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Le pas bon, la brute et le revenant

Le coup de Torshavn

Féroé-France : 0-1 – Les Bleus ont fait ce qu'il fallait, pas plus, pour ne pas tomber dans le piège du stade Torsvollur. Avec une nouvelle énigme Anelka et un projet de jeu à rude épreuve...
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Après son doublé contre la Lituanie et le match amical contre la Turquie, voilà une quatrième victoire de l'équipe de France sur le score de 1-0 qui, contre les Féroé, contresigne son problème d'efficacité. D'autant qu'en 2009, la sélection a aussi vu l'Argentine (0-2) et le Nigeria (0-1) s'imposer chez elle sans concéder de but... On aurait pourtant tort d'user d'un certain mépris pour l'adversaire du soir, nos îliens ayant perdu l'habitude de subir des piquettes. Le problème des "petites équipes" injouables date lui-même d'une bonne décennie: un certain Andorre-France, placé pile entre les sacres de 1998 et 2000 et remporté d'un penalty pas très bien tiré de Franck Lebœuf à la 86e minute, faisant office de référence absolue en la matière. Tant pis pour les scores fleuve qui permettaient jadis à L'Équipe de titrer "Les Bleus en leur jardin" quand ils allaient écraser le Luxembourg.

Programmez début août un tel match-traquenard-dans-un-stade-bucolique contre des amateurs survoltés, et vous avez la recette du parfait pensum footballistique, dont les médias résument l'intérêt à l'éventualité d'une catastrophe. Ce mince-1-0 alimentera quand même le procès du sélectionneur-trop-frileux-avec-ses-deux-milieux-défensifs, en attendant mieux.

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L'impossible M. Anelka

La composition de départ a été celle du France-Turquie de juin, exceptions faites de la pointe (Gignac pour Benzema) et de la charnière centrale (Escudé-Gallas pour Mexès-Boumsong). Même le remplacement de Malouda par Ribéry après l'heure de jeu a été calqué sur le match de Gerland. Le schéma, lui, a obéi au 4-2-3-1 consacré la saison dernière... avec toutefois une anomalie majeure: le placement énigmatique d'Anelka, résolument axial, qui a induit une dissymétrie très marquée du dispositif.

Alors que l'animation du flanc gauche a été constante et a produit la majorité des occasions (le but consacrant très logiquement un échange Évra-Malouda-Gignac), Sagna a eu devant lui une zone désertée par ses coéquipiers. C'était déjà sacrifier beaucoup de variété de jeu, d'autant qu'Anelka n'a pas apporté de solution crédible dans cette position. On se souvient que le problème s'était posé à l'identique contre le Nigeria à Geoffroy-Guichard: le Londonien était constamment venu dans la zone de Benzema, avec un rendement très faible. il avait ensuite renoué, trois jours plus tard contre la Turquie, avec un placement plus excentré et une prestation honorable.

Ribéry étant entré à la place d'un bon Malouda, alors que le Munichois pouvait tout autant évoluer à droite, on peut avoir en outre l'impression qu'il s'agissait là d'un choix tactique puisque Raymond Domenech n'a pas désavoué son joueur. Un peu difficile à expliquer en l'état de nos connaissances, sauf à évoquer une faiblesse préalablement constatée sur le côté défensif droit de l'équipe locale, ou la volonté de conclure en enfonçant l'axe...


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Nosferatu, le diabolique prince des ténèbres qui a juré la perte de l'équipe de France.

La ligne continue

Le débat sur un schéma impliquant la présence de Lassana Diarra et Jérémy Toulalan va connaître de nouveaux épisodes, alors que l'empilement de joueurs à vocation offensive, dans une zone étroite et étroitement quadrillée, n'a rien de la panacée généralement présentée: les difficultés de Gourcuff, pourtant soutenu, en témoignent. Devant la nécessité de jouer très haut et d'amorcer les actions face aux adversaires, il faut bien partir de derrière avec une certaine assise. Enfin, l'étroitesse du score, elle, ne permet pas de laisser des contres aggraver le problème si la réussite est au bout de l'un d'eux.

Le jeu des Bleus est donc beaucoup passé par la gauche, avec une alternance de débordements par l'extérieur et de repiquages vers l'intérieur. Les nombreux centres et les ballons reçus par les attaquants dans l'axe de la surface auraient logiquement dû se traduire par une meilleure efficacité. Il a parfois manqué de la réussite, mais c'est plutôt de justesse des placements et de brio dans les derniers gestes qu'il faudrait parler. Un reproche auquel échappe Gignac, souvent contré comme les autres, mais qui a trouvé l'ouverture avec une frappe conçue et exécutée pour aller cingler les filets.

L'équation est connue: l'efficacité de ce dispositif dépend beaucoup des expressions techniques individuelles. Avec des joueurs majeurs absents, à court de rythme ou à temps partiel (l'association Gourcuff-Ribéry n'a ainsi duré qu'une demi-heure), contre, il y avait peu de chances de voir la France surclasser un adversaire bétonneur. Mais elle a accompli sa mission, fut-ce a minima, sans briller ni vraiment trembler.
En choisissant de préserver cette continuité tactique plutôt que d'adapter constamment son dispositif, le sélectionneur attend que l'équipe ainsi configurée progresse et parvienne à résoudre tous les types de problèmes qui peuvent se présenter à elle. En attendant d'atteindre une expression plus accomplie et une plus grande constance, elle montre déjà son potentiel. Même s'il faut un peu écarquiller les yeux quand elle évolue à Thorshavn.


La conclusion
Pourvu qu'ils ne nous invitent pas pour l'inauguration de leur nouvelle tribune.



Le match de TF1
L'effet Larqsen
Jean-Michel Larqué : "Ils s'appellent tous 'sen' alors..."

La lumière du jour
Christian Jeanpierre : "La frappe de Toulalan au-dessus des tribunes en construction... Car ici, on construit des tribunes, même s'il n'y a pas d'éclairage".

La grande faucheuse
Raymond Domenech : "Le problème?  Le problème c'est qu'il faudrait tondre la pelouse".

L'autre rapport Besson
Jean-Michel Larqué : "Il y a les grands Bleus qui sont ce soir contre les Feroé et y a les Espoirs qui joueront contre la Pologne".

Le recyclage sans intérêt d'une vanne lue dans L'Équipe du jour 
Christian Jeanpierre : "Les Iles Féroé qui se trouvent au 163e rang de la FIFA, juste devant le Lesotho".


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