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La couleur de l'espoir

Le gruyère avait des trous

L'équipe de France s'est sereinement débarrassée de ses devoirs de vacances en disposant d'une faible opposition suisse. Notre compte rendu est fourni avec toutes les options et ne résiste pas à la tentation des calembours douteux.
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Généralement, les matches internationaux de reprise, en plein mois d'août, sont de tristes pensums, à l'image du Tunisie-France de l'an passé. Cette fois, on a plutôt retrouvé les bonnes sensations du France-Danemark de 2001, mais qui s'en souvient? Avant ce rendez-vous du Stade de Genève, on pouvait presque autant craindre la condescendance exprimée dans les médias envers la sélection suisse que la sélection suisse elle-même. Cette dernière réalise pourtant un parcours correct (trois victoires pour autant de nuls) dans un groupe éliminatoire pour l'Euro qui comprend la Russie et l'Eire. L'émergence de ses internationaux dans quelques bons clubs européens laissait augurer une bonne opposition, a fortiori sur ses terres. Le match L'entame ne donne pourtant pas cette impression. Ignorant leur tendance aux départs diesel, les Bleus déboulent déjà, notamment sur le flanc gauche où Henry et Wiltord s'en donnent à cœur joie et obtiennent trois corners en sept minutes. Deux autres à droite, consécutifs, complètent la collection. Desailly déboule dans la surface à pleine vitesse sur le second, mais sa tête passe au travers — ce n'est pas faute d'être assez grosse. Dans cette même minute, la 12e, une passe en profondeur de Zidane trouve Wiltord qui bute sur Stiel mais récupère le ballon pour marquer dans le but vide. S'ensuit une flopée d'occasions françaises qui meubleront toute la première demi-heure. Thuram, Wiltord, Henry, Lizarazu adressent un impressionnant contingent de centres, mais les attaquants manquent d'un peu de synchronisme ou de précision. La domination tricolore devient presque humiliante dans un milieu déserté par les gardes suisses, surtout qu'en jouant la ligne, la défense pêche et joue surtout à se faire peur. Henchoz marine, Meyer n'est pas meilleur et les passes au gardien suscitent les sifflets suisses. Le premier tir adverse ne survient qu'à la 37e minute, et encore Cabanas, à trente mètres, n'inquiète-t-il pas vraiment Barthez. Heureusement, deux coups francs sournois aux abords de la surface française viennent équilibrer la balance des échanges. À la reprise, les défenseurs locaux ne donnent pas beaucoup plus d'assurances sur leur étanchéité, mais la confrontation paraît moins inégale, d'autant qu'un coup de froid n'est pas à exclure, comme celui que fait passer devant le but de Barthez un tir suisse sur un corner repoussé. Après une dizaine de minutes, Pedretti (entré à la place de Vieira) sert Wiltord qui s'enfonce sur la droite et centre à ras de terre. Marlet, substitut d'Henry, plein centre aux seize mètres, ajuste un intérieur qui suffit à tromper Zuberbühler, pas super sur ce coup. Exploitant une possession de balle très supérieure, les Bleus empilent encore les occasions, mais ni Trezeguet, ni Cissé ni Marlet ne renouent avec l'efficacité du dernier cité. La plus nette sera l'œuvre de Pedretti, lancé par Giuly qui a remplacé Wiltord, mais le tir du Sochalien percute la barre (76e). De l'autre côté, Huggel a les bons tuyaux et reprend de volée un centre venu de la gauche, histoire de tester le troisième gardien de Manchester, qui capte plus facilement ce ballon que les intentions de Sir Alex (83e). Dans les dernières minutes, Cissé s'essaie sans succès, mais le match est plié de toute façon. Les gars Étonnamment homogène compte tenu des décalages dans la préparation des joueurs, l'équipe de France a conservé l'assurance acquise à la Coupe des confédérations. Le recentrage de Silvestre, obligeant Desailly à se décaler à droite, n'a pas plus perturbé la charnière que des attaquants suisses très discrets. Lizarazu et Thuram ont joué à leur niveau habituel, même si le Munichois était logiquement plus en jambes. Boumsong a étrenné sa seconde sélection dans la discrétion d'une fin de match sans histoire, Sagnol est vite entré dans le match. Vieira et Dacourt ont semblé un peu justes physiquement, mais ils n'ont pas été sollicités outre mesure par des vis-à-vis peu entreprenants. Pedretti a été plus entreprenant en seconde période, il a amorcé l'action du second but et tiré sur la barre. Mine de rien, il a disputé neuf des dix derniers matches de l'équipe de France… Zidane, actif, semble prêt pour la reprise de la Liga, même si son activité à été un peu moindre que celle de Wiltord, buteur et passeur décisif, plus que jamais indispensable. Giuly et Pires ont pris la relève sans problème dans la dernière demi-heure. Henry a huilé le jeu de l'attaque et Trezeguet manqué de réussite, mais son poids offensif indique qu'il est déjà sur le bon chemin pour retrouver l'efficacité. Cissé a hâte de faire de même, mais pour le moment et malgré sa bonne volonté, la réussite le fuit autant que ses tirs fuient les filets. Marlet a marqué un but et des points aux yeux d'un sélectionneur qui lui maintient sa confiance.

Même s'il se met le micro dans le nez, Thierry Roland va mieux.
Le match de TF1 Le niveau et les enjeux de la rencontre n'étant pas exceptionnels, les équipes de TF1 ont pu s'illustrer un peu plus que d'habitude. L'événement majeur était bien entendu le retour de Thierry Roland, dont l'absence, étrangement, a correspondu exactement à la trêve des Bleus, comme si les dieux du football tenaient absolument à ce que nous ne rations rien de la longue carrière du pape des commentateurs. On notera donc l'hommage ému qu'il rendit en toute fin de match "au personnel hospitalier de France", à la manière d'un autre miraculé, collègue d'écran — l'inénarrable Jean-Marc Sylvestre qui se transforma subitement en défenseur acharné des services publics, le temps que les effets de l'anesthésie se dissipent. Pour le reste, rien n'a changé, à la manière de l'infographiste de TF1 qui persiste à croire que l'équipe de France joue en 4-3-3. Toujours avare d'analyses et de faits, notre TR nous signale tout de même en début de match que "la dernière fois que la France est venue en Suisse, c'était à Lausanne et elle avait perdu 2-1 si j'ai bonne mémoire". Traduisez : "Si j'arrive encore à lire L'Équipe d'aujourd'hui". Yakin sera pour sa part transformé en Hakin et un léger anachronisme fera annoncer la "question Minitel". Des bugs très ordinaires. Sur le plan humanitaire, pas de jeune footballeur décédé cette fois, mais au rayon clientélisme bon enfant, un tournoi de jeunes à Annemasse. Côté auto-lubrification, rien de très original non plus. L'évocation du président du club d'Amiens débouche sur la mention de Jean-Pierre Pernaud. Nous apprenons la date d'anniversaire de Jean-Michel Larqué, et que celui-ci a réservé le maillot de Wiltord.

S'il pouvait le lécher, il le ferait.
Pascal Praud (dont nous avons su qu'il fut mouillé par l'orage genevois) n'a pas manqué sa séance de liquéfaction devant son idole, faisant suivre son interview de Zidane par les flagorneries d'usage. "Il est quand même formidable, en plus il est toujours disponible, il vient de jouer pendant une heure et il répond gentiment aux questions". Les dizaines de joueurs interrogés chaque saison sur le banc après leur remplacement apprécieront ce qui les sépare d'une star. Les observations Yakin est un gros comédien : d'abord, il n'est pas blessé, ensuite, il n'est pas milieu offensif. Avec ses cheveux rasés, Dabo ne ressemble à rien. Ou alors à Patrick Bosso en black. Précision suisse : le stade fait 30.000 places, il y avait 30.000 spectateurs. Même déchiré, Wiltord est bon. La déclaration à domicile Marcel Desailly : "J'espère qu'on va marquer le troisième pour faire plaisir au public". Le commentaire à forte valeur ajoutée Thierry Roland : "Zuberbühler a le même prénom que notre ami Pascal". Les titres auxquels vous avez échappé Genevois rien venir. Canton de veaux. La France écarte les Suisses. Coucou double. Helvète to hell. Marlet et les "où est l'heure?".
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