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Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Le journal du jeu #2 : centres et milieux récupérateurs

Il ne sera pas question de Coupe de la Ligue cette semaine. • Real: retour vers le futur • Arsenal: la patte Emery • Lille: l'impuissance de l'entrejeu

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Dans un football de plus en plus inégalitaire mais loin d'être linéaire, chaque semaine offre son lot d'enseignements plus ou moins anecdotiques. Tour d'horizon de téléspectateur.

 

* * *

 

Madrid et la bataille des airs

"Le problème de Julen Lopetegui était qu'il jouait du football de possession et des passes courtes avec le Real Madrid. Mais tout le monde sait que le Real s'est toujours appuyé sur des passes longues et des centres." Xavi Hernandez, fidèle à lui-même, a livré la semaine dernière une analyse qui masque mal un certain dédain envers la philosophie madrilène. Un commentaire historiquement faux mais pas dénué d'intérêt si on recadre l'échelle temporelle. Et qui a encore pris du sens ce week-end.

 

Car Santiago Solari, nommé à la place de l'ancien sélectionneur espagnol en attendant peut-être que Florentino Perez trouve un technicien plus expérimenté, a déjà marqué sa différence avec son prédécesseur.

 

 

Dans une drôle de conférence de presse d'intronisation d'abord, où, interrogé sur le match de Coupe à venir, il a assuré: "L'idée c'est d'aller à Melilla et jouer avec une paire de couilles." Sans être suivi par ses joueurs, qui ont majoritairement utilisé leurs pieds pour l'emporter 4-0. Lors de la réception du Real Valladolid ensuite, rencontre qui donne un indice sur la suite des événements.

 

À la recherche d'intervalles au cœur du jeu s'est ainsi substitué un football plus proche de celui pratiqué sous la coupe de Zinédine Zidane: 4-3-3, centres et présence dans la surface. Un jeu plus basique, plus aérien, plus madrilène dirait Xavi, et qui a démontré son efficacité lors des dernières saisons.

 

Face à Valladolid, les montées des jeunes latéraux Alvaro Odriozola à droite et surtout Sergio Reguilon à gauche ont ainsi fait exploser le compteur de centres: 44 au total, soit treize de plus que la moyenne la plus haute d'Europe dans le domaine, détenue par l'Inter. Une hausse qui a fait exploser le total de duels aériens gagnés (23 contre 14 de moyenne sur la saison) et baisser la possession (58% contre 62%, alors que Valladolid a plutôt tendance à laisser le ballon).

 

Ce changement de cap, largement compréhensible vu l'incapacité à installer un jeu de position efficace avec l'effectif actuel, n'a toutefois rien révolutionné sur le fond malgré la victoire 2-0. Les occasions furent rares et la défense toujours aussi friable, seule la maladresse adverse – offensive mais aussi défensive, l'ouverture du score tardive étant un centre dévié dans son propre but – permettant de s'en sortir avec une victoire 2-0.

 

Les optimistes noteront le résultat et la force mentale du Real, les autres que le changement tactique de Solari en cours de match, avec l'entrée d'Isco à la place de Casemiro pour inverser la pointe du triangle au milieu, a débouché sur dix minutes compliquées, avec trois grosses opportunités pour Valladolid dont deux barres transversales. Le genre de temps faibles qui, depuis quelques semaines, transformaient en défaites des rencontres au tempo lancinant mais bien mieux contrôlées.

 

 

Arsenal, Torreira et l'équilibre

Unai Emery, moqué pour avoir plusieurs fois aligné Blaise Matuidi dans le couloir gauche avec Paris, n'aura pas été réhabilité par le titre mondial des Bleus cet été. Et il aura besoin de temps pour faire définitivement oublier les ratés de son passage parisien, qui en disent autant de sa gestion des stars que de la marge de manœuvre dont disposent les entraîneurs dans le club de la capitale.

 

Il n'empêche: même si le bilan d'Arsenal n'est pas parfait, la cinquième place ne reflète pas les progrès des Gunners cette saison. Avec 23 points, ils payent la densité en haut de tableau – un tel total les aurait placés en deuxième position à la même époque l'an dernier – et un calendrier compliqué, qui les a vus affronter Manchester City, Liverpool et Chelsea, trois des quatre équipes à leur avoir pris des points (la dernière, Crystal Palace, ayant arraché un nul 2-2 grâce à deux penalties).

 

 

Contre Liverpool samedi, Emery a encore innové dans le positionnement d'un joueur. À la 81e, l'ailier Alex Iwobi est passé latéral gauche à l'entrée de Danny Welbeck. Moins de soixante secondes plus tard, sa passe pour Alexandre Lacazette était rendue décisive par un superbe enchaînement de l'attaquant tricolore.

 

Au-delà de ce coup de coaching, qu'une grosse erreur de positionnement du même Iwobi a failli annuler dès l'engagement, c'est la capacité d'Arsenal à maîtriser son sujet qui a encore séduit. Impressionné, même. Rarement les Reds, dont le salut n'est venu que par des ballons en profondeur, auront autant souffert dans le jeu en championnat.

 

Sans cesse transpercés par la première relance adverse, qui trouvait des latéraux très avancés en éliminant Salah et Mané, ils ont changé leur fusil d'épaule à la pause, Jürgen Klopp passant en 4-2-3-1 avec James Milner ailier droit. Arsenal s'est adapté, passant plutôt par l'axe via Xhaka et Torreira, membres d'un double pivot tout à fait compétent pour aller de l'avant.

 

Et c'est là le cœur de ce Arsenal nouveau: l'entrejeu, enfin renforcé par un vrai récupérateur. Lucas Torreira, même taille que N'Golo Kanté et même agressivité sur le porteur de balle, laisse passer moins de monde que le videur du Berghain. Au-delà de sa technique sûre pour son poste, il équilibre une équipe qui peut aller de l'avant sans se découvrir plus que de raison.

 

Tant que la défense ne sera pas renforcée, il sera compliqué de se mêler à la lutte pour le titre. Mais le travail d'Emery a au moins un mérite: ambitieux mais naïf lors de la fin de l'ère Wenger, Arsenal confirme qu'on peut mettre le pragmatisme au service du jeu. Que définir un cadre précis, avec un ratisseur au centre des débats, peut magnifier les inspirations offensives. Prochain adversaire de Liverpool, Fulham, baladé au milieu par Phil Foden et l'équipe B de City en League Cup (2-0) et encore plus dysfonctionnel que prévu, ferait bien de s'en inspirer.

 

 

Lille sans transition

Quand la source est tarie, même les attaques les plus électriques sont démunies. Le LOSC en a fait l'amère expérience face au PSG vendredi, dans une rencontre totalement maîtrisée par le leader. Car si les Lillois marquent beaucoup, la grande majorité de leurs occasions vient d'une même séquence: récupération dans l'entrejeu puis projection à toute vitesse dans le camp adverse, parfois précédée d'une passe très verticale pour toucher l'un des trois milieux offensifs (Bamba-Ikoné-Pépé).

 

Très efficace, et pas forcément éloigné de ce que font Dortmund, leader en Bundesliga, ou l'Espanyol et Séville, qui suivent Barcelone en Liga, des formations qui soignent un peu plus leur phase préparatoire mais se basent avant tout sur leur capacité à voir l'espace et l'exploiter. Mais lisible, forcément, la base du jeu venant de la densité du bloc médian.

 

 

Si la plupart des équipes de Ligue 1 n'ont pas de réponse à apporter, hormis l'attente devant leur surface qu'un exploit individuel peut faire céder, Paris a réussi à s'installer d'entrée dans le camp adverse et, grâce à son excellent pressing à la perte de balle, étouffer littéralement son dauphin d'alors. Obligés de reculer pour toucher des ballons et suivre leur latéral, Nicolas Pépé et Jonathan Bamba se sont retrouvés loin du but adverse. Et, faute de capacité du bloc à ressortir proprement les ballons récupérés, n'ont jamais été alimentés.

 

C'est là le danger de la spécialisation, qui n'empêche pas les Lillois de faire un parcours largement supérieur aux prédictions et peut difficilement leur être reproché compte tenu de l'effectif, mais pénalise plus le PSG en Europe que le manque d'intensité de l'adversité ou l'écart de niveau lié aux différences budgétaires.

 

S'ils sont souvent résolus, les problèmes tactiques variés posés par nombre de "petits" de Bundesliga, de Liga et même de Serie A obligent le Bayern, le Real ou la Juventus à évoluer d'une semaine à l'autre. Ce mardi, Paris affrontera une équipe qui aimer change de dispositif d'une phase à l'autre, peut venir chercher le ballon très haut et sait relancer court sous pression. Pour s'y préparer, et même s'il est difficile de trouver des excuses à un effectif aussi coûteux, mieux vaut affronter Sassuolo ou Eibar que Lille.

 

 

En vrac

Le retour du numéro 9 Kemar Roofe fait beaucoup de bien au Leeds de Marcelo Bielsa, pas épargné par les blessures mais leader de Championship après sa victoire 2-1 contre une équipe de Wigan bloquée à 33% de possession à domicile. "Ils jouent de la façon dont, je pense, tout le monde voudrait jouer", a confié Paul Cook, le coach battu, après la rencontre. Tapez "Anguissa" dans la barre de recherche Twitter pour savoir ce que les supporters de Fulham pensent de leur recrue. La victoire 1-0 de Gérone à Valence a décuplé la valeur de Yassine Bouhou – aussi appelé Bono –, auteur de miracles dans le but pour préserver une victoire improbable vu le différentiel d'occasions entre les deux équipes. Si vous avez une heure et demie à tuer, essayez de trouver une rediffusion de Bétis-Celta. Au Paraguay, un attaquant de quatorze ans, Fernando Ovelar, a marqué dans le Superclasico local.

 

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