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Jamel Attal

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C'est bien parti

Le Brésil, meilleure équipe du monde ou danse de l'été?

L’unanimisme et l’admiration béate envers la Seleçao portent d’autant plus sur les nerfs que la réalité est bien moins idéale : le spectacle finit par être l’ennemi du jeu.
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Les Brésiliens sont des artistes, Ronaldo un phénomène. Fin du débat, début de l’adoration. Pour susciter la même admiration qu’un Brésilien, l’international lambda devra en faire cinq fois plus avant que les commentateurs divers ne le saluent. Et l’on subit à longueur de journée les litanies admiratives, les sempiternels éloges, les sanctifications, les déclarations d’amour.

“Ce fut ce soir le Brésil dont on rêvait“ a-t-on entendu au terme du match contre le Maroc. Ah bon, ce n’est donc que ça? En guise de spectacle, il faut se contenter de vingt secondes de Ronaldo et de deux déboulés de Cafu. En première mi-temps, les Auriverde ont complètement disparu après le but, et les tribunes de la Beaujoire étaient tétanisées, non par d’époustouflants mouvements collectifs mais par l’ennui croissant. Mais ça n’empêche pas Thierry Gilardi de s’auto-suggérer “une demi-heure de beau jeu brésilien“ à partir de quelques jolis gestes aussi isolés qu’improductifs. “On a vu Ronaldo et ça c’est un bonheur“ nous certifie Gérard Holtz avec le sens de la prise de risque et de la provocation qui le caractérise. D’ailleurs, l’avant-centre brésilien ne marque pas de buts, uniquement des “chefs d’œuvre“.

Il y a deux Brésil: celui dont on rêve, et celui qui affronte sans grand panache la dure réalité de la compétition. Mais, victimes d’hallucinations, la plupart de nos contemporains continuent à voir le premier en regardant pourtant le second. Au plan mondial, la Seleçao est pour Nike un merveilleux support publicitaire qui fait vendre des milliers de maillots et fournit d’innombrables sujets de pub. Le jeu brésilien est complètement idéalisé, il devient une pure image et sa supériorité une évidence incontestable, un lieu commun que rien ne peut démentir, pas même le style très moyen des sélections de 1994 et 1998.

Les exploits individuels, les petits gestes virtuoses et les rushes de Ronaldo sont les jolis arbres (très télévisuels, mais plus utiles pour faire des ralentis que du jeu, et plus intéressants dans les résumés que dans le match) qui cachent une forêt moins luxuriante que sur les photos de l’agence de voyages.
Si les latéraux sont admirables, la charnière centrale est d’une rare indigence technique, ne compensant que par sa masse; les récupérateurs ne sont pas flamboyants non plus, même si le disgrâcieux Dunga est un leader enviable. Quant à l’attaque, à l’exception évidente de sa pointe extrême, elle est un vaste réseau de polémiques et de rivalités. En l’absence de réel meneur de jeu, les milieux offensifs jouent aux chaises musicales; on sait que Leonardo n’est pas un génie, et que Denilson ou Rivaldo n’ont pas vraiment le profil. Les débats brasilo-brésiliens sont très vifs à propos de Bebeto ou Edmundo, et les conflits internes dégénèrent parfois en bagarres entre les joueurs. Avec toutes ces interrogations, la sélection a offert des prestations très irrégulières lors des tournées des deux dernières saisons, qui évoquaient plus Barnum ou les Harlem Globetrotters qu’un programme de préparation. Mais si certains spécialistes émettent quelques doutes, l’unanimité et une indulgence sans limite continuent à prévaloir, allant jusqu’à faire passer les deux apparitions des favoris pour des spectacles de haute volée. Bien sûr, le Brésil justifie son statut de favori (mais pas avec la marge qu’on lui attribue): on aimerait cependant que ses promesses soient vraiment tenues, et que le crédit illimité qui lui est consenti soit payé d’intérêts plus substantiels.

On peut enfin se demander si le football de l’équipe actuelle du Brésil n’anticipe pas sur un style de jeu qui se rapprocherait du basket de la NBA: un sport-spectacle fait de duels opposant des individualités surdouées, qui enchaînent les gestes spectaculaires comme on enfile des perles, mais qui ne produisent plus de jeu et n’ont plus besoin de collectif. De quoi s’inquiéter.

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