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Etienne Melvec

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Born Toulouse

Le chant du Racing

La relégation du RC Lens apparaît comme le résultat d'une politique sportive qui n'a pas suivi les ambitions économiques de son président. Le club est au pied d'un mur qu'il a lui-même construit...
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Les anniversaires sont parfois douloureux: il y a dix ans, le RC Lens remportait le titre de champion de France. Quatre années plus tard, il s'inclinait, à l'ultime journée lors d'une "finale" à Gerland restée mémorable, face à un OL qui entamait alors une série encore en cours à ce jour. Surtout, c'est avec la saison prochaine que s'achèvera, en Ligue 2 donc, le fameux "plan quinquennal 2004-2009" du président Martel, qui prévoyait des participations régulières à la Ligue des champions, l'obtention d'une coupe et une croissance solide.


martel_mine2222.jpgMartel à son propre piège

Les Nordistes ne sont toutefois pas passés si loin de ces objectifs puisqu'au cours des deux saisons précédentes, ils ont échoué au pied du podium (4e et 5e places), et qu'en mars dernier, ils se sont inclinés en finale de la Coupe de la Ligue face au Paris-SG. Mais évidemment, même si elle ne s'est jouée qu'à la dernière journée, la relégation résulte d'une certaine logique: avec une première victoire obtenue seulement lors de la 8e journée et une saison presque entièrement passée entre le dernier bourrelet du ventre mou et la zone de relégation, elle avait pris le caractère de la fatalité. Surtout, quelle que soit la fameuse "responsabilité des joueurs", elle sonne comme un sévère désaveu pour les politiques sportives du club.

Pourtant, à chaque fois que, sur ces pages au cours des dernières années, nous nous sommes aventurés à émettre des doutes sur la viabilité de la politique du RC Lens (lire par exemple "Terril en la demeure"), nous avons écopé d'une volée de bois vert de la part de certains lecteurs qui ne voyaient dans notre critique qu'un effet de nos réserves envers les gestionnaires en général et Gervais Martel en particulier – président de l'UCPF, le syndicat patronal, presque toujours aligné sur les positions de son "ami" Jean-Michel Aulas.

Le fait est que Martel a encore été, cette saison, le co-artisan de la création de l'association Football avenir promotion (FAP), sorte de G14 à la français qui prône une politique élitiste visant non seulement à séparer – au sein de la Ligue – les clubs de Ligue 1 des clubs de Ligue 2, mais aussi à distinguer un cercle fermé de clubs "qui investissent" auxquels devrait revenir l'essentiel des ressources (1). C'est encore l'UCPF qu'il préside depuis 1995 et jusqu'à la fin de l'année, qui s'est fait remarquer ces dernières semaines en réclamant une nouvelle "gouvernance" de la LFP: il s'agit de donner l'essentiel du pouvoir aux dirigeants et écartant les autres "familles" du football (2). Autant dire que, depuis la L2, Gervais Martel risque de faire les frais de l'idéologie qu'il a lui-même défendue.


lens_chant.jpg


Racines club

Alors, le Racing s'est-il trompé de modèle? Bien sûr, il y avait une certaine logique managériale à briguer – derrière les trois clubs qui ont a priori plus d'atouts économiques (3) – un rang permettant de monter dans le bon wagon. Pour cela, pas d'autre alternative que d'obtenir des qualifications régulières en Ligue des champions afin de bénéficier du double effet de levier des droits télé, au plan national comme au plan européen. De quoi consolider des fondations garanties par des infrastructures rares en France: un stade modernisé dont le club est propriétaire via un bail emphytéotique et un centre d'entraînement vanté dans tout l'Hexagone.

Mais c'est surtout sur le terrain que le bât a blessé, ces ambitions ne s'y étant pas concrétisées. Le Racing s'est même fait une spécialité des erreurs de casting, concernant aussi bien les joueurs que l'encadrement (avec pour point d'orgue le passage de Rolland Courbis). Faute d'avoir pu ou su conserver un Francis Gillot qui n'avait pas du tout apprécié le contexte de la fin de saison dernière, Martel s'est dramatiquement fourvoyé dans la venue d'un Guy Roux bêta-bloqué qui a laissé sur les bras de son successeur un effectif discuté (4). L'improvisation a ensuite été de mise pour l'arrivée de Jean-Pierre Papin puis son chaperonnage par un Daniel Leclercq qui n'a pas fait illusion très longtemps.

La crise d'identité était déjà patente en janvier 2005, au moment du limogeage de Joël Muller: en avançant à marche forcée vers le modèle économique dominant (loges et merchandising, pour faire court), le club semblait tourner le dos à ses propres racines. Gervais Martel promettait un retour aux valeurs locales. Pourtant, on doit constater aujourd'hui, entre autres, le faiblement rendement de la Gaillette en tant que centre de formation: classé 29e sur 32 en juin 2007 par la Direction technique nationale, il n'a donné cette saison à l'effectif pro que Kevin Monnet-Paquet et Jonathan Lacourt pour respectivement 18 et 17 apparitions en championnat (5).


Aujourd'hui, faute d'avoir concrétisé sur le plan sportif ses ambitions économiques, le Racing risque de souffrir d'un sérieux retour de bâton, en se retrouvant avec des infrastructures surdimensionnées, dont le coût pourrait même compromettre l'équilibre nécessaire à un retour dans l'élite. La cure d'amaigrissement auquel il est d'ores et déjà promis permettra-t-elle de reconstruire un modèle placé aujourd'hui sur la sellette? Gervais Martel, dont la crédibilité est forcément entamée, reste à ce jour légitime en tant que maître à bord, son capital sympathie et son engagement personnel ne paraissant pas altérés. Mais le défi qui se présente désormais à lui pourra difficilement être relevé sans une sérieuse remise en question.



(1) FAP réunit Lyon, Bordeaux, Lille, Lens, Monaco, Toulouse et le Paris Saint-Germain – Pape Diouf ayant mis un terme à une participation de l'OM qui s'était initialement faite dans son dos (lire "Comment l'élite veut rétrécir le foot", CdF #39).
(2) Le conseil d'administration de la Ligue passerait de 25 à 19 membres, dont 10 présidents de L1. Les entraîneurs, les joueurs, les entraîneurs et la Fédération ne compteraient plus qu'un seul représentant chacun tandis que les administratifs, les médecins et les arbitres en seraient exclus.
(3) Lyon, Paris et Marseille disposent de bassins de population plus grands, d'une "popularité" acquise qui leur vaut des retransmissions plus nombreuses (ainsi que des droits de télévision proportionnels), de passés et de palmarès plus prestigieux...
(4) En début de saison, Gervais Martel se voulait optimiste: "On veut d’abord donner beaucoup de plaisir aux gens autour de nous. (...) On n’a pas fixé d’objectifs chiffrés, mais des objectifs précis comme retrouver un mental de gagnant. Et vu les matches amicaux et l’Intertoto, la saison se présente bien. Ce n’est pas une saison de transition, le groupe a de la qualité" (La Voix du Nord, 2 août)
(5) Notons que Jonathan Martins Pereira (Ajaccio), Seïd Khiter (Châteauroux), Simon Feindouno (Istres) ont été prêtés cette saison à des clubs de division inférieure. Le Racing fournit un contingent non négligeable de joueurs aux sélections nationales de jeunes, mais leur confirmation est lointaine et hypothétique.
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