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Nico Paul

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Dégrillage

Le Cameroun régale et rigole

Le choc des continents entre Amérique du Sud et Afrique a donné lieu à une sympathique partie entre de généreux Camerounais et de biens tristes Brésiliens. Carte postale du Stade de France, ou le spectacle était aussi dans les tribunes.
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Si les champions du monde ont suffisamment de joueurs de haut niveau pour créer trois équipes A, comme aime à le dire la rumeur, ce devait être la quatrième équipe qui était sur le terrain du Stade de France hier soir. Peu inspirés, les Brésiliens ont dominé vingt minutes leurs adversaires camerounais avant de décliner peu à peu lors des soixante-dix suivantes. Il leur faudra un peu plus de motivation pour venir à bout des Turcs et des Américains et éviter une gênante élimination au premier tour, même dans une compétition décriée. De leur côté les Camerounais, volontaires mais quelque peu limités, ont régalé leur public et inscrit un but somptueux.

Un seul être vous manque...
Le match Dès le coup d'envoi du match, les Brésiliens prenaient le jeu à leur compte. Gênés par la vivacité des champions du monde, les camerounais peinaient dans la récupération, et se voyaient obligés de camper dans leur 30 mètres. Les Brésiliens étaient d'ailleurs les premiers à se rendre dangereux, par l'intermédiaire de Juan, qui manquait totalement sa tête, en position pourtant idéale seul face au but (11e). Quelques minutes plus tard, Lucio entamait une série de dribbles plein axe, et servait Adriano, qui, après un cafouillage dans la surface de réparation camerounaise, armait une frappe puissante bien captée par le gardien. Pourtant, à la 20e minute, Eto'o, bien lancé en profondeur, réveillait ses coéquipiers en décochant une première flèche vers les lignes adverses. Petit à petit, le jeu s'équilibrait, et les Lions parvenaient de plus en plus souvent à s'approcher de la cage de Dida. A la 30e minute, un ballon bêtement perdu dans l'entre jeu brésilien parvenait à Idrissou qui centrait pour Foé, dont la tête cadrée atterrissait dans les bras du portier Milanais. Le match s'appesantissait petit à petit, et il fallait attendre le temps additionnel de la première mi-temps pour se délecter d'un déboulé de Ronaldinho: après avoir récupéré le ballon dans le rond central, le jeune prodige se lançait dans une course dont il a le secret mais voyait sa frappe contrée à l'entrée de la surface. La deuxième mi-temps reprenait sur un rythme nonchalant, les camerounais prenant cette fois clairement le jeu à leur compte. Visiblement émoussés, les Brésiliens reculaient et laissaient leurs adversaires faire courir le ballon. Une stratégie plutôt efficace puisque ces derniers ne parvenaient que rarement à les mettre en danger, si ce n'est sur une frappe cadrée d'Eto'o à la 61e minute. Celle-ci avait le mérite de relancer les offensives des Lions Indomptables, qui bénéficiaient de plusieurs corners dans la foulée. A une douzaine de minutes de la fin, les Brésiliens commençaient à faire tourner le ballon vers les bases arrières. Le public appréciait moyennement. Mais les sud-américains étaient rapidement punis : sur une balle mal dégagée, Job, entré en cours de jeu, lançait Eto'o d'une tête puissante dans l'axe. L'attaquant majorquin prenait de vitesse son vis-à-vis, et, à vingt mètres du but, ajustait une superbe demi-volée qui lobait Dida (83e). Le stade explosait. La fin du match était pourtant du même tonneau : les Brésiliens ne semblaient pas indisposés par cette courte défaite, même si Belletti était l'auteur d'une magnifique frappe sèche du gauche qui frôlait la lucarne. Sur une dernière chevauchée infructueuse d'Eto'o, l'arbitre sifflait la fin du match, et une courte victoire méritée de Lions indomptés. L'ambiance 5.000 supporters camerounais feront toujours plus de bruits que 20.000 "ultras" de l'équipe de France, dûment sponsorisés par Carrefour et entraînés au chant par Francis Lalanne. Massés dans le virage sud du Stade de France, les fanatiques des Lions Indomptables, aidés par de nombreux acolytes disséminés dans les autres tribunes, ont donné de la voix avec ferveur tout au long de la partie. Ces derniers se sont même permis un ironique "On est les champions" en fin de match, rappelant que leurs joueurs venaient de battre l'équipe vainqueur du Mondial nippo-coréen sur une pelouse décidément maudite pour eux. Sans doute une des nombreuses conséquences de la présence de sorciers dans les travées. Les supporters sud-américains, également très nombreux, comptaient quant à eux dans leur rangs de nombreux français, qui avaient revêtu la tunique auriverde pour l'occasion. Un public qui s'est montré particulièrement bon enfant, ce qui pourrait s'expliquer à la fois par un enjeu somme toute modeste, et par la composition d'un panel de spectateurs bien plus féminisé qu'à l'accoutumée dans ce genre de rencontres.

Oui mais nous, on a Francis Lalanne.
Quelques gars Côté Camerounais, l'homme du match est sans contestation possible Jean-Joël Perrier-Doumbé. Le latéral des Lions indomptables a tout simplement dégoûté les divers adversaires qui se sont présentés dans sa zone. La plupart sont ainsi venus s'isoler et tenter vainement de le déborder tout au long du match. Sa relance particulièrement propre a également contribué à libérer son équipe du marquage adverse, en particulier en début de match, lorsqu'il était le plus intense. C'est d'ailleurs l'ensemble de la défense camerounaise qui doit être félicitée. Rugueux, Rigobert Song a été efficace pour dégager en touche ou dans les tribunes lorsqu'il le fallait. Ce n'est pas vraiment du grand football, mais le capitaine camerounais doit être bien rassurant pour ses partenaires. Au milieu de terrain, les Camerounais ont été en difficultés. Geremi, par exemple, a touché très peu de ballons, et son activité s'est avérée assez réduite tout au long de la partie. Une lourdeur qui contraste avec le jeu de Samuel Eto'o en attaque, qui a été virevoltant. Rapide, le Majorquin possède de plus une conduite de balle irréprochable qui lui permet de créer le danger en permanence. Outre son magnifique but, il aurait pu doubler la marque en toute fin de match sans une excellente sortie de Dida. Côté Brésilien, c'est Belletti qui a sorti son épingle du jeu, dans une formation amorphe. Très vif dans son couloir, le joueur de Villareal a sans cesse chercher à provoquer ses adversaires balle à pied et à offrir des solutions à son milieu de terrain. Intraitable en défense, il aurait même pu égaliser dans le temps additionnel sur une puissante frappe du gauche qui a terminé sa course à une poignée de centimètres de la lucarne gauche du portier camerounais. Dida a également fait une bonne partie : il s'est surtout illustré par une prise de balle impeccable sur la demi-douzaine de tir cadrés des Lions indomptables. C'est en revanche le désert au milieu de terrain. Positionné en meneur de jeu, Ricardinho a touché beaucoup de ballons mais en a bonifié trop peu. Très frileux, il n'a pas suffisamment cherché à générer les offensives et abusé des passes en retrait. Que dire de Ronaldinho ? Comme souvent, la performance du Parisien est grandement conditionnée par sa position sur la pelouse. Placé aux avant-postes, il n'a eu que très peu de bonnes occasions à négocier, et doit ses deux ou trois chevauchées crinière au vent à des replis défensifs qui lui ont permis de ratisser quelques ballons. Son compère d'attaque Adriano a été transparent. Peu d'appels, une incapacité à éliminer son adversaire en un contre un. Les observations Ronaldo aurait-il refilé son genou usé à Adriano ? Racisme : Rigobert Song relance aussi mal que Franck Lebœuf, mais jamais personne ne le conspue sur les terrains de l'hexagone. Ronaldinho a été sifflé par le Stade de France. Francis Lalanne aurait décidé de lui écrire une chanson pour le consoler. Proportionnalité : Ricardinho a moitié moins de cheveux blancs que Ravanelli, mais aussi moitié moins d'équilibre.
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