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Le 25e homme

L'Equipe Magazine place son patron parmi les "100 qui font le sport français". Passons sur les questions déontologiques que pose cette désignation pour nous étonner des mérites qui ont valu à Jérôme Bureau un tel rang…
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La pratique des "tops" est presque aussi dommageable que celle des sondages. En classant les "100 Français qui font le sport", L'Equipe Magazine prenait donc des risques. Le parti pris consistant à laisser libre court à la subjectivité de la rédaction et à mélanger les critères était jouable, et l'exercice se révèle au moins intéressant par la hiérarchie qu'il établit et les choix qu'il opère. On pourra ainsi discuter de la premier place de Zinédine Zidane dans cette liste des "acteurs les plus influents", placé devant Michel Platini, Xavier Couture, Jean-Claude Darmon ou Jean-François Lamour. "L'exemplarité" semble ici assez contradictoire avec le "pouvoir" réellement exercé (les autres critères sont la notoriété, l'argent et l'engagement). Les autres motifs de débat ou d'ironie sont nombreux, comme le classement de Laurent Jalabert (19e) — dont le plus grand mérite sportif aura été d'échapper aux contrôles antidopage durant toute sa carrière —, la 2e place éjectable de Xavier Couture, sachant qu'elle était occupée lors du précédent classement de 1997 par Pierre Lescure, ou l'entrée tonitruante de Jean-Michel Aulas au 12e rang… Mais la palme de la discutabilité revient à la 25e place de ce classement, attribuée à "Jérôme Bureau, 46 ans, directeur des rédactions de L'Equipe". En fin de texte, il est précisé que "en plus de celle de L'Equipe, Jérôme Bureau est responsable des rédactions de L'Equipe Magazine, de Vélo Magazine, L'Equipe TV et L'Equipe.fr". Autant dire, des positions de pouvoir qui ne lui font pas usurper sa position. On peut entamer les arguties avec le constat qu'aucune règle déontologique interne n'interdit d'élire un des siens dans un tel palmarès. Pourquoi pas, ce peut être par souci d'objectivité, après tout, puisque cette position parmi les "hommes qui comptent" est légitime. On peut aussi émettre l'hypothèse que cette désignation est une forme de soutien à un patron menacé par la crise au sein des titres du groupe Amaury. Enfin, il y a l'interprétation selon laquelle la presse ne veut rien avoir à envier à la télévision en matière d'autopromotion et d'éloge du patron (leçons de journalisme sportif 4 et 5). Peu importe, le plus grand effet d'ironie résulte de toute façon du texte de commentaire: "Réputé tranchant et autoritaire, sa rédaction apprécie surtout son dynamisme, son invention et son sens de l'organisation. Assez sûrement pour avoir, avec lui et avec conviction, supporté certaines turbulences, l'affaire Jacquet du Mondial 1998, en particulier". Il est quand même permis d'en douter que les rédacteurs de L'Equipe auraient unanimement, au-delà de la solidarité professionnelle, partagé les points de vue et les partis pris qui ont conduit le quotidien sportif au plus grotesque et injustifiable fiasco de l'histoire de la presse sportive française (1). Mais le plus ironique est finalement le fait que les deux autres critères auxquels souscrit Jérôme Bureau sont la "notoriété" et "l'engagement". Concernant la première, il conviendrait d'abord de ne pas la surestimer, et ensuite il faut admettre qu'elle est essentiellement due à "l'affaire Jacquet du Mondial", c'est-à-dire d'une faute professionnelle de première grandeur (assortie d'un comportement humainement discutable et d'une incapacité ). Quant à l'engagement, la perplexité est de mise. Engagement pour quoi, contre quoi? Contre le dopage dans le cyclisme et ailleurs, les dérives mercantiles du sport professionnel, les tendances sensationnalistes de la presse sportive? Comme l'a souligné un article de Technikart plus intéressant que son titre (Faut-il brûler L'Equipe?), s'il y a bien une chose qui caractérise notre unique quotidien sportif, c'est un non-engagement permanent qui lui permettra de plaider non-coupable de toutes les dérives dont souffre le football, puisqu'il n'en aura jamais fait la promotion autrement que par sa passivité. Un dernier regret : que les Cahiers du football n'aient pas figuré à la 99e place, à la place de Didier Roustan et juste devant Marie-José Pérec. (1) Résumé par la déprime qui a accompagné, au siège du journal, la plus grande victoire de l'histoire du sport français (lire La revanche d'Aimé Jacquet de Jean-Jacques Bozonnet, Seuil 1999, et voir notre dossier Jacquet, L'Equipe et nous).
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