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Mehdi Hamzi

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Le décret Alfano ou la "main dure" du gouvernement italien

Aux lendemains de la mort d'un supporter napolitain en marge de la finale de la Coupe d'Italie, le ministre de l'Intérieur a accélèré une répression qui va plus frapper les supporters que la violence.

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Début août, le gouvernement italien a approuvé un décret au sujet du football, proposé par son ministre de l’Intérieur Angelino Alfano, avec pour notion centrale le traitement de la violence. Il fait clairement écho aux événements survenus à Rome, lors de la dernière finale de Coupe d’Italie entre Naples et la Fiorentina, ayant entraîné la mort du supporteur napolitain Ciro Esposito, et aux promesses de sanctions sévères à l’encontre des futurs fauteurs de troubles.
 


Un plan Vigipirate appliqué aux supporters

Le nouveau texte juridique édicté vise essentiellement à cicatriser le Calcio de ses plaies en appliquant la thérapie radicale du tout-répressif. Il se décline en une série de mesures dont certaines consistent en une extension et/ou un durcissement de l’arsenal répressif déjà existant. À commencer par les interdictions de stade qui pourront dorénavant être prononcées en rétorsion à des actes commis à l’extérieur des enceintes sportives. Elles pourront frapper, sans distinction individuelle, des groupes de tifosi (pour une durée pouvant aller jusqu’à trois ans), et ont été alourdies pour les récidivistes. Ces derniers tomberont sous le coup de peines planchers d’une durée de cinq ans extensibles jusqu’à huit.
 

Ils feront également l’objet d’une application à leur encontre de mesures initialement anti-mafieuses et anti-terroristes, à savoir le “dispositif de surveillance pour la sécurité publique” qui permet, entre autres, de tracer des périmètres d’interdiction autour des stades et de contraindre les individus à "pointer" pendant les matches. Une sorte de plan Vigipirate appliqué aux supporters. Les actes racistes sont aussi visés par le décret avec la mise en place du “flagrant délit différé” qui prévoit l’interpellation de leurs auteurs jusqu’à quarante-huit heures après les faits. La lutte contre les fraudes sportives, à savoir les matches truqués, également objet de l’acte législatif, pourra condamner les escrocs jusqu’à neuf années de réclusion.
 

L’acte ministériel comprend un versant structural, Alfano veut inciter les clubs à mettre les arènes sportives aux normes de sécurité en simplifiant les procédures administratives. Enfin et surtout le ministre de l’Intérieur s’arroge le droit de frapper d’interdiction de déplacement des groupes de tifosi sans nécessairement qu’il y ait eu d’incident au préalable.
 


"Rendre le ballon aux Italiens"

Angelino Alfano, dont le parti NCD (Nouveau centre droit) a récemment vu sa cote de popularité baisser en flèche, semble vouloir à tout prix remporter l'adhésion de l'opinion. Son grand écart entre le volet contre le racisme de son décret et ses déclarations au sujet des vendeurs ambulants immigrés, ou encore ses promesses de représailles à la suite de la mort de Ciro Esposito abondent dans ce sens. C'est donc un homme politique démagogue qui a ainsi tenu à rassurer la population: “Avec ce décret, nous avons voulu dire que l’État a perdu patience avec ceux qui veulent gâcher le football pour rendre le ballon aux Italiens. Et nous avons utilisé la méthode forte afin que ce qui est arrivé à l’Olimpico de Rome ne se reproduise pas”.
 

Un ministre complaisant, et serviable, puisqu'il s'est également évertué à protéger le préfet de Rome contre ceux qui pointaient du doigt ses négligences dans l'organisation de la finale, notamment avec des bus napolitains dirigés sans escorte pour y être stationnés vers des "bastions" d'ultras romains.
 

Le gouvernement italien compte donc karchériser son football par le décret Alfano en n’associant pas de chapitre préventif au répressif. Mais guérir le Calcio des toxines qui le nécrosent demande cependant un travail en profondeur si l'on admet l’hypothèse qu'elles germent au sein même de la société italienne. La réponse proposée par l’État pose aussi la question de sa capacité de réponse à une violence multiforme et prête à surgir des recoins les plus inattendus, comme sur ce supporter romain poignardé sur son lieu de travail, à Naples, probablement en représailles à la fusillade de Rome…
 

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