées durant le mercato, les retours et les mises à l'écart, toutes ces révolutions sont autant de reniements. Etaient-elles recommandées en plein milieu de saison? Comment les nouveaux peuvent-ils s'intégrer dans un tel contexte, et surtout, comment espérer un redémarrage sur les chapeaux de roues? Le risque semble énorme, et souligne une nouvelle fois le total manque de sérénité des grosses structures.
Il faut bien dire que par contraste Jean-Michel Aulas s'illustre par une attitude singulière qui garantit un minimum de stabilité pour son club, même si selon lui un entraîneur doit être consommé dans les trois ans qui suivent son ouverture. Peut-être aussi ne commet-il pas les mêmes erreurs dramatiques qui conduisent ses rivaux à devoir tout changer dans des délais réduits… Cette saison, dans laquelle tous semblent s'être accordés pour sombrer ensemble, pourrait bien couronner un OL diesel mais fiable (quoiqu'un peu polluant via les rejets de son patron), qui recueillera presque par défaut les dividendes d'une politique plus mesurée.

Concernant le PSG, aussi bien que Monaco ou Marseille (également incapables de bien figurer dans les coupes), on pourra toujours accuser les joueurs de n'avoir pas l'étoffe ou la mentalité pour évoluer avec les exigences et sous la pression d'un grand club. Ils attirent effectivement la vindicte des supporters, particulièrement ceux dont les transferts et les salaires crèvent les plafonds et dont les préoccupations semblent parfois éloignées des intérêts immédiats de leur équipe. La responsabilité des dirigeants se pose pourtant, à en juger par la répétition de leurs mauvais choix humains, et l'épidémie frappant leurs recrues, qui voient leur carrière nettement compromise par un simple passage. Et si les jeunes vedettes deviennent rapidement ingérables, il faut changer de management à leur égard.

À Paris, Fernandez bénéficie encore de l'indulgence des supporters, et sauf apocalypse (descente en D2), on imagine qu'il aura encore carte blanche pour la saison prochaine. S'il a théoriquement les capacités pour donner au PSG la continuité qui lui manque pour asseoir des fondations, il lui faudra d'abord enrayer le scénario d'une catastrophe imminente. Et ensuite, ne pas connaître la moindre période de creux, sous peine de voir les démolisseurs intervenir encore. Mais le club de la capitale pourra-t-il se permettre de donner à nouveau un tel spectacle de désolation?

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