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Matteo Buccardi

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Moscou pas trop la nuit

La géographie par le football

Tribune des lecteurs - Quand la mort de George Best réveille le souvenir d'un livre d'enfance, ce sont bien plus que quelques pages qui défilent...
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Tiens, Georges Best est mort. À vrai dire, cela ne devrait me faire ni chaud, ni froid, ne connaissant de lui qu'un vague portrait lu à neuf ans dans un livre à couverture rouge et probablement intitulé "Les meilleurs joueurs de football de l'histoire". Un livre lu, relu et rerelu. Un livre qui, si je le retrouvais, ressemblerait certainement à ces dizaines de livres de sport que l'on offre, chaque Noël, à son beau-frère ennuyeux (et en jogging, même le jour de Noël).


Irlandais comme Best
Mais pour moi, avec mes yeux de neuf ans, ce livre était un roman, un roman de cape et d'épée plus qu'une fadaise contemporaine. Là, dans mon lit, je tremblais devant le portrait de Bobby Charlton, rare survivant de la catastrophe de Munich, quand un soir l'avion de Manchester United, de retour de Belgrade, s'écrasa... Je m'indignais devant le portrait de Serge Chiesa, pour qui la liberté ne se troquait pas, même contre une carrière et des honneurs. Je plaignais ce pauvre Garrincha aux jambes trop inégales et à la vie trop brève. J'imaginais ce matin forcément gris et froid où l'on retrouva Gunnar Anderson, mort, au bas de la gare Saint-Charles de Marseille. L'histoire défilait sous mes yeux, de la France coloniale de Ben Barek à la guerre des Malouines et Maradona trompant Shilton...

Mais revenons-en à Best. Pendant longtemps, cet Irlandais fut pour moi, avec le capitaine Haddock, l'un des deux types-idéaux du parfait alcoolique. Et si son maillot était rouge, c'était moins parce que c'était celui de Manchester United que parce qu'il devait être plein de taches de vin et d'autres alcools inconnus... Et s'il était barbu, c'était parce que le capitaine Haddock l'était aussi, la barbe devant être l'un des principaux signes de reconnaissance de la confrérie des alcooliques. Le texte, je m'en souviens moins que de la photo. Mais ça parlait de dribble et de vie dissolue. De dribble, forcément, car comment courir droit quand on est rond comme une barrique? Qui plus est quand on est irlandais, même du Nord? Car Best était irlandais comme Goethals était belge, Yachine soviétique et Rossi italien. Et comme Law, bien entendu, était écossais. Il y a une essence irlandaise comme il y en a une espagnole ou polonaise. Tout le monde sait ça. Tout le monde sait que les Allemands sont rigoureux et les Italiens truqueurs. Surtout dans un stade.


Album de clichés
Dans ce livre de géographie pour enfants qui ne disait pas son nom, j'apprenais ainsi que les Scandinaves sont souvent grands et blonds à l'inverse des Portugais. J'apprenais aussi que la France possédait des îles aux Antilles où vivaient des descendants d'esclaves africains. A contrario, j'apprenais aussi que la Bulgarie ne détenait pas de telles îles... J'apprenais les climats. Les terrains humides et les météos pluvieuses de la Grande-Bretagne. Et les stades sans herbe du Cameroun. Je remarquais aussi qu'il y avait plus de barbus dans l'Angleterre des années 60 qu'en URSS. Je remarquais encore, parce que j'avais aussi un vrai atlas, qu'il existait de vraies conurbations footballistiques, que ces villes allemandes au nom imprononçable et à l'orthographe incertaine – Cologne, Dortmund, Düsseldorf, Moenchengladbach, etc. – étaient proches les unes des autres comme l'étaient Sheffield, Leeds, Sunderland, Manchester, Blackpool et Liverpool.

Quinze ans plus tard, j'apprendrais la traduction du Gornik de Gornik Zabrze, mais bien avant, j'aurais découvert la sociologie en constatant le lien entre football et régions minières. À l'école, je savais que Mexico n'était pas au bord de la mer mais qu'Odessa si, je savais que Leipzig était à l'Est et Hambourg à l'Ouest. Et si je cherchais un peu trop longtemps sur la carte où pouvaient bien se trouver ce foutu Feyenoord et ce satané Flamengo, j'en profitais pour repérer Eindhoven, Split et Santos. Mussolini et la coupe du Monde de 1934, l'Argentine de 1978 et ses généraux, le Rapid de Vienne champion de l'Allemagne de l'Anschluss, le RFA-RDA de 1974, etc. Le football est souvent la base de mes connaissances... Et, d'ailleurs, qui d'entre nous, quand on lui parle de Kiev, pense d'abord à l'église Sainte-Sophie avant de passer au Dynamo de Lobanovsky?

Oui, Best était pour moi un idéal-type, une base de la connaissance, et ce n'est pas facile, sachez-le, quand l'un de vos types-idéaux meurt. Un type, un vrai, on n'en voit pas tous les jours. Et idéal, encore moins.

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