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Le jazz expliqué aux footeux

Passions pathologiques, repaires d'intégristes, le jazz et le football ont tout à gagner à mieux se connaître. Unissons-les avec des équipes-types.

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Ils ne prennent pas tout à fait les mêmes produits mais inspirent le même genre de ferveur, portée parfois jusqu'à la psychorigidité chronique. Si les uns peuvent réciter en dormant le classement du dernier championnat, disserter sur l'arrière gauche d'Everton ou comparer les systèmes tactiques des seize équipes de l'Euro, les autres vous parleront des heures durant du toucher d'Herbie Hancock, des dernières sorties d'ECM ou des mérites respectifs du post-bob et du soul-jazz. Tous sont au moins d'accord sur une chose: c'était mieux avant. Et chacun sait qu'il ne vaut mieux pas les lancer sur leur terrain... Dans l'espoir d'enfin réunir ces deux catégories de monomaniaques, voici un petit manuel du jazz expliqué aux footeux.

 


POSTE POUR POSTE

Où l'on détaille le rôle de chacun...

 

 

 

Batterie / Gardien de but

Toujours placé en retrait, il occupe un poste à part dans l'équipe : sa virtuosité semble d'un autre ordre, plus instinctive, plus organique, moins artistique diront certains. Doté d'excellents réflexes et d'une coordination parfaite, à l'aise avant tout avec ses bras (aussi avec ses pieds s'il assure un minimum), il peut briller par son sens du jeu, sa science du placement, de l'anticipation, la pertinence de ses interventions ; il est le premier relanceur, celui qui pousse tout le monde vers l'avant, encourageant l'équipe à jouer plus haut. Constamment aux aguets, toujours dans le rythme, ses sorties demeurent ponctuelles, mesurées : il surgit alors tout en puissance, d'une main ferme et assurée - mais quand il se plante, personne n'est là pour le rattraper et la sanction est immédiate.


Certes, les grands costauds tendent à s'imposer tout en muscle (Manuel Neuer, Billy Cobham), mais certains privilégient la vivacité et la souplesse (Bernard Lama, Jérémy Janot, Tony Williams), une sorte de nonchalance déstructurée (Fabien Barthez, Jack DeJohnette), voire un style brouillon mais sympathique (Damien Gregorini, Guillermo Ochoa, Aldo Romano).

 


Piano / Défenseur central

Massif voire inamovible, fermement campé derrière ses partenaires, son rôle délicat le place entre deux eaux : garant des fondations de l'équipe, premier à imprimer le rythme, il se met parfois en avant à l'occasion de montées rageuses. Attentif au jeu d'ensemble, il se tient prêt à recevoir les envolées des solistes avec une régularité de métronome, tranchant par ses interventions autoritaires, rassurant ses coéquipiers d'un bel accord glissé et relevant leurs errements quand tout le monde s'éparpille.


Là encore son style varie du plus basique - efficace mais pas virtuose, parfois un peu lent et raide, ne s'aventurant pas au-delà de son rôle de soutien (Sammy Traoré, Dave Brubeck) - au plus complet, capable de jouer libéro grâce à sa technique sûre (Franz Beckenbauer, Herbie Hancock), de faire parler sa pointe de vitesse (Sergio Ramos, Keith Jarrett) ou sa puissance physique (Pepe, McCoy Tyner), voire de trimbaler nonchalamment entre les lignes son élégance naturelle (Laurent Blanc, Bill Evans).

 


Trombone / Arrière latéral

Le poste ingrat par excellence. S'il est indispensable à l'équilibre de l'ensemble, il se fait toujours voler la vedette par des stars plus visibles et plus glamours. Bien que certains soient reconnus pour leur contribution au succès d'une équipe, voire pour leurs grandes qualités techniques, on attend surtout d'eux un travail obscur, celui de se mettre au service du collectif, de suivre le rythme et de se placer parfaitement. Leurs occasions de briller sont rares, ils prennent les solos avec parcimonie pour un résultat rarement inoubliable, leur quotidien consistant plutôt à coulisser inlassablement d'un bout à l'autre sans économiser leur souffle et en évitant les fausses notes. Fort potentiel comique, jusqu'à gagner une place de choix parmi les arts du cirque (clowns, Bernard Mendy).

 


Basse / Milieu récupérateur/relayeur

Le régulateur, le métronome, la plaque tournante. Celui dont on se demande à quoi il sert sauf quand il n'est pas là, celui dont seul les spécialistes savent évaluer à sa juste valeur l'impact décisif sur l'ensemble. Travailleur de l'ombre, toujours à trottiner dans sa zone d'une façon qui semblera monocorde à l'observateur peu avisé, il dicte pourtant le tempo et l'orientation du jeu. Ses coups d'éclats restent discrets, il préfère généralement s'effacer derrière ses partenaires après les avoir mis dans de bonnes dispositions, mais il ravit tout le monde lorsqu'il s'aventure au-delà de son rôle de piston et part dans des raids solitaires.


Son jeu est parfois limité, classique, il est alors perçu comme lent voire lourdaud (Alou Diarra, adepte du bon vieux "walking"), mais avec un peu plus de dynamisme et de technique le voilà porté par un souffle puissant (Patrick Vieira, Charles Mingus), ou doté d'une précision et d'une justesse qui en font un chef d'orchestre autant qu'un grand soliste (Xavi, Andrea Pirlo, Ron Carter, Dave Holland). Le modèle électrique n'est pas moins efficace mais plus nerveux, plus agressif (Franck Lampard, Marcus Miller), parfois jusqu'au pétage de plomb (Roy Keane, Jaco Pastorius).

 


Guitare / Milieu offensif, meneur de jeu

Lui aussi possède plusieurs visages : étroitement lié au précédent, il intervient pour impulser du dynamisme à l'ensemble, apporter du soutien et se rendre disponible ; c'est lui qui organise le jeu, lui donne sa couleur, placé en retrait immédiat des solistes ; mais cette position le pousse à briller individuellement, à chercher le coup d'éclat mémorable et à se porter aux avant-postes le plus souvent possible. Il peut se distinguer de diverses manières : par son toucher tout en douceur et en sensibilité (Eric Carrière, Kenny Burrell), son énergie électrisante et sa vélocité (Andres Iniesta, John McLaughlin), une décontraction old school alliée à une précision infaillible (Michel Platini, Wes Montgomery), sans oublier le génie du faux lent, complet, moderne, collectif, celui qui met sa technique supérieure au service de quelques touches nuancées plutôt qu'à de laborieux tricotages (Zinédine Zidane et John Scofield, ça marche même pour les cheveux), ou encore l'instinctif pur, divinement inspiré, inclassable, dont la vie de roman a fait un personnage mythique (Diego Maradona, Django Reinhardt).

 


Trompette / Ailier

Le soliste par excellence, toujours porté vers l'offensive, celui qui cherche le débordement tout au long de ses chevauchées frénétiques avant de balancer le témoin en bout de course. On retient avec délice ou agacement les nombreux tricoteurs démonstratifs titulaires du poste (Jérémy Menez, Cristiano Ronaldo, Freddie Hubbard, Dizzy Gillespie. Bonus destin tragique: Garrincha et Lee Morgan), redoutés pour leur vélocité et leurs changements brusques de direction – jusqu'à paraître parfois brouillons; c'est oublier qu'à leurs côtés s'expriment des créateurs plus cool, adeptes du trait victorieux, du positionnement précis, de la petite touche qui fait mouche (Luis Figo, Miles Davis; les inoxydables Ryan Giggs et Enrico Rava; la version sympathique mais un peu limitée: David Beckham et Erik Truffaz).

 


Saxophone / Attaquant

Le poste le plus emblématique, le plus adulé, celui des stars intemporelles, parfois au détriment (injuste) du reste de l'équipe: qui au final n'est pas irrésistiblement tourné vers ce but ultime, l'inspiration décisive qui fait se lever les foules? Et pourtant : seul, il peine à s'exprimer ; son potentiel ne se révèle qu'avec l'appui solide de ses partenaires, tous voués à le placer dans les conditions propices à l'épanouissement de son jeu.
En format de poche, il virevolte, se fait insaisissable, toujours à trainer entre les lignes avant de décocher quelque flèche acérée, de se lancer dans des envolées périlleuses, en équilibre sur la corde raide (Lionel Messi, Wayne Shorter ; existe aussi en approximatif, voire pénible : Arjen Robben, Kenny G).


Vif, incisif, héritier des légendes du poste (Pelé, Charlie Parker), on retrouve dans la catégorie suivante le compromis moderne entre puissance et vitesse, entre instinct et placement, le tout au service d'une efficacité dévastatrice (la version survoltée : Romario, Kenny Garrett ; la version élégante : Dennis Berkamp, Paul Desmond)... jusqu'à finir un peu noyé dans ce style passe-partout (Kevin Gameiro, Dave Sanborn).


Enfin, tout à la pointe de l'équipe, le patron : sobre, puissant, chaleureux, il s'impose par sa présence, sa stature et son charisme. S'il lui arrive, de par son physique conséquent, de se montrer quelque peu pataud et prévisible (Guillaume Hoarau, Sonny Rollins), si son lyrisme tourne parfois à la caricature et son engagement à l'éparpillement (Eric Cantona, Archie Shepp), les plus grands d'entre eux se font subtils, précis, agiles, parfois tout en technique et en explosivité (Ronaldo, Michael Brecker), parfois pétris de classe, inspirés et habités par une force supérieure (David Trézéguet, John Coltrane).

 

 

 

ÉQUIPES-TYPE

Où l'on propose, à titre d'illustration, des équipes-type représentant trois styles, trois époques (très schématiquement), en une sélection purement subjective...

 


1/ New Orleans Old Boys (bop, hard-bop, post-bop...)

 

 

 

Remplaçants : Elvin Jones (GB) Thelonious Monk (DC) Paul Chambers (Mdf) Freddie Hubbard (Ail) Paul Desmond (Att) Cannonball Adderley (Att) Stan Getz (Att)

 

 

 

 

2/ Fusion FC (jazz-fusion, jazz-rock, world-fusion...)

 

 

 

Remplaçants : Tony Williams (GB) Chick Corea (DC) Marcus Miller (Mdf) John Scofield (Mof) Al Di Meola (Mof) Randy Brecker (Ail) Kenny Garrett (Att)

 

 

 

 

3/ Munich 1969 (le jazz moderne, ECM etc.)

 

 

 

Remplaçants : Brian Blade (GB) Jason Moran (DC) Christian McBride (Mdf) John Abercrombie (Mof) Tom Harrell (Ail) Chris Potter (Att) Joshua Redman (Att)


 

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