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Trente-cinq

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Le bûcher des vanités

La Gazette, numéro 20

Gaz à tous les étages pour ce numéro 20: il passe par les tuyaux de Canal+ (empire occulte du foot français), souffle dans le discours d'Aulas (chef occulte du foot français), soulève le masque de Perpère (président occulte du PSG) et anesthésie la Commission d'appel de la Ligue...
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Canal et ses canaux
Le retour de Fernandez à Paris est assuré de faire au moins quelques heureux: les téléspectateurs qui n'auront plus à subir le pire consultant de Canal+ (moins pour sa syntaxe inimitable que pour ses dérapages, ses approximations et ses contresens). L'agitation qui a entouré le retour du Luis a une nouvelle fois souligné le rôle ambigu de Canal+, qui entretient de curieux rapports avec le milieu, à bien des égards. Il ne sera pas question cette fois de ce statut étrange qui lui permet de siéger à la Ligue tout en étant diffuseur du championnat (et en faisant partie du nouveau groupe Universal-Vivendi, dont les intérêts sont tentaculaires), mais de cette impressionnante écurie de consultants que la chaîne entretient, en même temps que son influence chez les professionnels de la profession. Avec le développement du numérique, cette équipe (au sein de laquelle les mouvements sont incessants) s'est nettement étoffée, au point que sa masse salariale va bientôt pouvoir être comparée à celle du PSG.
En quelques années, elle est devenue l'antichambre officielle des entraîneurs de D1, une sorte de maison de repos ou de recyclage pour coaches ou managers en rupture de banc. C'est un contingent significatif de techniciens qui est passé dans les studios du 15è arrondissement, entretenant avec la chaîne des relations de complicité, une vaste comptabilité de services rendus. Le "réseau" Canal s'est étendu avec des antennes dans les clubs ou les instances, également par le biais des joueurs ou anciens joueurs. Il est ainsi devenu une force politique à lui tout seul, à côté d'autres hydres comme le Variétés Club (qui a lui aussi œuvré en faveur de Fernandez, auquel le poste ne pouvait décidément pas échapper).
Deux questions peuvent ainsi être posées à propos des événements récents, dont les luttes d'influence n'ont pas été absentes:
Ne fallait-il pas voir dans le dispositif très spécial mis en œuvre par Canal lors de PSG-Rennes (voir Rennes: le président et l'entraîneur), une opération de lobbying orchestré par le service des sports pour sauver Paul Le Guen?
Etant données ses qualités spécifiques très contestables, Fernandez aurait-il été invité à rejoindre le staff de Denisot surtout afin qu'il reste dans la nébuleuse Canal lors de son année sabbatique, et tombe plus facilement le jour venu dans l'escarcelle du PSG?

Aulas dans un fauteuil
Jean-Michel Aulas a des cernes sous les yeux, mais ça ne veut rien dire car tout petit, il en avait déjà. Chose extraordinaire, il ne s'est pas plaint de l'arbitrage après Metz-Lyon (0-0). Peut-être reprenait-il son souffle, après avoir continûment récriminé contre la persécution arbitrale ("Cela fait plusieurs fois que je vois les mêmes choses. Cela devient irritant", déclarait-il à France Football, très irrité). De la part d'un vice-président de la Ligue, c'est assez lamentable, mais le Calife de Gerland n'est pas à un scrupule près. Bref, ce silence était plus vraisemblablement dû à la préparation de son "Entretien du lundi" avec L'Equipe, le quotidien sportif d'Issy-les-Moulineaux. Où il a assuré que "Gérard Bourgoin fera ce pour quoi on l'a choisi, je n'en doute pas" (04/12). Cela ressemblerait presque à une menace, tant le mandat du nouveau président de la LNF a débuté dans le flou et l'immobilisme. Il passe cependant l'éponge sur les "maladresses" de Bourgoin (visite à Cuba et remise de récompenses!) et écarté l'idée qu'une mise en examen de l'ex-roi du poulet puisse remettre en cause sa position actuelle. Pour le moment, Aulas couvre donc le président de la Ligue, non sans lui faire le rappel de sa mission.
Pour le reste, rien que du très banal, l'habituelle plaidoirie pour un système élitiste, pour l'introduction des clubs en bourse, qui profiterait même à Sedan (ben voyons...) et pour une télévision qui montre "ce que les gens veulent voir". Une perle synthétise à merveille sa pensée: "Même si cela profite surtout aux grands clubs, même si le partage des droits télé s'effectue selon une autre répartition, l'argent circulera partout: quand Lyon achète Dhorasoo 30MF au Havre, tout le monde en profite". Surtout Le Havre, qui a vendu son meilleur joueur (lequel vaudrait bien 90 MF), et est aujourd'hui en D2! Dans cette seule phrase, on trouve d'abord l'amalgame fait entre les "grands clubs" et les "gros clubs". S'il fallait en juger au palmarès, ou au classement actuel, Nantes et Sedan seraient bien des grands clubs et non l'OL... Notons ensuite que Aulas ne renonce pas à remettre en cause le système de répartition actuel, alors que c'est un engagement de la campagne de juillet dernier, que Bourgoin a confirmé lors de l'AG de vendredi 1er...

Perpère son sang froid
Son collègue de Paris Laurent Perpère ne s'est pas remarquer seulement pour ses explications embarrassées du licenciement de Philippe Bergeroo, il a aussi pesté maladroitement contre Philippe Piat, président de l'UNFP, lors de la dernière Assemblée générale de la Ligue, en demandant "au nom de quoi il parlait". Au nom de son poste de vice-président de la Ligue, par exemple. Nous reviendrons prochainement sur l'attitude des clubs français dans le dossier des transferts, où l'arrogance est de mise. Mais Laurent Perpère n'est plus le baroudeur barbu du début de saison, plein d'assurance, qui se permettait de dire que le PSG était le seul grand club de France. Sa voix agréable et son sourire permanent, sa gestion dans le calme de la saison de transition avec Bergeroo comme entraîneur lui avaient conféré une image assez respectable. Le sourire est depuis devenu un rictus déplacé, et l'irritation pointe devant les questions pénibles. L'énarque prétentieux se révèle petit à petit (non sans rappeler le style d'un Alain Juppé), et le froid gestionnaire s'est démasqué dans les manœuvres qui ont organisé l'arrivée de Fernandez. Le football, cet impitoyable révélateur de personnalité...

Le ridicule n'a toujours pas tué la Commission d'appel
A propos de discipline, il est amusant de constater à quel point la Commission d'Appel et de l'Ethique est restée cette instance bancale qui continue de contredire la Commission de discipline. Dernier exemple: elle examinait jeudi 30 l'appel du LOSC pour Vahid Halilhodzic qui avait initialement écopé de trois matches fermes de suspension, en raison de son comportement lors de Lille-Auxerre, le 11 novembre. Après avoir entendu Halilhodzic et Pierre Dreossi, directeur général, la CAE a décidé de ramener la sanction à un match ferme (et un avec sursis). Ce qui signifiait que Halilhodzic avait purgé son match ferme mercredi contre Strasbourg, et pouvait retrouver son banc. Il ne s'agit pas de crier au lynchage, même si l'attitude irresponsable de l'entraîneur lillois justifiait assez la sanction initiale. Le problème est que cette chambre d'appel réduit toujours aussi systématiquement les sanctions prononcées. L'an passée, elle s'était attiré les réprimandes en graciant presque Anderson, suite au fameux Lyon-Monaco (voir Arbitrage et discipline: une faillite bien organisée (1), février 2000), mais elle a depuis retrouvé sa discrétion, sans changer le moins du monde ses habitudes, comme de transformer trois matches de suspension en un jour de repos (ou de tribune pour les entraîneurs)... Allez ensuite demander aux arbitres de se faire respecter et de ne pas subir les pressions, quand les fautifs bénéficient ensuite de l'indulgence des instances. Des instances d'autant plus compréhensives que les dirigeants y sont nettement mieux représentés que les arbitres.

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