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Satta Massagana

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Le foot dans la lucarne des Guignols

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British gazon, numéro 2

Le Football, un enjeu électoral… Ailleurs

Alors que les campagnes électorales françaises passent sous silence les questions relatives au sport en général, le football en particulier entre parfois de plain-pied dans le débat politique chez nos voisins. Exemples frappants au Portugal autour de l'Euro 2004 et au Royaume-Uni à propos des tribunes debout…
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Lorsque l’équipe de France est en représentation au Stade du même nom, on se bouscule dans la tribune présidentielle. N’importe quel sous-ministre essaie de se faire une place à la lumière des projecteurs, sans parler du Président de la république et du Premier ministre. C’est devenu une véritable annexe au Salon de l’agriculture! Chacun espère s’attirer une partie du capital sympathie des Bleus, et renforcer son image populaire avec l’étiquette "La France qui gagne".
Cependant, une fois les lumières du Stade de France éteintes, tous semblent presque oublier ce sport. Les programmes des candidats ne disent pratiquement pas un mot sur le sport en général. Pourtant, le débat sur le foot business et sa probable première crise économique, annoncée cette semaine par Le Monde (et il y a quelques mois par Jamel Attal — voir Une bonne crise), pourrait être un exemple appliqué très pédagogique et révélateur des enjeux actuels de notre société. Seulement voilà, le mot d’ordre de la campagne semble être plutôt : "Courage, fuyons le débat!"
A la décharge des candidats et autres animaux politiques, il faut bien avouer que pas grand monde ne leur demande de se prononcer sur le statut des clubs professionnels, leurs difficultés économiques, les droits TV et radios, le dopage, la violence, etc. Dans d’autres pays toutefois, le football est bien plus implanté socialement et culturellement. Il devient donc un objet de campagne électoral… et de promesses qui n’engagent que les électeurs.

Portugal : l’Euro 2004 coule la gauche… et presque la droite
Porto, 2001. Les élections municipales portent à la mairie le candidat local du PSD (droite), parti alors dans l’opposition au niveau national. Dans le reste du pays également, cette vague orange (la couleur du PSD) provoque la surprise, et l’anticipation des législatives, qui viennent de se dérouler. Dans la ville du champion du Portugal, le débat s’est focalisé autour du coût de la construction du nouveau stade, nécessaire pour l’accueil de l’Euro 2004. Trop cher! Anibal Silva, ancien premier ministre PSD, déclare ainsi que l’Euro aurait fait perdre au pays des points de croissance économique. Et le leader du PSD, Jose Manuel Barroso, exige de stopper ces dépenses. L’argument fait mouche pendant la campagne municipale. L’Etat portugais ne prenant en charge que 25% du coût de la construction des stades, le poids de l’investissement est de fait relativement lourd pour les villes et les clubs qui s’endettent.
Dans l’euphorie de son élection, le nouveau maire de Porto fait preuve d’amateurisme politique en appliquant la promesse électorale de son chef. Il remet ainsi en cause la convention qui répartit les 75% restants entre le club et la ville. Le Président du FC Porto ne se démonte pas et interrompt les travaux. Mais à jouer avec le feu, on arrive à se brûler. Une campagne dans le style "combien ça coûte?" fonctionne toujours.
Mais le futebol est le futebol. L’opinion publique se retourne donc, et se mobilise autour d’Eusebio et d’autres stars du football portugais pour sauver l’Euro 2004. L’UEFA avait en effet menacé d’attribuer en catastrophe l’organisation de la compétition à une Allemagne toujours prête. L’impact électoral est non négligeable aux législatives suivantes. Aux derniers sondages, le PSD avait perdu 20% de voix par rapport aux municipales dans la région de Porto. Ce retour de bâton a même relancé le Parti Socialiste, au point d’empêcher le PSD, tout de même arrivé en tête aux législatives, d’obtenir une majorité absolue. Bien sûr, l’Euro ne fut pas le seul thème de la campagne. Mais pas forcément le plus négligeable non plus.

Royaume-Uni : Blair rattrapé par ses promesses de 1995
Les Britanniques tiennent à leurs traditions culturelles. Chaque campagne électorale voit ressurgir des débats aussi passionnants que le niveau minimal de bière qu’un barman doit servir dans une pinte. Ne rigolez pas, les élections approchant, Tony Blair vient de faire passer un projet de loi en ce sens. Avantage du sortant, il peut concrétiser une promesse électorale avant le scrutin. En revanche, les nombreux amateurs de football populaire attendent toujours la réalisation d’une autre promesse, datée de 1995: le retour des places debout.
Au Royaume-Uni, nombreux sont les nostalgiques des grandes terraces où s’entassait debout la working class, dans ces stades aux affluences dépassant parfois, avant-guerre, les cent mille spectateurs. L’atmosphère est moins chaude dans de nouvelles installations nettement plus aseptisées. Normes de sécurité obligent. Mais il en faut plus pour abattre les défenseurs du football populaire qui ont ainsi créé la Safe Standing Areas (SAFE). Leur objectif n’est pas de recréer les mythiques terraces comme la Jungle du Celtic Park de Glasgow — la dernière à avoir résisté jusqu’aux années 1990 — mais d’aménager quelques zones, comme cela se fait dans les stades allemands les plus populaires. Le temps d’un match de championnat, les sièges amovibles sont retirés, et peuvent être réinstallés pour les matchs européens. Ces zones répondent en outre aux exigences de sécurité.
Tout le monde y gagnerait, y compris les amateurs de spectacles assis qui doivent faire le yo-yo au gré des standing ovations des amateurs de spectacles debout. Si les Allemands l’ont fait, pourquoi pas nous, se sont dit les militants de SAFE? Malheureusement pour eux, la Fédération Anglaise ne l’entend pas de cette oreille. Ces aménagements coûteraient près de 1.5 M€. Qui paierait? De plus, les clubs préfèrent largement accueillir l’amateur assis, réputé plus consommateur que le nostalgique de terrace.

Pas démonté par tant d’adversité, le SAFE interpelle sur le sujet le ministre de l’intérieur du cabinet fantôme de l’opposition travailliste de l’époque, Tony Blair. Répondant avec toutes les précautions oratoires nécessaires, le futur prime minister a quand même promis le retour des standing areas… que les fans attendent toujours. A l’approche de nouvelles élections, ceux-ci ne veulent plus se contenter de belles paroles : "Get up, stand up! Stand up for your rights… to stand up!"
Tremble, Tony Boy, le peuple se lèvera !

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