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Arno P-E

 

Ancien chroniqueur sur PSGMAG.NET, et supporter du Paris Saint-Germain. Étonnant, non?


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Le Mondial idéal

Des buts, du spectacle, des polémiques et de la chantilly sur les pieds... Une semaine aura suffi pour que certains voient dans cette édition brésilienne une potentielle meilleure Coupe du monde de l'histoire. Il manque des ingrédients. 

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Une semaine de compétition et toutes les équipes sont enfin entrées en lice. Un rapide état des lieux permet de constater que si certains des ingrédients nécessaires à l'érection de l'édition 2014 au rang de "Mondial Idéal" sont d'ores et déjà rassemblés, il reste encore beaucoup à faire.


Toute Coupe du monde qui se respecte se doit de présenter quelques innovations, qu'elles soient fondamentales ou farfelues. On aura eu le but en or, l'interdiction de la passe en retrait au gardien, les maillots de couleur pour les arbitres... Là, c'est la Goal Line Technology, et la bombe de mousse à raser arbitrale.
 

 


 


Se faire une ligne

À première vue, ces deux idées sont de franches réussites. La GLT tout d'abord, qui nous a permis de bénéficier de délicieux épisodes surréalistes lorsque les réalisateurs, pour obéir aux consignes, se sont sentis obligés de nous montrer sur chaque but que oui, la balle qui s'était écrasée au fond des filets (emportant avec elle le gardien et trois défenseurs dans une action que Mark Landers n'aurait pas reniée), oui cette balle avait bien franchi la ligne. C'est désormais sûr et certain vu que c'est l'ordinateur qui le dit. Certes, tous les utilisateurs de Windows7 pourraient légitimement émettre un doute quand on leur explique qu'une décision est irréfutable "parce c'est l'ordinateur qui dit que c'est vrai"... Mais en France, depuis le but validé contre le Honduras, la Technologie de la ligne de but (ça fait tout de suite moins classe) rencontre une belle adhésion.
 

Pour le spray de mousse CSFC – Colina's Shaving Foam Can –, l'appropriation fut immédiate. Il faut dire que depuis Kim Basinger, l'idée de mélanger pieds, cuir et crème chantilly a largement fait son chemin dans l'inconscient collectif. L'objet a déjà livré son lot de scènes délicieusement absurdes: monticules mousseux collés devant le ballon ou joueurs indignés par des projections cachant le sponsor de leur chaussoufle [dernière lubie d'un équipementier, le mélange de chaussure de foot et de pantoufle péruvienne]. Là aussi, c'est un succès.
 


Mémorable

Mais sommes-nous vraiment au maximum? Ne peut-on pas encore faire mieux? La GLT risque malheureusement de nous couper d'une partie de l'essence même du football: la polémique. Finies, les discussions à la Angleterre-RFA 1966. Que va-t-on pouvoir raconter au comptable de la boîte à la cantine désormais? Un raté évident pourrait pimenter la chose. Un ballon courant devant la ligne mais annoncé dedans lors d'un Équateur-Colombie recèlerait par exemple un intéressant niveau de retombées médiatiques. Quant à la chantilly, là, soyons clairs, tant que l'on n'aura pas laissé une bouteille à portée de main de Lavezzi lors d'un match opposant l'Argentine à la Belgique de Fellaini, on restera sur un goût d'inachevé.
 

En ce qui concerne le côté spectaculaire de ce Mondial, depuis Brésil-Mexique et Russie-Corée on a déjà validé les prestations des goals. Certes, les boulettes de Casillas avaient une intensité dramatique intéressante: la déchéance icaréenne d'un grand gardien, sa tristesse palpable... Mais peut-on dire qu'à lui seul il a changé la face de la rencontre? Pas vraiment. Là, entre Guillermo tu-sais-moi-je-l'appelle-Memo-parce-que-je-l'ai-vu-jouer-en-vrai-à-Chaban-et-même-qu'on-avait-gagné-alors-t'imagines Ochoa et Igor ???? Akinfeev, on tient nos hommes providentiels. Nul besoin d'aller chercher plus avant.
 


Déchaîner les éléments

Mais pour construire un Mondial parfait, à la Nick Hornby, reste encore à vivre les émotions sportives les plus pures. Pourquoi pas une rencontre disputée avec une météo démente, sous l'orage et dans une chaleur tropicale: un thrilla in Manilla à la sauce brésilienne. Ou mieux, voir ce que l'on a encore jamais vu, jamais osé rêver. Mieux que ces perdants sublimes, ces cortèges de Néerlandais et de Hongrois éliminés par des équipes de teutons laborieux, mieux que ces victimes de révoltantes erreurs arbitrales à Séville. Il nous faut de l'échec tragique, à un mètre du but, dans un match à élimination directe. Un loupé qui rejettera le coup franc de Ronaldo dans l'oubli. Et son pendant: la volée miraculeuse, le coup franc pirloesque, la feinte qui assied un défenseur épuisé par des semaines de compétitions, au bout des arrêts de jeu.
 

Ce Mondial ne sent pas la finale pasteurisée. Les demies en mode nul et vierge. Il transpire le but sale, le côté obscur et maradonien du football. On nous promettait de la samba, on aura peut-être davantage de tango. Des géants magnifiques de sueur, de crampes et de larmes, fussent-elles de joie ou de douleur. On y serait pas déjà, qu'on aurait hâte d'y être.
 

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