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Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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La Gazette de la L1 : 14e journée

Le journal du jeu #5 : comment marier spectacle et équilibre ?

Tiens, le PSV n'a pas gagné non plus. • Lyon: attaquer sans se livrer • Bayern: bien utiliser Kimmich • Arsenal-Tottenham: la recherche du déséquilibre

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Dans un football de plus en plus inégalitaire mais loin d'être linéaire, chaque semaine offre son lot d'enseignements plus ou moins anecdotiques. Tour d'horizon de téléspectateur.

 

* * *

 

Lyon, les ambitions sans protection

Que deux gardiens brillent dans un match où quatre buts sont marqués n'est pas commun. Pourtant, Mike Maignan et Anthony Lopes ont évité que ce Lyon-Lille, terminé sur le score de 2-2, ne s'emballe encore plus. Mais au-delà des arrêts, l'intérêt de la rencontre se situait évidemment dans l'opposition entre deux équipes douées en transition et qui doivent progresser dans le contrôle.

 

À la question de la domination a rapidement émergé une réponse: l'OL, rassuré par sa capacité à ne pas attendre Manchester City sans ouvrir trop d'espaces, a confisqué la balle, mettant sous pression des Lillois en difficulté pour la récupérer sans se déstructurer. Le carré axial, avec deux centraux qui sortent peu (Fonte-Dabila) et un entrejeu sans réel récupérateur (Xeka-Mendes), peinait alors à gérer les permutations de Maxwel Cornet et Bertrand Traoré et les décrochages de Memphis Depay.

 

 

En pleine galère, le LOSC a pourtant marqué deux fois, sans que cela ne reflète la qualité de son match mais sans non plus que les actions sortent de nulle part. Une récupération de Loïc Rémy entre Houssem Aouar et Tanguy Ndombele sur le 1-0, une passe interceptée du même Aouar sur le 2-0: c'est dans son camp que Lille a donné les munitions à ses trois milieux offensifs, restés devant pour exploiter les ballons trouvés sur le chemin.

 

Avec autant de joueurs devant, le bloc médian n'en a pas ratissé tellement, même avec le renfort d'un Rémy qui a involontairement éteint Jonathan Ikoné en occupant sa zone. Et c'est donc une forme de quitte ou double qu'a joué le club nordiste, certain d'avoir des égalités numériques à jouer en cas de transition mais sans garantie qu'il y en ait beaucoup.

 

Ce parti pris, qui a offert les conditions d'une rencontre un peu folle, convenait également à Lyon, qui a pris l'habitude de s'épanouir dans le désordre depuis l'arrivée de Bruno Genesio – même si Hoffenheim et le Shakhtar ont rivalisé dans ces duels "but-à-but" à l'instinct. C'est pourtant un OL propre, presque citizen, qu'on a vu samedi. Avec un double pivot joueur et moins de protection défensive.

 

Aouar et Ndombele symbolisent ce jeu risqué, où la création de dix bonnes situations peut valoir moins qu'un mauvais contrôle. City, justement, en a fait l'expérience il y a deux saisons, coulant à force de subir le réalisme adverse quand il faisait tout pour marquer. Et c'est dans cet exemple que se trouve peut-être une partie de la réponse à un problème qui se posera face à toutes les équipes qui attendront pour contrer, mais iront parfois embêter ce duo de meneurs reculés.

 

Outre l'extrême fiabilité technique de ses hommes, Pep Guardiola – qui garde un récupérateur en couverture – resserre beaucoup plus les lignes en possession. Au stade Pierre-Mauroy, les trois défenseurs lyonnais, bien alignés, sont restés loin du milieu, aucun ne pouvant donc sortir à contretemps pour enrayer les transitions à cause du trois contre trois voulu par Christophe Galtier.

 

Bien sûr, tout le monde n'a pas les contre-attaquants lillois. Mais le PSG l'a prouvé face au même adversaire: si on fait le noble pari du jeu, il faut pouvoir tuer les ripostes à la source en ayant toujours quelqu'un à proximité pour reprendre les ballons perdus. Puisqu'il faut bien laisser de l'espace quelque part, autant que ce soit dans le dos d'une défense qui n'aurait qu'à jouer le hors-jeu plutôt qu'entre les lignes.

 

 

Joshua Kimmich, délocalisation payante

En replaçant Philipp Lahm au milieu en club, Pep Guardiola avait inspiré Joachim Löw dans ses choix en sélection. Quatre ans plus tard, c'est l'Allemagne qui influence le coach du Bayern. Face à Benfica (5-1) puis au Werder (2-1) cette semaine, Niko Kovac a ainsi aligné Joshua Kimmich dans l'entrejeu, imitant ce que fait Löw depuis la fin du Mondial.

 

Les résultats confirment que l'idée est viable, mais, dans une saison où les galères de Jérôme Boateng et Manuel Neuer ainsi qu'un manque de réussite plombent une équipe pas si différente de l'an dernier dans ses productions, c'est d'abord l'avenir qui importe. La vraie question n'est pas de savoir si le Bayern peut gagner avec Kimmich au milieu, mais comment utiliser au mieux son élément le plus polyvalent.

 

 

À vingt-trois ans, le joueur formé à Stuttgart a déjà évolué à la moitié des postes existants et ses qualités, qui lui permettent par exemple d'être un ailier droit ou défenseur central tout à fait correct, posent un vrai casse-tête quand la machine tourne moins bien et qu'il faut changer des choses. Un bon problème, mais un problème quand même. Car, au QI footballistique et à la technique d'un milieu axial, il ajoute une qualité de centre rarement vue.

 

Dix fois passeur décisif l'an dernier en championnat, il l'a déjà été quatre fois cette saison – avec de meilleures statistiques avancées. Et c'est depuis le côté qu'il a offert deux nouvelles offrandes contre Benfica, sur un corner joué à deux puis directement. Quelques jours plus tard, c'est encore de son pied droit magique mais dans une position centrale qu'il servait Serge Gnabry par-dessus la défense pour l'ouverture du score, d'un geste en un temps qu'ils ne sont que quelques-uns à voir et encore moins à réussir.

 

Alors, que faire d'un joueur dont les défauts dans la couverture sans ballon et l'impact physique peuvent à tout moment se voir quand l'équipe souffre, peu importe le poste? L'association avec Leon Goretzka, relayeur d'impact qui complète bien sa panoplie, offre des perspectives intéressantes. Mais les choix de Kovac ne dépendront peut-être pas que du niveau de Kimmich.

 

Aussi bon soit-il au milieu, il y occupe un rôle où postulent Thiago Alcantara et Javi Martinez, voire Renato Sanches ou même James Rodriguez selon l'organisation. L'écart de niveau entre lui et ces excellents joueurs est-il supérieur à celui avec Rafinha, son remplaçant au poste de latéral droit?

 

 

Derby de Londres : un spectacle tactique

Qu'est-ce qu'un match tactique? Selon l'usage le plus courant, l'expression désigne toutes ces rencontres fermées, où la science du coach se retrouverait dans la capacité à bloquer les forces adverses. L'intérêt caché de ces 0-0 sans spectacle serait justement là, dans la méthode appliquée pour enlever tout spectacle à des rencontres qui devraient en produire de manière organique.

 

Dimanche, Arsenal et Tottenham ont montré un autre versant de la tactique, plus ambitieux que l'autre. Au lieu de neutraliser les forces adverses en limitant leur prise de risque, les deux équipes ont cherché à exploiter les faiblesses de l'opposition. Une philosophie offensive mieux appliquée par Arsenal, vainqueur 4-2 à l'Emirates d'un derby qui marquera la saison.

 

 

Contrairement au dernier Liverpool-City, choc cadenassé par une préparation de match que le scénario n'a pas remis en cause et finalement sans but, ce duel entre Unai Emery et Mauricio Pochettino s'est joué sur la lecture du jeu en temps réel. Chaque changement a fait évoluer les dispositifs et attributions, les deux managers utilisant trois systèmes différents en plus d'adaptations entre les phases avec et sans ballon.

 

On pourrait tout analyser de ce duel cérébral et géométrique. On pourrait aussi dire que les matches sont gagnés par les joueurs sur le terrain plutôt que par les gestes des metteurs en scène, les buts n'allant pas toujours dans la logique du rapport de force – à commencer par ceux de Tottenham, passé en tête en première période alors que son 4-4-2 losange prenait l'eau sur les côtés. La vérité est entre les deux, dans la pertinence du cadre qui permet aux individualités de briller, et dans la capacité de l'entraîneur à les sublimer.

 

Alexandre Lacazette, buteur décisif en glissant sur un tir lointain légèrement contré, l'a confirmé après le match: "Les décisions prises par le coach étaient très bonnes, on peut dire que c'est sa victoire. On peut voir son enthousiasme sur le banc, ça nous pousse." Et rappelle au passage que le vrai Emery n'est pas l'ectoplasme trop souvent vu Paris mais un sanguin qui sait transcender ses joueurs dans les matches importants.

 

 

En vrac

Les victoires 2-0 face à la Roma et Valence relancent un peu le Real mais elles sont d'abord le fruit d'un meilleur réalisme que l'adversaire, même si l'intégration réussie de Marcos Llorente au milieu offre de nouvelles perspectives. Retour sur terre pour Eibar, battu 1-0 par un Rayo qui, contrairement à ses habitudes, a vite abandonné l'idée de relancer au sol face à un pressing tout terrain. On en est arrivé au point où les points perdus par Manchester United ne sont même plus une nouvelle, le 2-2 contre un Southampton dramatique frôlant pourtant parfois le théâtre contemporain. Avis aux clubs qui cherchent un attaquant: Jonathan Soriano a résilié son contrat en Chine, et l'Espagnol pèse plus de 260 buts depuis neuf ans.

Découvrez tous nos packs, plus puissants que ceux du XV de France.

 

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