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Richard N

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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Nouvelle ère à Budapest

La légende de Don Alfredo

Alfredo Di Stefano fait partie des quatre ou cinq joueurs régulièrement cités parmi les meilleurs footballeurs de tous les temps. Précurseur à plus d'un titre, il n'a pas usurpé ce statut. 

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Le Real Madrid peut continuer à s'offrir tous les footballeurs galactiques du monde, aucun d’eux n’incarnera mieux le club castillan que Alfredo Di Stefano. Vainqueur de cinq Coupes d'Europe, lauréat du Ballon d'Or à deux reprises, le "Divin chauve" a régné de longues années dans l'autoproclamé plus grand club du monde. Même s'il n'est pas vraiment castillan, ni même vraiment espagnol, même s'il s'en est fallu de peu qu'il fasse plutôt carrière au FC Barcelone, Don Alfredo demeure à jamais le joueur symbole du Real Madrid.
 

La légende de "Saeta Rubia" coïncide avec les années de gloire du club castillan, qui correspondent elles-mêmes aux premières années de la Coupe d'Europe des Clubs. Nous sommes au beau milieu des années cinquante et les téléviseurs en noir et blanc diffusent les premiers matches de la nouvelle épreuve. Entre le gris clair et le gris foncé de l'écran, le blanc immaculé du Real Madrid s’impose dans les esprits. La Coupe d’Europe, c’est le Real Madrid. Et le Real Madrid, c'est Di Stefano. L’identification est telle qu'aujourd'hui encore, c'est sa silhouette un peu dégarnie qui sert d’illustration aux ouvrages qui prétendent conter l'histoire de la Coupe d'Europe, un peu comme celle de Pelé ou Maradona pour la Coupe du monde.

 


 


Une enfance à Buenos Aires

La "Flèche Blonde" (au cours de sa carrière, il a collectionné presqu’autant de surnoms que de trophées) est considérée comme le plus grand joueur espagnol de tous les temps. Et pourtant, il est Argentin. Alfredo Di Stefano Laulhe est né le 4 juillet 1926 à Buenos Aires. Il a appris le foot dans le quartier de la Boca, et a fait ses débuts à River Plate. Le 15 juin 1945, Alfredito joue son premier match pro aux cotés de Labruna et Moreno. Bien que vieillissante, la Máquina fait encore autorité aux avant-postes de l'équipe, et le tendre Di Stefano doit attendre son tour (lire "River Plate 1942 : les cinq doigts de la Máquina"). Un prêt d'une saison au Club Atlético Huracàn est nécessaire pour l'aguerrir aux rudesses du championnat argentin. Alfredito en revient plus fort, sa carrière à River Plate peut réellement commencer.
 

Celle-ci aurait pu durer de longues années, mais le championnat argentin connaît beaucoup de remous et son déroulement est perturbé en 1949 par une grève des joueurs. Ceux-ci contestent en effet le niveau de leur salaire, ridicule par rapport aux bénéfices que génèrent leurs prestations. Le bruit des revendications s’étend jusqu’en Colombie où les clubs paient très grassement leurs joueurs, avec d'autant plus de facilités qu'ils s'affranchissent des règlements en vigueur. Le foot colombien de l'époque est en effet animé par un championnat pirate, non reconnu par la fédération mais qui n'en reste pas moins populaire, prospère et rémunérateur. Alfredo Di Stefano rejoint donc l'eldorado et signe aux Millonarios de Bogota. Bien que hors-la-loi, le club gagne en prestige et est invité à participer à des tournois en Europe. Il passe notamment par Madrid, où il étrille sur place le Real (2-4 après avoir mené 0-4). Les regards sont dès lors braqués sur l'attaquant argentin : ceux du Real Madrid, bien sûr, mais aussi ceux du FC Barcelone.
 


La justice de Salomon

Les deux clubs veulent s'offrir le joueur. Problème : à qui appartient-il? Il est effectivement salarié chez les Millonarios de Bogota, mais aux yeux de la FIFA, il appartient toujours à River Plate. Le Real et le Barça négocient donc chacun avec l'interlocuteur qui l'arrange. Et chacun d'eux obtient la précieuse signature. La situation crée un tel imbroglio qu'il faut l'intervention de la FIFA et du gouvernement franquiste. C'est la justice de Salomon qu'on applique: l'Argentin jouera une saison au Real, la suivante à Barcelone, et ainsi de suite. "Inacceptable!" juge le Barça, qui lâche la partie. Di Stefano sera dès lors madrilène. Pour toujours (lire aussi: "L’affaire Di Stefano, ou la naissance du football mondialisé").
 

L'Argentin marque d'entrée son appartenance à la maison merengue en inscrivant deux buts au Barça, laminé 5-0. Puis est définitivement adopté par Chamartin lorsqu'il donne au Real un titre de champion d'Espagne attendu depuis vingt-et-un ans. Le club du président Bernabeu reprend sa domination du foot espagnol, puis étend son empire grâce à la Coupe d’Europe. Le Real rafle les cinq premières éditions de l'épreuve en dépit d'une grosse concurrence. Il se renforce un peu plus chaque année avec des grands noms (Gento, Rial, Santamaria, Kopa, Puskás...), créant au sein du club une tradition de recrutement toujours plus prestigieux chaque année.
 

Di Stefano reste toutefois la vedette de l’équipe. Meneur de jeu omniscient, présent d'un bout à l'autre du terrain, il crève l'écran et marque au moins un but à chaque finale que diffuse la télévision. En plus de son talent indiscutable, son autorité est indiscutée. Di Stefano est le patron, il donne son avis sur la composition de l’équipe et la tactique à adopter. Lorsqu’il évoque ses années madrilènes, Raymond Kopa dit qu’il a été recalé sur l’aile droite par Di Stefano, et non par l’entraîneur. D’ailleurs, qui se souvient des noms des entraîneurs du grand Real de l’époque?

 


 


Le rapt de Caracas

Si l’image de Di Stefano est tant accolée à celle du Real Madrid, c’est aussi parce qu’il n’a pas laissé de grands souvenirs ailleurs, notamment en équipe nationale. Il a pourtant disputé 31 rencontres avec la sélection espagnole, et inscrit 23 buts, mais il a raté un rendez-vous important: la Coupe du monde. L’Espagne n’est pas présente en Suède en 1958; quatre ans plus tard, elle est au Chili, mais sans son attaquant vedette, blessé. Sa carrière en sélection ne laisse ainsi aucun souvenir marquant. En 1964, c'est sans lui que la Roja remporte la Coupe d'Europe des Nations.
 

Di Stefano a la particularité d’avoir évolué au sein de trois sélections nationales différentes. Il a disputé la Copa America 1947 avec l'équipe d’Argentine (six buts en six matches!). Il a également joué quatre rencontres avec une sélection non reconnue de la Colombie. Il rejoint la sélection espagnole en 1957, alors qu’il n’a aucune ascendance espagnole. Il aurait pu être italien, anglais ou même français, mais pas espagnol. Peu importe, il obtiendra quand même sa naturalisation en octobre 1956. Lorsque l'on est une vedette du Real Madrid, et l'un des joueurs favoris du dictateur en place, obtenir la nationalité n'est pas un problème.


On ne peut conter la légende de Don Alfredo sans revenir sur un cet incident inattendu d’août 1963. Le Real Madrid est alors en tournée au Venezuela, et son avant-centre est enlevé par des guérilleros locaux. Le monde du foot est stupéfait par la nouvelle. Désormais, les stars du football deviennent potentiellement la cible de revendications politiques. L'histoire s’est plutôt bien terminée: l'idole a été relâchée saine et sauve au bout de deux jours devant l'ambassade d'Espagne à Caracas. Cet épisode est aujourd’hui presque plus connu que tout le reste de sa carrière. Les ravisseurs auraient voulu démontrer la popularité du footballeur qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement.
 

Alfredo Di Stefano a finit son parcours de joueur à l’Español de Barcelone, puis a tenté une carrière d’entraîneur. C’est lui qui a porté le FC Valence de Mario Kempes à la victoire en Coupe des Coupes 1980. C’est lui encore qui a emmené son Real Madrid en finale de la même épreuve en 1983 (battu par le Aberdeen d’Alex Ferguson). L’entraîneur ne laissera toutefois pas une empreinte aussi importante que celle du joueur dans la mémoire du foot.
 

 

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