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Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Revue de stress #157

Le journal du jeu #7 : comprendre Mourinho et apprécier l'Ajax

Les débuts de Miguel Cardoso au Celta sont prometteurs. • Mourinho: des idées dures à cerner • Ajax: le retour à la tradition

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Dans un football de plus en plus inégalitaire mais loin d'être linéaire, chaque semaine offre son lot d'enseignements plus ou moins anecdotiques. Tour d'horizon de téléspectateur.

 

* * *

 

Quel est l'objectif de José Mourinho ?

Il y a des mauvaises passes, des saisons où les choses tournent mal et les individualités perdent confiance. Et il y a ce Manchester United-là, encore dominé dans à peu près tous les secteurs possibles contre Liverpool dimanche et battu 3-1 sans qu'on sache exactement quel était son plan. Ce qui, même pour une équipe en galère, pose un problème sans réelles solutions.

 

Car normalement, même les plus grands échecs sont ceux d'idées. Parfois intrinsèquement mauvaises (mettre deux ailiers en faux pied qui repiquent avec un buteur bon dans les airs), souvent pas adaptées au profil des joueurs (demander à des bourrins de relancer proprement) et toujours mal exécutées (sans quoi même les plans bancals continuent à tenir debout). Mais qui peut, aujourd'hui, dire quelle est l'idée de jeu de José Mourinho?

 

S'il continue à commenter négativement le travail de David Moyes et Louis van Gaal, qui avaient pris une route discutable mais avaient au moins le plan sous les yeux, le Portugais compte actuellement le pire total de points de MU depuis vingt-six ans à cette période de l'année. Et les statistiques avancées, déjà très défavorables la saison dernière, placent les Red Devils à la onzième place de Premier League en expected points.

 

En bon pragmatique, Mourinho répondra que l'important, ce sont les points réels. Mais comme il n'en a pas beaucoup, une différence de buts de zéro et autant de retard sur la quatrième place que d'avance sur la quinzième, on devine qu'il aurait aimé se raccrocher à ce qu'on peut interpréter comme un manque de réussite et/ou de chance. Mais non, Manchester est finalement plutôt bien payé du contenu qu'il propose.

 

 

 

À Anfield, le double vainqueur de la Ligue des champions a une nouvelle fois donné des arguments à ceux qui l'accusent de vouloir prouver quelque chose plutôt que de chercher à gagner. Comme l'an dernier face à Séville, équipe qui explosait alors face à tous les pressings en Liga mais que United avait attendu en bloc médian. Comme tant d'autres fois finalement, ce qui fait de plus en plus pencher la balance du mauvais côté.

 

Le Mourinho qui avait apporté une réponse parfaite par le cynisme en finale de Ligue Europa, déjouant le pressing de l'Ajax à coups de longs ballons sur Marouane Fellaini, semble décidé à ne plus jamais régler les problèmes par le jeu. Et c'est donc avec une équipe remplie de travailleurs à vocation défensive qu'il s'est rendu chez le leader. Sans Paul Pogba, aussi, dont l'attitude et le niveau réel, souvent discutés, sont plus difficiles à remettre en cause depuis cet été.

 

Venu pour défendre, Manchester a donc défendu, concédé trente-six tirs (à six) et marqué par hasard sur un cadeau d'Alisson – dans une première période où Romelu Lukaku aura réussi une seule passe. Jürgen Klopp est un adepte du pressing sous toutes ses formes et son équipe hausse de plus en plus l'intensité dans ce secteur depuis quelques matches? Mourinho n'aligne aucun joueur capable de sortir proprement la balle, et ses athlètes perdent même la bataille physique. Si une équipe défensive ne sait pas défendre, que lui reste-t-il?

 

Au-delà de l'aspect humain, le génie du Special One a longtemps résidé dans l'élaboration d'une réponse à la stratégie adverse. Pouvoir laisser la balle parce qu'on est préparé à bien défendre, qu'on sait exactement quand la récupérer et quoi faire ensuite. une domination propre à tous les contre-attaquants, peu importe le sport, qui ne laissent l'initiative que parce que ça les arrange et ne contrôlent jamais autant que quand leur adversaire pense que sa tactique fonctionne.

 

Aujourd'hui, José subit, et même le running gag de conférences de presse où il raconte n'importe quoi pour faire diversion – ou lit à haute voix la partie palmarès de sa page wikipedia – a dû être remplacé par des célébrations extravagantes pour continuer à donner le change.

 

Non, son groupe, capable de sursauts d'orgueils quand on le croit mort, ne l'a pas (encore?) lâché. Et non, on ne peut écarter le réveil d'un effectif qui a largement les moyens d'aller chercher un trophée en fin de saison… ni la capacité d'un coach qui a autant gagné à trouver des solutions. Mais José Mourinho donne de plus en plus l'impression d'être un étudiant qui prend un compas à chaque examen parce qu'il aime vraiment faire des rosaces.

 

 

L'Ajax fidèle à ses valeurs

Un triplé d'un défenseur central, qui jouait d'ailleurs milieu quatre jours plus tôt (Daley Blind) et un poteau de son binôme -Mathijs de Ligt)? Un attaquant adverse qui a l'occasion d'ouvrir le score en face-à-face avec le gardien parce qu'un corner s'est joué avec sept joueurs dans la surface et les deux en couverture à peine en dehors? Des occasions toutes les deux minutes, 74% de possession et des incroyables phases de jeu au sol? Oui, c'est bien un Ajax fidèle à son ADN qui a explosé De Graafschap dimanche (8-0).

 

Comme le Barça de Pep Guardiola il y a une décennie, cette équipe réussit un petit exploit: rendre intéressantes des rencontres qui n'ont aucun intérêt sportif, la beauté réussissant à prendre le pas sur le suspense. Avec des sourires et une volonté de pousser le jeu vers sa limite, caractéristique de l'Ajax des seventies, multiplement titré mais résolument punk.

 

 

Les jeunes ajacides n'ont pas le culot de Johan Cruyff, qui trouvait rigolo de viser les poteaux ou de tirer un penalty à deux pour pimenter des matches de championnat gagnés facilement. Mais ils partagent l'écart de niveau avec la plupart de leurs adversaires, une domination bicéphale aux proportions inquiétantes: quinze victoires en seize matches pour le PSV, quatorze pour l'Ajax, et la même différence de buts de +50 (cinquante-sept buts marqués et sept encaissés pour les deux).

 

Contrairement à leur rival, les hommes d'Erik ten Hag ont exporté leur réussite en Europe, décrochant une qualification tranquille pour les huitièmes de finale de Ligue des champions. Et le match de mercredi contre le Bayern (3-3) a confirmé que cette équipe, bien que parfois naïve dans sa volonté de toujours jouer peu importe le contexte, a rendu payant un choix romantique mais aussi éminemment politique.

 

Dans ce club où il faut poser son 4-3-3 sur la table, Matthijs de Ligt, Frenkie de Jong et consorts ont toute liberté pour construire et faire les fameux dépassements de fonctions propres au football total. Avec vingt-trois ans de moyenne d'âge (des trente-cinq de Klaas-Jan Huntelaar aux seize de Ryan Gravenberg), les joueurs utilisés cette saison, taillés pour presser, casser des blocs regroupés et donc briller dans les grands clubs, représentent l'avenir du football européen.

 

Vont-ils faire la même carrière que les Davids, Seedorf ou Van der Sar, que Louis van Gaal a menés sur le toit de l'Europe quand Bosman n'était pas un arrêt mais un ancien joueur vivant dans le garage de ses parents? Probablement pas tous, d'autant que le plus décisif, l'ailier Hakim Ziyech, a déjà vingt-cinq ans – sept de plus que Jadon Sancho par exemple, déjà cinquième passeur des cinq grands championnats et titulaire indiscutable à Dortmund.

 

Mais, à défaut de pouvoir rivaliser à armes égales avec les plus riches, l'Ajax a trouvé dans son identité le moyen de continuer à exister. Et, en plus d'aider une sélection qui a adopté les mêmes principes avec Ronald Koeman, va largement couvrir ses frais de fonctionnement avec les ventes record qu'elle sera bientôt obligée de faire.

 

 

En vrac

Au-delà de la victoire 3-2 face à Arsenal, le Southampton version Ralph Hasenhüttl a déjà atteint une compréhension collective jamais vue sous Mark Hughes. Robin Olsen, auteur d'une bourde contre le Genoa qui n'a finalement pas pénalisé la Roma (victoire 3-2), a le pire temps de réaction d'Europe. Encore un match à la limite du regardable pour Burnley, battu sur le fil par Tottenham (1-0) et qui n'a pas gagné en idées ce qu'il a perdu en solidité.

 

Le Leeds de Marcelo Bielsa est leader du Championship, même si la victoire à Bolton (1-0) n'a pas été sans frayeurs en fin de partie. Toujours invaincu en Bundesliga, Dortmund a fait l'un de ses meilleurs matches contre le Werder (2-1), la paire Witsel-Delaney confirmant qu'elle est la version 2.0 de Mendes-Xeka au LOSC, les intercepteurs-lanceurs d'actions d'un autre 4-2-3-1 aux transitions supersoniques. Lionel Messi, double passeur et triple buteur, a encore gagné un match tout seul (5-0 contre Levante).

 

 

Découvrez tous nos packs, plus puissants que ceux du XV de France.

 

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Le jeu, les joueurs, les entraîneurs


Christophe Zemmour
2019-05-14

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La saison de Premier League s’est achevée sur une note frustrante pour Liverpool, dauphin de City malgré 97 points. Il ne faut pourtant pas oublier à quel point cette campagne fut brillante et qu’elle ne marque peut-être qu’une étape.


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De tout temps, les exploits ont existé dans le football. Essayons tout de même de remonter l’horloge pour comprendre comment la machine s’est emballée.


Sean Cole
2019-03-28

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When Saturday Comes – Malgré plus de cent sélections en équipe d'Angleterre et une vitrine pleine de trophées, l'arrière gauche, injustement mésestimé, n'a jamais pu se débarrasser de son image de mercenaire.


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