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Etienne Melvec

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La Gazette, numéro 73

La zizanie

Pétages de plomb, mesquineries, guerre civile, ploutocrates en folie... Le football français, un milieu où tout le monde a largement dépassé son seuil de compétence, craque de partout. C'est l'effet de l'accélération ou celui de l'écroulement?
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On aura vite fait de nous traiter de Cassandre, mais il est difficile de ne pas avoir le sentiment que le foot français part complètement en quenouille ces temps-ci. L'impression de foire qui se dégage du milieu doit frapper les esprits bien au-delà des amateurs, avec la multiplications des épisodes tragi-comiques et des signaux d'alarmes.

Côté "terrain", on assiste à des altercations de cour de récréation, qui opposent un président de club persécuté-persécuteur à un entraîneur qui répand de la poudre de perlimpinpin dans les cages et pour mieux y mettre le feu ensuite. Puis c'est un joueur d'ordinaire plutôt discret qui accuse ses adversaires de brutalité, et un directeur sportif qui réplique avec des arguments qui ne volent pas plus haut. Dans cette comédie de boulevard, certains personnages se parodient jusqu'à l'absurde ou tombent le masque. Un sympathique notable rural vedette de la pub montre ainsi son visage de maquignon sans foi ni loi ni décence.
Devant ce tableau, ce n'est plus la peine de regarder les matches ou leurs résumés, les défaites sont dues à la violence des adversaires, à l'incompétence des arbitres, aux pressions des dirigeants ou à la fiscalité française. Tout le monde pleure, geint, se complaint.

Côté instances, le président de la Ligue déblatère en direct et travestit grossièrement la réalité en vendant des vessies au prix des lanternes et en cautionnant le lynchage des arbitres. Un quarteron de ploutocrates s'empare du pouvoir, écarte tout débat et lance une offensive contre leurs confrères, les médias, les publics, l'Etat et la loi. Les "petits" clubs minoritaires et les autres catégories socioprofessionnelles se résignent à les laisser agir, peut-être dans l'espoir d'un fiasco rapide. Le président de la Fédération rétrécit et est frappé de mutisme depuis l'accord financier signé avec la LNF (70 millions d'euros sur cinq ans, le prix du silence). Un représentant des entraîneurs désavoué par les urnes continue de siéger à la Ligue et se croit intouchable parce qu'il vient d'être opéré du cœur (alors que tout le monde sait qu'il n'en a pas). Un rapport de la Cour des comptes pointe les irrégularités et les anomalies de la gestion de la Ligue, le rôle obscur et l'omniprésence de Jean-Claude Darmon, mais cela ne dérange pas grand monde (sauf L'Equipe, qui après avoir oublié le parrain du foot français dans son compte-rendu, prépare un article terrible pour lui, d'ici à 2006 — d'après nos informations).

Les arbitres n'ont jamais été autant méprisés et contestés, jamais aussi peu protégés. Joueurs, entraîneurs et dirigeants peuvent se défouler sur eux en toute impunité, le président de la Ligue les couvre et les sermonne s'ils s'avisent de l'ouvrir. En plus, ils multiplient les erreurs. Lebœuf fait même la promotion de l'arbitrage vidéo.

Chez les médias, RMC se découvre une vocation monopolistique et les autres radios une vocation collectiviste. Les audiences vont bientôt découvrir la Coupe du monde et le championnat en exclusivité. Marie-George Buffet et Catherine Tasca essaient d'endiguer la chienlit, mais personne ne sait si elles seront encore là dans quatre mois. La presse écrite assiste à la débâcle et prend des notes en se demandant si elle devra payer le droit de rendre compte d'un match. Le torchon brûle aussi avec les clubs qui verrouillent l'accès aux coulisses (avant de vendre les places en tribune de presse au prix de la minute de pub?).

Pour les clubs, les bilans financiers sont alarmistes, mais heureusement, ils restent anonymes. De toute façon, la guerre financière va bientôt nettoyer le paysage et dégager de vraies hiérarchies. L'intelligence et la cohérence de la gestion des clubs sont toujours remarquables. Le LOSC invente le CDD de président. Seydoux remplace Graille qui avait remplacé Dayan. L'OM est la proie des enquêtes, des conflits internes, des rumeurs et des opérations de ses propres dirigeants. Le PSG apparaît tout à coup comme la petite filiale très déficitaire et menacée d'une multinationale aux pieds d'argile. L'autocrate Campora lui-même risque de passer à la trappe monégasque, tandis que François Pinault n'en finit pas de rater ses débuts dans le football. Au passage, on se demande toujours ce que M6 et la Socpresse foutent à Bordeaux et Nantes. Quant à l'OL, il a tout pour plaire, mais étrangement, seule sa cote d'impopularité augmente.

La grande famille du football, cela ressemble à "Festen" en ce moment. La discorde règne et la branche élitiste fait le choix de la rupture en enfermant ses opposants dans la cave et en appliquant son programme le plus radical. Tout le monde condamne et personne ne réagit, chacun joue sa carte, tout le monde tire sur tout le monde. La saison passée était celle des affaires judiciaires. Celle-ci restera dans l'histoire comme celle de la guerre civile?

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