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Jean-Pascal Gayant

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Le MUC a un truc

Le Mans Union Football enfin expliqué... même à ceux qui ne l'avaient pas demandé, mais qui ressortiront de cet article complètement transformés, en comprenant toute la différence entre "sang et or" et "rouge et jaune".
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L’image d’Épinal fait du Mans une ville ouvrière. A priori, il s’agit là d’un terreau propice au développement du genre footballien (nous ne sommes pas à un cliché près). À contre-pied de cette destinée, la cité s’est, au contraire, il y a plus de trente ans, tout entière abandonnée aux charmes du basket.

Calme nocturne
Pour être exact, Le Mans s’est partagée entre les bolides avalant à 220 kilomètres/heure les treize kilomètres et des poussières du circuit des 24 heures, et la troupe de grandes perches oranges s’escrimant à enfiler les paniers comme des perles monochrome, sur un fil reliant la Rotonde (temple de feu le SCM) et Antares (arène de l’actuel MSB)… De football il n’était point question, hors des railleries dans les dîners en ville. Pis encore, la voisine bourgade lavalloise (que l’on ne saurait qualifier de rivale) paradait en Division 1 et en coupe d’Europe, se payant le luxe de croquer le Dynamo Kiev avant de se casser les dents (avec les honneurs) sur un Strudel viennois.

À force de pédaler dans la marmite sarthoise (1), les deux principaux clubs manceaux décidèrent, en 1985, d’unir leur force en un improbable "Mans Union Club" du pire effet sémantique. En dépit de l’incongruité de l’appellation, la nouvelle entité commença à émarger dans le clan des formations de D2 réputées solides. La notoriété des joueurs demeurait cependant confidentielle et s’il y avait un Bossis dans l’équipe, ce n’était pas le père Noël mais plus modestement le frère Joël.
La grande sagesse de la vie nocturne mancelle contribua incontestablement à asseoir la réputation de sérieux du club. En effet, un footballeur manceau se disperse structurellement moins qu’un de ses homologues marseillais, parisien ou bordelais; sur le long terme, ceci permet de compenser les écarts de prédispositions…

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Ils ont l'air tellement gentils... qu'on va finir par se méfier.

Juventus du Mans
Un autre élément est également susceptible d’expliquer la progression du club sarthois: la recherche d’une inconsciente et hypothétique revanche sociale. Le manceau, fût-il footballeur, baigné dans une ville à forte identité ouvrière, s’est toujours senti snobé par ses bourgeois voisins (angevins, tourangeaux, nantais…). Encore aujourd’hui, lorsqu’il approche des grilles du Parc des Princes, il est moqué au delà de ce qui est réservé aux autres équipes, par définition provinciales. Le manceau a le douloureux privilège d’être soupçonné à la fois d’arriération péquenaude (il est le pécore rêvé) et de grossièreté ouvrière. Bref, là où le "rouge et jaune" est une prestigieuse alliance entre le sang et or en Artois, il est un écœurant exemple de mauvais goût et d’incoordination chromatique dans le Maine.

En toute injustice, le footballeur manceau est, par hypothèse, médiatiquement voué aux sourires et à la condescendance. Il est vrai que l’acronyme MUC appelle les quolibets: que les linguistes le veuillent ou non, MUC rime (intrinsèquement) avec Plouc! Il en serait sans doute autrement avec Le Mans United, la Juventus du Mans, le Real du Mans, le Lokomotiv Le Mans ou même le Rapid du Mans (pour ne pas dire le TGV). Voilà donc la marche restant à gravir pour le football sarthois: renommer avec à propos le club ! Risquons nous à suggérer l’organisation d’un débat participatif national visant à apporter une réponse à cette question essentielle…


Dans l’attente de cette rénovation, le club poursuit sa marche en avant. La victoire en Coupe Gambardella 2004 augure d’un bel avenir: l’assise est solide, l’entraîneur et les dirigeants gardent la tête froide (l’inverse serait surprenant, il n’y a guère, dans le jeu, matière à s’enflammer), l’équipe première prend ses habitudes dans l’élite… Ah, on oubliait: il y a aussi la promesse d’un stade de 25.000 places tout beau, tout neuf (pour début 2009). La facture initiale était de 50 millions d’euros. Elle vient de grimper à 70 milllions. Décidément, le MUC devient un club comme les autres…


(1) Spécialité culinaire locale inhibitrice de détente verticale.
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