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Extension du domaine de la lutte

La Gazette, numéro 19

La Gazette part tous azimuts. Elle explique la loi cachée du championnat, déplore le cynisme des actionnaires du foot, regarde passer Platini dans le firmament et regrette Abel Braga...
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La D1 en rangs serrés
Ce championnat apparemment incompréhensible obéit en fait à la théorie des vases communicants. Tous les déboires passent d'une équipe à l'autre, les crises et les doutes se propagent, les revers cuisants succèdent aux victoires probantes, les séries s'écourtent et s'inversent. Les journalistes s'arrachent les poils du nez pour tirer les "enseignements" de ce déroulement imprévisible, ils hésitent à consacrer des leaders bien fragiles et finissent pas conclure que quelque chose cloche dans cette compétition si difficile à décrypter.
"Tout le monde peut battre tout le monde" entend-on souvent pour traduire le resserrement des valeurs et le désarroi ambiant. Car bizarrement, ce diagnostic inquiète. Il faudrait plutôt se réjouir de ce postulat qui correspond tout de même à un certain idéal sportif. Ou bien devrions-nous préférer un championnat où certains sont sûrs de ne pas être battus par certains autres?
La quinzième journée a ainsi ressemblé à une séance de rattrapage pour les trois derniers, qui ont tous pris trois points. D'ailleurs, parmi les huit clubs les plus mal classés, six ont un match en retard à jouer. L'accordéon du classement reste comprimé et en tête, la décantation est toujours aussi lente.
Dans le même ordre d'idée, si le championnat n'offre pas plus de rencontres spectaculaires, c'est en grande partie la faute des ténors, incapables (à l'image des trois engagés en Ligue des champions) de dominer leur compétition nationale et de faire le ménage en tête. Les sommets qui les opposent ne culminent pas non plus très haut et leurs crises sportivo-politiques les préoccupent plus souvent que la conquête de résultats probants.
Exemple frappant, le PSG se retrouve dans une situation où une réaction est déjà indispensable, à l'orée de la deuxième phase de la Ligue des champions et d'un hiver difficile. L'effectif et l'encadrement ont eu beau changer, il semble que les mêmes syndromes sont appelés à se reproduire année après année, notamment celui de l'effondrement à l'arrivée des grands froids. Souvent en position favorable à cette saison, Paris a eu fréquemment dans son histoire récente cette fâcheuse tendance à tomber comme les feuilles en automne. Les conditions semblent réunies pour l'enchaînement des doutes et le retour de la crise guettée par tous.
De leur côté Lyon, Lens, et à un niveau encore inférieur Rennes ou Marseille, sont également très loin de convertir sur les terrains leur supériorité financière et technique. Si la majorité des clubs qui prétendent joueur les premiers rôles avaient tenu leur rang, le classement n'aurait aujourd'hui pas le même visage.
Mais ne désespérons pas: les matches retour remettront peut-être de l'ordre et de la logique (sportive si possible) dans la mêlée actuelle. Et tout redeviendra limpide.

La tumeur, le joueur et l'actionnaire
Une affaire assez triste a agité le football allemand, qui accumule décidément les comédies, les drames et même les tragédies. On a appris la semaine dernière que Heiko Herrlich, l'attaquant du Borussia Dortmund, souffrait d'une tumeur au cerveau, récemment décelée à la suite de troubles de la vue, dont on ne sait pas encore si elle est bénigne ou maligne (en l'attente d'autres analyse). Cette annonce a bouleversé les partenaires du joueur, aussi bien dans son club qu'en sélection nationale (les internationaux ont appris la nouvelle alors qu'ils étaient rassemblés pour préparer le match amical Danemark-Allemagne), et soulevé une certaine émotion outre-Rhin, chacun trouvant l'occasion de relativiser les psychodrames ordinaires de la Bundesliga.
Cette annonce a également choqué, pour d'autres raisons. Elle a été faite par le club dans un communiqué très laconique, dont on n'a pas compris qu'il ne s'exprime pas au nom du joueur ou n'ait pas été effectué par celui-ci. Il semble en fait que les dirigeants ont surtout pensé en termes de communication boursière et justifié leur démarche par le souci d'enrayer la spéculation sur leur titre. Le Borussia, dont les actions avaient été introduites en bourse à peine deux semaines auparavant, a avoué sa maladresse dans des termes encore plus compromettants de la part de son président Gerd Niebaum: "Nous sommes des novices à la bourse et ne voulons pas faire de fautes. (...) Nous ne sommes pas obligés de communiquer les blessures de ses joueurs mais dans ce cas précis, l'information était assez grave pour avoir une influence potentielle sur l'action" (AFP 14/11). On n'est même pas sûr que l'auteur de cette déclaration soit conscient de son cynisme, mais voilà un épisode qui donne un exemple des conséquences du basculement des clubs dans une logique financière.
Le président du syndicat des joueurs (VdV), Florian Gothe a très violemment critiqué cette façon de procéder, selon lui contraire aux droits de l'individu et au respect du secret médical. Le club a répondu que cette déclaration avait été faite avec l'accord de Herrlich, et entamé des poursuites en diffamation contre son accusateur...

Platini toujours ambitieux
Michel Platini a dévoilé un peu de son plan de carrière. Le "conseiller spécial" de Sepp Blatter compte briguer la présidence de l'UEFA et succéder ainsi à Lennart Johansson. Le fauteuil irait assez bien à notre volumineuse éminence, dont la remarquable carrière politique est dans la logique de ses qualités de stratège quand il était sur le terrain. Après avoir réussi la Coupe du monde à la présidence du CFO et contribué à la victoire de Blatter, Platini a désormais tous les appuis et la crédibilité pour avancer sur l'échiquier du football mondial. On se rappelle comment il s'était débarrassé du costume de sélectionneur et éloigné du terrain en évitant les risques de s'engager dans l'encadrement d'un club. Beckenbauer, autre grand joueur avec un parcours réussi dans la vie civile, s'est lui associé au Bayern, tout en prenant place à la fédération allemande et dans la nébuleuse Adidas. Les deux hommes se retrouveront certainement sur le terrain de leurs jeux actuels.
Sans minimiser le moins du monde des moments fabuleux du foot français, il faut bien convenir que les deux titres de 98 et 2000 ont considérablement relativisé l'aura des Bleus des années 80, et incidemment modifié la place de ce N°10-là dans la mémoire collective. Certains disent que l'amour propre du Lorrain en a souffert, comme les Guignols qui se moquent régulièrement de sa vexation présumée. Si c'était le cas, avec ses actuelles ambitions, Platini pourra se consoler en remportant des victoires que Zidane ne lui disputera probablement jamais.

À Braga, les joueurs et les poètes reconnaissants
La seule erreur de Braga fut finalement d'être arrivé à l'OM à un très mauvais moment. Au vu de toutes les calamités dont s'est affligé le club phocéen en ces quatre mois, le rôle de l'entraîneur ne peut être considéré comme véritablement déterminant. On aimerait bien revoir le Brésilien en France, parce qu'il a montré des qualités humaines qui ne sont pas vraiment à la mode dans l'actuel contexte gestionnaire. Ces paroles touchantes, on aurait aimé les entendre dans un français qui aurait eu le temps de progresser. Il aura en tout cas été presque la seule note d'émotion dans la crise marseillaise, et on se souviendra des saluts chaleureux de ses joueurs, bien inspirés de lui offrir un bouquet de buts.
En attendant, Louis-Dreyfus devrait faire venir quelqu'un qui a envie de venir à Marseille, même s'ils ne sont pas nombreux, et un peu fous. Daniel Leclercq, voilà qui serait un peu spectaculaire!

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