auteur
La rédaction

Du même auteur

> article précédent

Ryan Giggs : sa vie, son oeuvre

> article précédent

Falcao : « Je suis un combattant »

Le bilan tactique de l'Euro

Dans un Euro assez pauvre tactiquement, le minimalisme a globalement été la norme. Parmi les faits marquants, le peu de variété des systèmes mais la réussite des défenses à trois, l'importance des créateurs reculés et le retour des attaquants grands et costauds.

Partager

 

Le temps a (plus ou moins) fait son oeuvre et la page se tourne progressivement. Le difficile retour au football de club, son niveau balbutiant à cette période de l'année et son enjeu qui semble dérisoire en comparaison, se fait jour après jour. Mais, paradoxalement, la curiosité est plus grande maintenant qu'elle ne l'était en juin. On se questionne sur le visage qu'aura le PSG d'Unai Emery, qu'on voit déjà énormément utiliser ses latéraux, on étudie les débuts du jeu de position du Manchester City de Pep Guardiola et, comme souvent, on s'interroge sur la compétitivité de clubs français plutôt frileux sur la scène européenne après une première journée sans victoire. Beaucoup de styles de jeu, de transferts, d'idées plus ou moins bonnes. L'émotion a laissé place à l'observation.

 

 

Pas de risques

Avec un vainqueur comme le Portugal, au minimalisme et au pragmatisme assumés, l'Euro qui vient de se finir ne donnera pas le ton des grandes tendances tactiques à venir. On s'y attendait, tant le football de sélection a pris du retard sur celui de club, la faute notamment à des contraintes que seuls des entraîneurs d'exception parviennent à contourner. Le manque de temps de préparation, la longueur (un mois) de la compétition qui incite à la gestion des efforts, le manque d'automatismes sont autant d'excuses toutes faites pour justifier les lacunes affichées et la simplicité du jeu développé.

 

Antonio Conte a pourtant tordu le cou à ces idées reçues, en s'appuyant certes sur la base défensive de la Juventus Turin, mais en réussissant surtout à inculquer en quelques semaines à ses joueurs les principes d'un plan tactique clairement défini dans chaque phase de jeu, animé par l'effort collectif et des mécanismes précis. Le léger CV de la grande majorité des sélectionneurs, une tendance de plus en plus forte et confirmée par les galères du Brésil (qui a fini par mettre fin à l'expérience Dunga) et de l'Argentine (qui prend tellement de refus qu'elle devra bientôt se rabattre sur Luis Fernandez), n'a pas favorisé une grande bataille d'idées.

 

 

De manière générale, peu de formations ont pressé haut, tant cela nécessite des habitudes collectives bien ancrées, préférant se replier dans leur camp à la perte du ballon. Peu de sélections, également, ont affiché une identité de jeu forte avec le ballon. La Hongrie fait figure d'exceptions parmi les “petits”, elle qui, même limitée en talent, avait les intentions louables de toujours repartir court, au sol. La plupart se situaient dans un entre-deux, pas vraiment équipe de possession ni équipe de transition, le tout sans beaucoup de rythme. Celles vraiment orientées jeu de position, l'Allemagne et l'Espagne, ont fini par payer le manque d'intensité de leur circulation du ballon qui les guettait parfois – et des erreurs individuelles forcément plus visibles quand on joue très haut.

 

La Hongrie, si enthousiasmante quand elle emballait le jeu, a fini par payer le prix du manque de discipline défensif qui en découlait en tombant lourdement contre la Belgique. Elle-même a pris la porte contre des Gallois plus patients. Malheureusement pour les spectateurs, ceux qui s'exposaient explosaient et c'est le passage de la construction à la destruction, symbolisé par l'intégration d'un Adrien Silva uniquement là pour embêter le meilleur milieu adverse, qui a permis au Portugal de changer son destin.

 

 

Le retour des pivots

Le côté “tactique molle” s'est retrouvé dans le peu de variété des systèmes. Dix-huit des vingt-quatre engagés ont débuté au moins un match en 4-2-3-1 ou en 4-3-3. Le reste? Les 4-4-2 islandais, polonais et suédois, le 4-4-1-1 irlandais qui s'en rapproche. Restent l'Italie et le Pays de Galles, seules formations à jouer durablement avec une défense à trois (l'Irlande du Nord et l'Allemagne, contre l'Italie justement, y ont aussi eu recours). La première en 3-5-2, la seconde en 3-4-2-1. Pour la Squadra Azzura, cela permettait, on l'a mentionné, de s'appuyer sur sa principale force: la défense turinoise. Pour les Gallois, l'idée était de libérer Gareth Bale offensivement en mettant du nombre défensif derrière lui, compensant du même coup les lacunes individuelles. Et cela a fonctionné, face à des adversaires aux animations offensives trop peu poussées pour faire des réelles différences contre des blocs regroupés.

 

Pour autant, les exemples des Pays-Bas et du Costa Rica en 2014 n'ont conduit qu'à un retour minoritaire des systèmes à trois centraux, et l'impact devrait être le même après cet Euro. Plus que jamais, les compétitions internationales doivent être vues comme des tournois à gagner plutôt que comme des marqueurs de l'évolution du jeu. Et, forcément un peu aussi, comme un rappel que le football appartient aux joueurs.

 

Dans cette configuration, les espaces offensifs ont ainsi été globalement rares. En début de compétition, cela a permis de mettre en valeur les créateurs reculés, au milieu de terrain (Toni Kroos, Luka Modric) comme en défense centrale (Leonardo Bonucci, Jérôme Boateng, Mats Hummels). Les accélérateurs avancés sur le terrain étant en sous-nombre, ces organisateurs plus bas ont été prépondérants. Cela a aussi ressuscité un profil d'avant-centre moins en vue ces dernières années: le pivot, l'attaquant grand, costaud, point d'appui pour ses coéquipiers.

 

Quelques semaines après la défaite de Golden State, apôtre du small ball, en finale NBA, cette réaffirmation des bienfaits du pivot sentait un peu la machine à remonter le temps. L'Italien Graziano Pellè, le Français Olivier Giroud, le Gallois Hal Robson-Kanu, l’Islandais Kolbeinn Sigthorsson et l'Allemand Mario Gomez en sont les symboles, renforcés par le but décisif en finale du Portugais Éder. Face à des blocs regroupés, il fallait quelqu'un pour mettre la pagaille et bonifier des ballons aériens par définition incertains. Mais plus qu'un véritable revival, c'est d'abord le fruit de circonstances tactiques conjoncturelles d'un Euro trop rarement enthousiasmant sur le plan du jeu.

 

Partager

> sur le même thème

La finale vue d'un TGV

> Dossier

L'Euro 2016

L'Euro 2016


Jérôme Latta
2017-10-10

Euro 2016 : un grand coût derrière la tête

Des charges excessives pour les collectivités, un État en position de faiblesse face à l'UEFA, des stades trop grands et trop chers: la Cour des comptes vient de publier un rapport sévère pour l'organisation de l'Euro 2016. 


Richard N
2016-12-27

Eder 2016, comme un papillon de nuit

Un jour, un but – Le 10 juillet 2016 au Stade de France, la frappe de l'attaquant portugais Eder fait mouche et brise le rêve d'un troisième sacre européen pour l'équipe de France.


Glen Wilson
2016-08-12

Le meilleur mois de leur vie

When Saturday Comes – L'Euro raconté par un de ceux qu'il a le plus rendus heureux : un supporter gallois qui a suivi et aimé son équipe tout au long du tournoi, de Bordeaux à Lyon. 


>> tous les épisodes du thème "L'Euro 2016"

Sur le fil

Toujours le même discours: trop de matches de sélections, mais pas trop de matches de clubs, bien entendu. Et les b… https://t.co/mkw4m4ejEE

"Emmanuel Macron a fini par saturer les images et nuire autant à la célébration qu’à son autocélébration" -… https://t.co/0Bel28eX4h

[récit de voyage] Pluie de bière et chants offensants: un lecteur raconte la demi-finale et la finale des Bleus en… https://t.co/I9P1d24BpS

Les Cahiers sur Twitter

Le forum

Foot et politique

aujourd'hui à 18h02 - Tonton Danijel : Je suis finalement assez mauvaise langue sur ma députée, je réalise qu'elle est plus souvent à... >>


Qui veut gagner des quignons ?

aujourd'hui à 17h40 - Jean Luc Etourdi : En même temps comment peut-on espérer se qualifier en Coupe du Monde quand on a dans son effectif... >>


CdF Omnisport

aujourd'hui à 17h39 - Karim Ben Fantome : Il lance son sprint trop tot encore, c'est tellement prévisible.Mais Sagan... Non seulement il est... >>


Toujours Bleus

aujourd'hui à 17h31 - Yoop2804 : gurneyaujourd'hui à 17h19Tiens, j'ai maté un résumé de France/Allemagne 14.Alors je sais pas si... >>


Gerland à la détente

aujourd'hui à 17h20 - gurney : Bon, on avait pris de l'avance en janvier, mais on est quand même tout cool sur ce mercato. >>


Etoiles et toiles

aujourd'hui à 17h18 - Toto le Zéro : Un peu plus comique, il y avait les Terence Hill et Bud SpenderLes "Trinita", on aimait ou pas.... >>


Café : "Au petit Marseillais"

aujourd'hui à 16h30 - Lucho Gonzealaise : J'aimerais surtout un arrière gauche maintenant, voire un ailier gauche pour faire souffler... >>


Scapulaire conditionné

aujourd'hui à 16h10 - Yul rit cramé : Et la nouvelle mercato du jour, vous la voulez ?Après une offre pour Pablo à 8 millions, on... >>


Bréviaire

aujourd'hui à 16h03 - Pascal Amateur : Ah oui, j'ai hésité à dire attention c'est nul en fait. Mais c'est nul en fait. >>


Parties de campagne, bières, et football...

aujourd'hui à 15h36 - Zénon Zadkine : [LYON] Plaine des Jeux de Gerland, dimanche 22 Juillet. *10h00* :- ZénonY a peut-être quelques... >>


Les brèves

Pepe honni

"Reina, gardien de Naples, dénoncé pour ses liens avec la mafia italienne." (20minutes.fr)

Mendycité

"Mendy : ‘J’ai la dalle’.” (lequipe.fr)

Pas Metz que un club

"Metz : Un groupe amoindri." (lequipe.fr)

DSKudetto

“Maurizio Sarri : ‘On a perdu le titre dans un hôtel’.” (lequipe.fr)

Mousse à mazout

"Sarr : ‘Il ne faut pas nous enflammer’." (sofoot.com)