> article suivant

Libres arbitres

> article précédent

La Bourse à l'échalote

> article précédent

Santini, une saison bleue

La Gazette, numéro 94

Peut-on acheter un club avec sa carte de presse? Comment réanimer le marché des transferts? Pourquoi Bouchet nous fait prendre des vessies pour des lanternes? L'AS Monaco survivra-t-elle à Campora? Et pourquoi la FIFA se moque du monde?
Partager
Angélisme

Le journalisme mène à tout, à condition d'en sortir, mais les journalistes nous mènent parfois à n'importe quoi quand ils en sortent. Un de ces jours, il faudra faire une enquête sur les parcours de certains d'entre eux dans le football professionnel, et la chronique contemporaine nous fournirait de la matière. Francis Graille, président du PSG, Christophe Bouchet, président de l'OM, Thierry Roland, président du Variétés Club… On arrêtera cet inventaire non exhaustif sur le nom de Philippe Doucet, président présumé du SCO d'Angers, promu en L2 la saison prochaine. Présumé, parce que nous avons appris, dans le contexte étrange d'un "coup d'état" mené par Bernard Blot, actionnaire (présumé) minoritaire, que le journaliste de Canal+ avait acquis ses 62% de parts de la SAOS avec un chèque de 207.000€… qui n'a jamais été encaissé! La rédaction des Cahiers déconseille vivement à ses lecteurs de réaliser une grosse acquisition avec l'espoir que leur compte ne soit pas débité, ce genre de chose n'arrive que dans le monde enchanté du football professionnel. On connaissait les chèques en blanc, les chèques en bois, mais comment appelle-t-on ceux-là? Après un Conseil d'administration exceptionnel fin juin, il semblait que Doucet devait rester finalement président du SCO et collaborer avec Bernard Blot (AFP 30/06). Mais celui-ci et deux autres membres du CA ont depuis démissionné, laissant le virtuel président seul aux commandes… Juste avant, Serge Martel de la Chesnaye, l'ancien président censé avoir vendu ses parts, avait déclaré à Ouest-France (03/07) qu'il allait assigner Doucet en référé. Ce dernier déclare avoir envoyé le chèque à l'ancien président, qui jure ne l'avoir jamais eu en sa possession… Agitation dans un calme plat Si le marché des transferts confirme cette année sa tendance une l'atonie qui contraste avec l'ère précédente, cette situation ne diminue pas, bien au contraire, les rivalités entre les clubs. Pokers menteurs, fausses surenchères, manipulations médiatiques se multiplient en effet entre des dirigeants qui, à défaut de pouvoir être réellement actifs, s'appliquent à neutraliser ou à entraver leurs concurrents. Entre les clubs les plus riches, la compétition est d'autant plus acharnée que les gros coups réalisables sont rares. On a ainsi vu les batailles dont Essien ou Drogba ont été l'objet, ou encore celle qui concerne Pauleta. On peut aussi s'amuser du fait que les responsables marseillais prennent soudainement contact avec Pedretti, quelques heures après que le PSG a entamé des négociations directes avec le Sochalien… Un PSG malheureux, puisque même lorsqu'il parvient à attirer un joueur intéressant (Nikolaïdis), celui-ci s'avère tellement hors de forme qu'il n'est pas raisonnablement permis de lui faire signer son contrat à l'issue de la visite médicale… Pour les journalistes, cette platitude du grand marché estival n'est pas une bonne nouvelle, car il leur permet normalement d'attirer le chaland, friand d'hypothèses même fumeuses, en cette période sans compétition (ne parlons pas de l'Intertoto). Cette actualité brasse 80% de vide, mais elle est devenue un genre à part entière pour les médias spécialisés et nous renverrons avantageusement à la première leçon de notre fameuse Académie de journalisme sportif, dont les préceptes sont plus que jamais d'actualité. Bouchet chirurgien "L’OM a tous les moyens pour retrouver sa splendeur sans avoir à remuer le passé". Ainsi Claude Simonet a-t-il assez justement commenté la décision de la Fédération de ne pas réattribuer le championnat 1993 à l'Olympique de Marseille. Voilà qui met un terme à la vile opération de communication de Christophe Bouchet (voir Honte et Débriefing). Le président marseillais a accueilli l'information avec une déclaration qui prouve, si besoin était, son cynisme et sa capacité à réécrire l'histoire. "Une bonne occasion vient d'être gâchée de la part des instances du football de rendre hommage à la fidélité et au soutien des dizaines de milliers de supporters de l'OM dans toute la France, pour qui cet épisode reste une plaie ouverte" (AFP 04/07). Signalons-lui à toutes fins utiles : 1. Que cet épisode reste une plaie pour l'ensemble des amateurs de football et pas seulement pour les supporters de l'OM. 2. Qu'une telle décision aurait plus rendu "hommage" à Bernard Tapie et à ses tristes méthodes qu'aux supporters de l'OM. 3. Que c'est une drôle de façon de refermer une plaie que de commencer par la réouvrir. Quoique Bouchet "se réserve le droit de contester cette position par voie juridique", et bien qu'il mette cette décision sur le compte des "mauvaises habitudes d’une certaine justice corporative" (La Provence 05/07), on peut espérer que cet épilogue sera définitif. Nakata et le communiquant, fable édifiante Dans un dossier très différent, Bouchet confirme sa faculté à manipuler les faits à son avantage. Soi-disant désireux de faire venir Hidetoshi Nakata à l'OM, il a en effet déposé une requête auprès de la Ligue afin que celle-ci autorise son club (ou le PSG, également intéressé) à percevoir 75% des droits spécifiques versés par les télévisions japonaises pour leur diva nationale, 25% revenant à la Ligue. Laquelle a plutôt lâchement reporté sa décision au moment de son Conseil d'administration du 1er août, ce qui compromet effectivement la réalisation de ce transfert. Ne nions pas la capacité de nuisance et d'inertie de Gervais Martel et Jean-Michel Aulas, qui livrent une opposition de plus en plus vive à Christophe Bouchet au sein de la Ligue. Cependant, la mesure revendiquée sort de nulle part, et elle contrevient largement aux dispositions de la loi française sur la centralisation des droits de télévision, mais également au système de répartition de ces droits, que Bouchet a pourtant réussi à faire réaménager à son avantage en intégrant le critère du nombre de diffusion… Bouchet déplore le manque à gagner pour l'OM ou pour le PSG et pour la Ligue, et, à juste titre, l'occasion ratée de médiatiser la L1 en Asie. Mais il omet le simple fait que ces éventuelles ressources sont générées par Nakata lui-même et non par le club qui l'accueille, lequel ne paraît donc pas fondé à en capter la majeure partie — a fortiori dans un système de mutualisation des droits. Cela mériterait au moins un débat, mais ce n'est pas le débat qui intéresse Bouchet. Car peu importe que dans cette histoire, le Japonais n'ait jamais eu l'intention de rejoindre l'OM, ni que Vahid Halilhodzic n'ait pas été convaincu par l'intérêt sportif de sa venue à Paris, l'occasion était trop belle pour activer la théorie du complot, assortie de celle de l'archaïsme des instances. En mélangeant le vrai et le faux à son avantage, Bouchet montre une nouvelle fois sa maîtrise de la démagogie appliquée. Campora décampe Comme prévu, Jean-Louis Campora a donc été débarqué de l'AS Monaco, mais de son plein gré évidemment. Cette démission était cousue de fil blanc depuis un certain temps, elle met fin à un long règne entamé en 1975 dont les dernières années ont terni le bilan, non pas tant sur le plan sportif que sur celui de l'image du club et de son président. On retiendra en effet la dilapidation qui avait suivi le titre national de 2000 et le creusement d'un déficit invraisemblable lors des dernières saisons, lequel déficit a conduit au sauvetage des dernières semaines et à l'arrivée d'un nouveau tour de table sur l'impulsion du Palais. En investissant à hauteur d'une trentaine de millions d'euros, le groupe MFI (Monaco Football Investissement, tout récemment constitué et drivé par Michel Pastor, Adnan Houdrouge et Marco Piccinini) a obtenu 34% des parts de la société et trois postes au Conseil d'administration — c'est-à-dire la haute main sur le club (1). Campora ayant également quitté toutes ses fonctions dans les instances du foot, c'est une page blanche qui se présente à son successeur, Pierre Svara. Proche du Prince Albert, il est le patron d'un cabinet de conseil en gestion de patrimoine. Néophyte avoué, il était entré au Conseil d'administration de l'ASM il y a un an, à l'instigation du prince, et avait suivi l'équipe d'assez près cette saison. Il pourra compter sur Henri Biancheri, directeur sportif dont les prérogatives seront étendues. Comme tous ses homologues de L1, Svara a pour premier objectif de réduire la masse salariale, avec le paradoxe qu'il hérite d'un groupe qui a miraculeusement conservé les membres les plus brillants de son effectif (2). La "faute" à un marché des transferts apathique et à un groupe de joueurs qui tient à poursuivre sa belle aventure. La Ligue des champions sera un plus financièrement, la situation n'étant que provisoirement rétablie sur ce plan, mais cette compétition risque de compliquer le parcours de l'ASM en championnat… (1) 66% des parts restent aux mains de l'association, mais MFI pourrait être amené à investir 16M€ supplémentaires et à faire appel à des investisseurs privés (AFP 01/07). (2) Parmi les départs escomptés : Jugovic, Eloi et Léonard sont en fin de contrat, et Farnerud, Porato, Jurietti, Gallardo, Marquez devraient être prêtés ou vendus — sans parler du boulet Simone et de son mirifique contrat (300.000€ par mois – AFP 01/07). Coupe du monde : l'Océanie noyée Le Comité exécutif de la FIFA, réuni à la fin du mois de juin, devait se prononcer sur deux points, tous deux relatifs à la prochaine Coupe du monde. Commençons par la bonne nouvelle. Le Mondial restera en effet à 32 équipes, l'élargissement à 36 proposé par la CONMEBOL (confédération sud-américaine) ayant été repoussé. On échappe donc à l'alourdissement et à l'usine-à-gazéification de la compétition reine du football (voir Des années de 600 jours).

Cette décision ne nous épargne malheureusement pas une basse manœuvre, puisque la CONMEBOL a réussi à obtenir indirectement gain de cause. Les Sud-Américains se plaignaient en effet d'avoir perdu une demi-place qualificative à l'issue du Comité exécutif de décembre dernier, son quota étant réduit à quatre qualifiés direct, ce qui libérait une place pleine et entière pour l'Océanie (qui devait auparavant se soumettre à un barrage avec le cinquième de la zone Amsud). L'intense lobbying des dirigeants du sous-continent américain, appuyés par l'UEFA de Lennart Johansson — ravi d'emmerder Blatter une fois de plus — a fonctionné, à la grande colère des représentants de la zone océanienne. Le sélectionneur australien, Franck Farina a ainsi déclaré: "La FIFA devrait déchirer son slogan 'pour le bien du jeu' et le jeter par la fenêtre. C'est une décision pour satisfaire les superpuissances du football. C'est un vote en faveur du plus fort, et pas pour le bien du jeu" (AFP 29/06). Difficile de lui donner tort. Le vainqueur de la zone Océanie, après dix-huit mois de campagne, risquera à nouveau de voir tous ses efforts anéantis en un seul match aller-retour, tandis que l'Amérique du sud pourra compter cinq représentants en phase finale… pour dix membres! Afin d'adoucir cette amère potion, Blatter, désolé de la tournure des choses, envisage de mettre en place un tournoi opposant les représentants des quatre confédérations possédant une demi-place (Asie, Conmebol, Océanie et Concacaf), une décision qui devra encore être validée par le CE (AFP).
Partager

> sur le même thème

La Gazette, numéro 93

Le championnat de France


Jérôme Latta
2019-09-13

La Ligue 1 a-t-elle sa place dans le "Big 5" ?

Une Balle dans le pied – Que diable fait le championnat de France dans le "Big 5 européen? Examinons la légitimité de cette appellation contestée, qui a pourtant la faveur des économistes du sport.


Richard Coudrais
2019-05-31

Platini à Nantes, le rêve de Lagardère

En 1979, le nom de Michel Platini est discrètement évoqué dans les couloirs du Football Club de Nantes. Rien ne s'oppose à un transfert, sinon la frilosité des dirigeants. Le club nantais a-t-il raté un rendez-vous avec son histoire?


Richard N & Christophe Zemmour
2019-05-29

Feindouno 1999, la proie du doute

Un jour, un but – Le 29 mai 1999 au Parc des Princes, les Girondins de Bordeaux conquièrent leur cinquième titre de champion grâce à un but de leur tout jeune espoir, Pascal Feindouno.


>> tous les épisodes du thème "Le championnat de France"

Le forum

La Route de l'Orient

23/09/2020 à 23h43 - Tricky : (Pardon, mais l’Olivier le plus célèbre, ce n’est pas le forumiste ?) >>


Feuilles de match et feuilles de maîtres

23/09/2020 à 23h32 - Julow : Oui, on pourrait remettre ça, quand tu en auras le loisir, Milan. C'est quand même tellement... >>


Foot et politique

23/09/2020 à 23h10 - Tricky : Mevatlav Ekraspeckaujourd'hui à 22h36———-Ca m’a frappé: je me suis tapé tout le discours... >>


Dans le haut du panier

23/09/2020 à 23h02 - Tricky : Ah non c’est moi qui me suis mélangé les pinceaux entre 0-2 et 1-3.A part ça, pourquoi Jaylen... >>


In barry we trust

23/09/2020 à 22h57 - manuFoU : Ils ont encaissé plus de points qu’ils n’en ont marqué (et accessoirement ils ont oublié de... >>


Premier League et foot anglais

23/09/2020 à 22h52 - Özil paradisiaque : En fait, si je lis bien le tableau ça devrait être Liverpool à Anfield.Joli tableau. >>


Bréviaire

23/09/2020 à 22h46 - Raïeaïeïe : Merlu sous gravillon"Andrew Gravillon se rapproche de Lorient" (footmercato.fr)....Oui je sais foot... >>


Le fil éclectique

23/09/2020 à 22h46 - L'amour Durix : Spafo.Le fait est que ma MED a pour but de récupérer une certaine somme d'argent, et du coup... >>


Aimons la Science

23/09/2020 à 22h35 - suppdebastille : En tout cas il y a une nouveauté aujourd'hui, c'est que le développeur des viz cartographiques au... >>


L'Atelier du Diaporama

23/09/2020 à 22h23 - De Gaulle Volant : Merci Deroin.Intéressé par une carrière dans le renseignement ? >>


Les brèves

Je crois que bon bon

"Laurent Blanc à Lyon, ça ne colle pas pour deux raisons" (foot01.com)

Aucun

"Euro U17 : qui sont les joueurs majeurs de l'équipe de France ?"

Autobiographie

"Ribéry : Des débuts fracassants." (lequipe.fr)

Ô Pep !

"Un pays africain rêve de Bruno Genesio !" (dailymercato.com)

Ruuuuuuuuuuuuuuuuuuud van Nistelrooy

"PSV Eindhoven : Ruud van Nistelrooy prolonge sur le banc des U19." (lequipe.fr)