auteur
Michel Brahmi

Du même auteur

> déconnerie

OM-PSG : le film

> article suivant

CSC collectif

> article suivant

PSG, les maux de la fin

> article précédent

Top 10 : les clashes d'Anelka

Le Milan AC de Carlo Ancelotti

Le Milan AC avait marqué l’année 2007 par un doublé Ligue des champions-Coupe du monde des clubs: analyse du 4-3-2-1 d'alors...

Partager

Cette "chronique tactique de Michel Brahmi" était parue dans les Cahiers du football #41, février 2008.

 

Carlo Ancelotti est un entraîneur pour lequel spectacle, jeu offensif, vitesse et dynamisme sont les bases mêmes du football. Dès ses premiers pas de technicien (après avoir notamment été un joueur du Milan AC d’Arrigo Sacchi couvert de titres), il affirme en introduction de sa thèse d’entraîneur professionnel: "Dans le football actuel, il est une demande toujours plus grande d’une partie du public en faveur d’un produit qui soit de plus en plus spectaculaire et divertissant, au-delà de ses aspects économiques. Le public est à la recherche d’émotions et, dans le football, ces émotions sont déterminées par le développement de solutions offensives imprévues, avec l’objectif d’arriver à l’accomplissement de ce qui est notre objectif: le but!"

 

 


La loi du milieu

Les ambitions techniques d’Ancelotti le conduiront à mettre en place, dans les diverses équipes qu’il dirigera, un 4-4-2 très offensif qu’il maintiendra les premières années au Milan avant, à partir de 2006 (en particulier avec le départ de Chevtchenko et la montée d’un cran de Seedorf), de se diriger vers un 4-3-2-1 que nous allons analyser.

 

Dans la logique offensive d’Ancelotti, le choix du 4-3-2-1 résulte à la fois des caractéristiques des joueurs à sa disposition – en particulier les joueurs offensifs (Kaká et Seedorf)– et du placement de Pirlo en meneur de jeu reculé. Avec les avantages que ce système garantit en phase offensive et de finition... Tassoti, l’entraîneur adjoint, l’explique ainsi: "En adoptant le 4-3-2-1 et en disposant donc d’un meneur bas et de deux joueurs habiles à se déplacer parmi les lignes adverses, nous obtenons la possession de la balle, et la gestion des rythmes du match est facilitée. Cela nous permet d’être souvent maîtres du terrain."

 

Pirlo est en effet un joueur extrêmement habile dans l’organisation de la manœuvre, tandis que la qualité des milieux offensifs est fondamentale pour conclure l’action. Placer Seedorf et Kaká en retrait, dans le dos d’une seule pointe centrale avancée, impose toutefois une adaptation au système adverse, dans l’intention de le contrarier.

 


Le problème Pirlo

La plupart des équipes jouant à quatre ou trois défenseurs, ceux-ci se trouvent en grande difficulté au marquage de ces trois joueurs dont deux permutent sans cesse. Premier dilemme à résoudre pour les adversaires du Milan: les défenseurs latéraux doivent-ils se recentrer et laisser libres les côtés? Le problème est d’autant plus compliqué que les défenseurs latéraux rossoneri (Oddo et Maldini ou Kaladze) ont pour consigne de monter très haut simultanément – ce qui est peu ordinaire en cet ère de prudence – afin de forcer l’équipe adverse à couvrir toute la largeur du terrain avec ses deux milieux offensifs. Autre question: les deux milieux de terrain centraux doivent-ils recoller à la défense, eux qui sont souvent chargés de contrôler un seul milieu offensif (en l’occurrence, le créateur de jeu)?

 

 

Ensuite se pose à eux le problème Pirlo. Par sa position relativement basse sur le terrain, au même niveau que les deux pistons Gattuso et Ambrosini, Pirlo voit se desserrer le marquage des milieux défensifs adverses (déjà occupés à contrôler les milieux offensifs). Et si l’un d’eux vient au marquage sur lui, il libère un espace où peuvent s’engouffrer d’autres Milanistes. La solution du marquage de Pirlo ne vient donc, la plupart du temps, que d’un joueur adverse à vocation offensive. Dans ce cas-là, Gattuso et/ou Ambrosini se recentrent pour prendre le jeu à leur compte.

 

Le jeu de Pirlo est assez simple: passe pour Kaká et Seedorf dans le dos des défenseurs ou entre les lignes, ou bien ouverture pour les défenseurs latéraux lorsque les solutions axiales sont bouchées (schéma 1). C’est lui, le plus souvent, qui dicte le rythme et les temps de jeu. Ensuite, le talent de ces joueurs fait le reste, au travers d’un travail de collaboration entre eux et la pointe avancée (Inzaghi ou Gilardino) dont la position est essentiellement axiale et qui joue le rôle point d’appui et de remiseur... mais aussi de buteur. La ligne des trois milieux, derrière eux, est prête à changer le jeu s’il le faut.

 


Danger sur les côtés

En phase défensive avec un 4-3-2-1 très porté sur l’offensive, la difficulté est de bien défendre dans la largeur : on peut en effet souffrir sur les changements de jeu si le pressing sur le possesseur adverse est insuffisant. Lorsque le latéral adverse en possession de balle est reculé, c’est le milieu offensif milanais (Kaká) qui sort vers lui (joueur 1 du schéma 2). Si, en revanche – par exemple à la suite une rapide circulation de balle –, l’arrière adverse reçoit la balle dans une position plus avancée (joueur 2 du schéma 2), c’est le milieu récupérateur (Ambrosini) qui presse, tandis que le milieu offensif côté ballon (Kaká) doit couvrir et empêcher la passe en retrait. Ce système n’exige pas la présence du cinquième homme (Seedorf) en défense du côté faible, puisque la distance que devrait couvrir le milieu récupérateur opposé (Gattuso) est excessive?: il est donc plus opportun que ce dernier se recentre.

 

 

Avec ce dispositif, les latéraux sont peu appelés à glisser en couverture, du fait de leur placement haut au moment de la perte de balle, et les centraux doivent accepter des oppositions à égalité numérique avec les attaquants adverses. Si l’équipe peine à défendre de manière adéquate, ou lorsque le déroulement du match l’impose, elle se reconfigure dans un 4-4-2 qui donne de meilleures garanties défensives. En revanche, la présence de cinq éléments – trois milieux de terrain récupérateurs et deux offensifs – dans la zone centrale (et névralgique) du terrain permet le maintien d’un bloc homogène face aux attaques axiales.

 


Produit d’exportation

À la manière d’un Liverpool en Angleterre, les lauriers cueillis par le Milan AC le sont le plus souvent à l’extérieur des frontières, ce que confirme Carlo Ancelotti: "De fait , le jeu du Milan est plus efficace en Europe que dans le championnat italien. En Europe, il y a plus d’espaces, et la confrontation avec les meilleures équipes des autres pays exalte nos qualités et permet d’exprimer au mieux le football que nous proposons."

 

Sous l’ère Ancelotti, le Milan AC aura ainsi remporté un scudetto (2004), une coupe (2003) et une Supercoupe d’Italie (2004), alors que dans le même temps, il aura été vainqueur de deux Ligues des champions (2003 et 2007, pour trois finales et une demi-finale), de la première Coupe du monde des clubs 2007 et de deux Supercoupes d’Europe.

 

Ces derniers temps, pour y remédier, Ancelotti est revenu par moments au 4-4-2 avec Pato et Ronaldo en pointe, Kaká en électron libre et Seedorf remplaçant Gattuso (suspendu ou blessé) ou Ambrosini. Si l’efficacité offensive a été au rendez-vous – avec un 5-2 contre Naples dès la première expérience?–, le déséquilibre défensif affiché avec un Seedorf porté vers l’avant quasiment jusqu’à la hauteur de Kaká, a également été patent. Il y a fort à parier que le 4-3-2-1 traditionnel reviendra en même temps que la Ligue des champions, face à un Arsenal FC n’ayant pas grand-chose à envier au tenant du titre... [1]

 


[1] NDLR : Après un 0-0 à l'Emirates, Arsenal l'avait emporté 2-0 à San Siro sur des buts de Fabregas et Adebayor dans les ultimes minutes.

Partager

> sur le même thème

Guardiola vs Correa

Le jeu, les joueurs, les entraîneurs


Frédéric Scarbonchi
2018-09-24

PSG, les maux de la fin

Ce n'est pas une impression: en Ligue des champions, le PSG craque plus souvent que les autres dans le dernier quart d'heure. Confirmation et comparaisons en chiffres. 


2018-09-10

Ben Arfa, l'art de la renaissance

Une Balle dans le pied - Hatem Ben Arfa n'a pas totalement dilapidé son immense talent: il en a toujours exprimé suffisamment pour s'assurer la possibilité d'un énième "retour".

 


Christophe Kuchly
2018-08-10

Promu et riche : Fulham et la fièvre acheteuse

Les Anglais n'ont pas fait toutes les folies estivales qu'on leur prêtait, et beaucoup de clubs français n'ont pu vendre des joueurs au double de leur valeur comme espéré. Mais, à l'image de Fulham, même les promus ont démontré une énorme force de frappe.


>> tous les épisodes du thème "Le jeu, les joueurs, les entraîneurs"

Sur le fil

Aston Villa, West Ham, Burnley… Le match des maillots claret and blue: https://t.co/LRRjT8rtjt Par @richardcoudrais https://t.co/ErX898qwhD

Et à la fin, le PSG craque… Étude des buts encaissés par Paris dans le dernier quart d’heure en Ligue des champions… https://t.co/0qeSRVzwan

Les Cahiers sur Twitter

Le forum

Dans le haut du panier

aujourd'hui à 02h23 - Jean-Huileux de Gluten : Ouh la... Alors qu'on soit bien d'accord, ce forum c'est bien pour la fantasy league de basket des... >>


Gerland à la détente

aujourd'hui à 01h34 - LYon Indomptable : Je viens de lire le tract des Bad Gones.Bala, too qui les as connus un temps, dis leur de ma part... >>


Déclarama

aujourd'hui à 01h18 - Portnaouac : Le probleme, ce n'est pas tant le sujet du propos que le propos lui-même.En gros, s'il est bien... >>


Le Ballon d'Or (ne pas le réveiller)

aujourd'hui à 01h06 - Milan de solitude : Et l'équipe-type avec De Gea et Dani Alves... Et Hazard en relayeur... Est-ce bien la peine de... >>


Foot et politique

aujourd'hui à 01h03 - Milan de solitude : "Forain" en vieux français, qui doit tirer son origine de "fors", c'est-à-dire "hors", je... >>


Observatoire de la violence dans le football

aujourd'hui à 00h10 - asunada : Je suis abonné au virage Nord et pour rappel, le virage Nord, pour ses anneaux inférieur et... >>


Etoiles et toiles

aujourd'hui à 00h09 - le Bleu : Moi, il y a quinze ans, je rêvais d'une adaptation de Quatrevingt-treize de Victor Hugo, par... >>


CdF Omnisport

24/09/2018 à 23h33 - patrice : pelecanosaujourd'hui à 02h35- - -j'ai commencé à regarder cette histoire de niveaux de jeu. A... >>


Observatoire du journalisme sportif

24/09/2018 à 23h33 - L'amour Durix : C'est toujours facile de critiquer le résultat de ce type d'exercice mais le 11 type FIFA est... >>


LA GAZETTE : Les gestes / Les antigestes

24/09/2018 à 21h56 - Moravcik dans les prés : Geste :Le ballon laissé passé par Edinson Cavani pour Angel Di Maria, comme une passe décisive... >>


Les brèves

Onanapa

“L'Ajax refuse de laisser partir Onana à l'OM.” (foot01.com)

Monaco 2004

“Ils ont failli rejoindre l'OM.” (lequipe.fr)

Sans-Gênes

"Le PSG offrirait un pont d'or à Ivan Rakitic !" (madeinfoot.com)

José fourrait

"Mourinho, l'amour dure trois ans." (lequipe.fr)

Alcolo décanté

"Wenger en 'cure de désintoxication'." (lequipe.fr)