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Guillaume Gautier

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Jordy Clasie, le gamin patron

La jeunesse gagnante d’Anderlecht

Pressé par sa trésorerie, conforté par quelques noms et un trophée de prestige, le club belge a décidé de mettre son avenir entre les mains de son centre de formation. Histoire d’une belle réussite.

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Bouche grande ouverte, bras écartés, Aleksandar Mitrovic court pour mieux glisser à genoux devant le bloc anderlechtois. Nous sommes à l’Emirates Stadium début novembre et, quelques instants plus tôt, le Serbe vient de couper victorieusement un centre de Najar au premier poteau pour conclure une remuntada incroyable. Menés 3-0, les Mauves viennent d’arracher un point inespéré. Tout ça avec six joueurs de moins de vingt-et-un ans sur le terrain.

 

Habitués aux rires moqueurs de la concurrence nationale, les supporters d’Anderlecht peuvent bomber le torse. Finies les humiliations de milieu de semaine. Oubliés les zéro sur dix-huit du passé, les matches au stade Constant Vanden Stock où le seul spectacle venait des exploits de l’équipe adverse. Deux ans après l’improbable ciseau de Mexès, douze mois après le récital d’Ibrahimovic, le Sporting enchaîne avec un 2-0 autoritaire face au Galatasaray, s’offrant ainsi un ticket pour l’Europa League après l’hiver.

 

Face aux Turcs, les onze joueurs sur la pelouse au retour des vestiaires affichent pourtant 22,8 ans de moyenne d’âge. Malgré les vétérans Deschacht (33) et Proto (31). C’est l’histoire d’un club qui a appris à faire confiance à ses jeunes. Parce qu’il en avait envie, mais surtout parce qu’il n’a plus eu le choix....

 

 

 


Histoire d’un choix par défaut

Ces dernières années, Anderlecht avait surtout voulu frapper fort sur le marché des transferts, avec notamment les arrivées, à l’été 2011, de Dieumerci Mbokani et Milan Jovanovic, artisans des deux titres du Standard – le grand rival – à la fin des années 2000. Des salaires mirobolants pour retrouver le titre et la Ligue des champions. Mais après le trente-deuxième sacre, décroché en 2013, la trésorerie fait la gueule: “Pour retrouver le titre, nous avions opté pour une politique de sécurité, raconte Herman Van Holsbeeck à la Dernière Heure. Cela signifie engager des joueurs comme Mbokani et Jovanovic. L’objectif a été atteint, mais nous avons fait nos comptes, et compris que c’était impossible sur le long terme.

 

Privé de millions pour faire flamber le marché, Anderlecht proclame donc la saison 2013-2014 “année de transition” et se tourne vers son école de jeunes, qui a bâti la carrière de Vincent Kompany et de Romelu Lukaku à chaque extrémité des années 2000. Deux réussites, Dennis Praet et Massimo Bruno (aujourd’hui au Red Bull Salzbourg), permettent au Sporting de penser que le travail effectué dans son centre de formation flambant neuf, à Neerpede, mérite d’être mis en lumière.

 

Enfin, il y a Viareggio. Au début du mois de février 2013, les espoirs mauves se rendent dans la Botte pour disputer le prestigieux tournoi italien. Ils en reviennent avec la Coupe, grâce à une victoire 3-0 en finale face au Milan. Dans l’équipe du coach René Peeters, on trouve alors Chancel Mbemba, Leander Dendoncker, Frank Acheampong, Michaël Heylen, Davy Roef ou encore Oswal Alvarez, tous alignés en équipe première à plus d’une reprise depuis. Mais à l’époque, l’envoyé spécial de la Gazzetta dello Sport retient surtout les noms de Mohamed Daf et de Jordan Lukaku, petit frère de, qui a “impressionné” Adriano Galliani. Aujourd’hui, le premier cire le banc à Charleroi pendant que Jordan arpente le couloir gauche de la défense de la modeste formation d’Ostende....

 


Mertens “trop petit”, la camionnette de Defour

La saison dernière, la classe biberon d’Anderlecht; Mbemba, Najar, Praet (élu Soulier d’Or, meilleur joueur du championnat), Tielemans et Mitrovic en fers de lance, dépose son faire-part de naissance sur la table du football belge avec un nouveau sacre, obtenu presque par miracle, avec la bénédiction du fameux système belge de playoffs.

 

Anderlecht revient pourtant de loin. D’un centre de formation qui cataloguait Michy Batshuayi “trop caractériel”, Dries Mertens “trop petit” et qui refusait de s’attacher les services du très jeune Steven Defour parce qu’à l’époque, “cela coûtait trop d’argent pour aller le chercher tous les jours en camionnette pour venir à l’entraînement”, raconte aujourd’hui Herman Van Holsbeeck.

 

Quelques années plus tard, tout a changé. C’est une formule de Fred Delooz, entraîneur des U12 du Sporting, qui résume le mieux la nouvelle donne dans Sport/Foot Magazine: “J’étais, il n’y a pas longtemps, à la fédération italienne pour un colloque sur la refonte du football italien au niveau de sa formation. Les trois clubs cités ce jour-là en tant que référence étaient Schalke 04, Barcelone et Anderlecht.
 

 

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Le résultat d’un changement de politique, aussi. Le programme Purple Talents, lancé en 2006, permet aux jeunes du club d’aller à l’école à proximité des installations et d’augmenter singulièrement le rythme des entraînements. Ensuite, grâce aux idées de Jean Kindermans, directeur du centre de formation dont l’objectif avoué est “d’amener structurellement un ou deux joueurs chaque année vers le noyau A.”

 

Objectif loin d’être anodin au sein du club le plus titré du pays. Si dans le club de Genk, autre champion de la formation made in Belgium où ont grandi Thibaut Courtois, Kevin De Bruyne, Yannick Ferreira-Carrasco et Divock Origi, les jeunes sont souvent nombreux dans l’effectif, et même dans l’équipe-type, les contraintes ne sont évidemment pas les mêmes chez les Limbourgeois: “Genk ne doit pas être champion chaque année. Les jeunes peuvent donc arriver en équipe première avec moins de pression”, explique Kindermans.

 

Pendant plusieurs années, Anderlecht a travaillé patiemment, sans toujours pouvoir en récolter les fruits. Parce qu’à côté d’un Romelu Lukaku qui a pris le temps de grandir en Mauve et Blanc, il y a eu les départs précoces d’Adnan Januzaj (Manchester United), de Matthias Bossaerts (dans le noyau espoirs de Manchester City) ou de l’immense talent Charly Musonda Junior, aujourd’hui international espoirs et de plus en plus souvent présent à l’entraînement de l’équipe première de Chelsea....

 


Des idées et des moyens

En brandissant les exemples de Vincent Kompany et de Romelu Lukaku, Anderlecht parvient toutefois à convaincre de plus en plus de talents de percer dans l’équipe fanion avant de décoller pour l’étranger. Le club s’est rendu compte qu’il devait se bâtir une réputation de formateur et de tremplin pour continuer à exister sur la scène européenne.

 

Alors, Anderlecht y met les idées et les moyens. Les idées, d’abord: le coach des espoirs, René Peeters, a été intégré au staff de l’équipe première en tant que T3 (deuxième adjoint) à l’aube de la saison. Une façon de de faciliter la transition pour la nouvelle génération des Matthys, Bastien et Leya Iseka (le petit frère de Batshuayi), finaliste du tournoi de Viareggio en hiver 2014.

 

Les moyens, surtout. En début de saison, Herman Van Hosbeeck confiait que le club injectait quatre millions d’euros chaque année dans son centre de formation. Un montant conséquent quand on sait que le club ne l’a dépassé qu’à deux reprises dans son histoire pour réaliser des transferts (cinq millions pour Mitrovic, six pour Defour). Avec un objectif bien précis: “Actuellement, notre centre de formation est le septième meilleur d’Europe. Nos résultats de cette année devraient déjà nous faire progresser dans ce classement, dominé par le Barça. Notre but, c’est la première place”, raconte le manager du club à la Dernière Heure.

 

Sur le terrain, l'élève est déjà en train de surpasser le maître. Un but d'Aaron Leya Iseka a suffi aux Mauves pour sortir le Barça, pourtant tenant du titre, de la Youth League, la C1 des jeunes. “Des U16 aux U21, on n’a peur de personne en Europe”, rappelait récemment Jean Kindermans. À part peut-être des recruteurs installés au bord du terrain, qui pourraient tenter de convaincre les jeunes promesses que sont Mile Svilar, Wout Faes, Alper Ademoglu ou Franco Antonucci de quitter Bruxelles avant leur majorité…

 

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