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Jérôme Latta

 

Chef d'espadrilles.


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Touré 1985, décembre rouge

La technique de Neymar provoque-t-elle ses blessures ?

Minichro – Les blessures de Neymar ont tellement pris le caractère d'une fatalité qu'on est tenté de les expliquer par son style de jeu. Doit-il, peut-il le changer? 

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La minichronique pose une question, elle n'y répond pas toujours et, à la fin, elle en pose une autre.

* * *

 

On qualifiera facilement Neymar Jr de "provocateur", aux deux sens de cette expression. Il chambre ses adversaires aussi bien par la parole que balle au pied, s'engageant régulièrement dans des joutes verbales, comme dimanche soir avec Léo Dubois.

 

On connaît chez lui cette puérilité qui le conduit à défier des joueurs lui étant infiniment inférieurs. Il peut y trouver un surcroît de motivation et l'énergie de placer un rush inarrêtable, il peut aussi se disperser dans des gestes et des énervements complètement vains.

 

Ce n'est pas ce qu'il a payé en se blessant à la cheville: même avec une attitude plus positive, il aurait pu subir une faute du même genre (pas un "attentat"). Cette prise de risque-là n'améliore pas la probabilité d'en subir de fatales sur des contacts – ce qui a été le cas de deux de ses trois blessures graves depuis qu'il est parisien [1] –, mais elle ne peut en être la raison principale.

 

 

 

 

La technique du Brésilien est en elle-même fondée sur la provocation. Le terme "dribble" est trop pauvre pour lui, mais presque toutes ses manières de faire la différence ont un point commun: il attire le défenseur au plus près pour l'éliminer d'un coup de reins, d'un contrôle, d'une conduite de balle, d'une feinte ou d'un dribble classique.

 

À l'inverse d'autres attaquants qui restent mieux hors de portée de leurs vis-à-vis, en conservant une seconde d'avance ou un mètre de distance, Neymar attend l'intervention défensive pour faire la différence. Même quand il part en dribbles, c'est en slalomant au plus près des piquets.

 

On peut rire de ses nombreuses roulades, mais comme celles d'un autre grand numéro 10, Mathieu Valbuena, elles s'expliquent [2]. À "chercher" ainsi l'intervention défensive, Neymar subit logiquement plus de fautes. Lancé ou en mouvement, il vole facilement. Ça peut vous énerver, mais probablement moins que lui.

 

Son équipe y gagne des coups de pied arrêtés et ses adversaires des avertissements. Mais, en se mettant si souvent dans les jambes des défenseurs, il s'expose à y piéger les siennes. Fatalement, vient le moment où il y a de la casse.

 

La répétition de ces blessures finit précisément par leur donner un caractère inéluctable, sans nécessairement résulter d'agressions ou d'exaspérations – inutile de relancer le débat sur les "artistes à protéger" ou la brutalité supposée des défenseurs de Ligue 1. La question est plutôt de savoir comment Neymar pourrait échapper à de telles issues.

 

Son équipe pourrait déjà y contribuer en affichant plus de maîtrise, au lieu d'attendre à la fois qu'il prenne le jeu à son compte et fasse la différence, car cela l'expose aussi. Il pourrait regretter "l'ombre" que lui faisaient Messi et Suarez à Barcelone: elle le protégeait peut-être.

 

Cela ne serait probablement pas suffisant, cependant, et on craint une impasse. Comment Neymar pourrait-il changer son jeu sans y perdre ses qualités? Est-il capable de reconfigurer son sens de l'esquive, de recycler ses dons dans une autre expression technique? À bientôt vingt-neuf ans, il n'a plus beaucoup de temps pour y penser.

 


[1] La première, le 25 février 2018, survient contre l'OM dans un duel anodin avec Bouna Sarr.
[2] Dans le cas de Valbuena, l'explication réside dans son poids plume.

 

 
 

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