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Satta Massagana

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La Gazette du Mondial, numéro 8

La formation continue

La défaite contre le Danemark a confirmé que l'équipe de France n'était pas prête à assumer les responsabilités d'une grande nation du football et qu'elle est encore dépourvue de cette culture particulière qui lui aurait permis d'assumer ce statut. Mais elle peut encore le conquérir, à condition de s'appuyer aussi bien sur cet échec que sur les victoires passées…
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Imprévoyants, nous n'avions pas préparé de rafale d’articles rageurs attribuant la défaite à untel ou untel, et pérorant qu’on l’avait bien dit. Tout juste a-t-on fait ici un peu d’anticipation (voir Menaces sur les Bleus et La grande débine). Malheureusement, le destin n’a pas eu plus d’imagination. On ne s’est pas non plus privé de critiquer des Bleus qu’il était difficile d'aimer comme avant, mais aujourd’hui, on n’a pas envie de s’acharner sous des prétextes fallacieux. Tout simplement parce qu’on n’a pas la prétention de connaître les véritables causes de l’élimination, ni d’ailleurs le secret d’un retour rapide sur le devant de la scène. Chercher ce secret, c’est d’ailleurs sans doute plus important. Le lynchage médiatique et le déferlement de critiques rarement argumentées qui se profile, incite en tout cas à essayer de prendre du recul, car il semble évident que les vraies raisons de cet échec ne se trouvent pas dans ce déchaînement tous azimuts, qui résulte plus d'une détresse psychologique que d’une analyse raisonnée.

Car la France du football a mal. Chacun l’exprime avec son caractère, et selon son passé de supporteur. Des amateurs "historiques" sont presque contents de renouer avec les discours pamphlétaires d’antan dont ils ont été longtemps sevrés. Certains nouveaux supporteurs que les victoires ont drainés par milliers s’en détachent à nouveau, et reprennent les discours des premiers pour retourner à leur agnosticisme footballistique. Tandis que d’autres, nombreux heureusement, réalisent enfin que la performance des Bleus sur ces quatre dernières années est exceptionnelle, et qu’elle prend fin dans une belle compétition.

Essayons alors d’imaginer autre chose que des discours rebattus, sans garantie de résultat, bien sûr.


Une nouvelle victoire du jeu
Tout d’abord, les Danois ont été très bons, comme à leur habitude. Ils sont un peu le révélateur de l’équipe de France, qui surmonte l’obstacle en se sublimant lorsqu’elle en bonne forme, mais trébuche impitoyablement lorsqu’elle ne l’est pas. Le jeu de l’équipe de France n’a pas présenté suffisamment de percussions, de permutations, de changements tactiques pour déstabiliser une équipe bien positionnée par un entraîneur ayant parfaitement analysé son jeu. Alors bien sûr, on peut s’acharner sur les joueurs qui ont pris des initiatives, qui ont essayé de perturber le bel ordonnancement de cet enterrement de troisième classe. Comme Candela ou Dugarry. S’en prendre aux joueurs qui ont essayé de prendre leurs responsabilités dans le jeu, c’est se focaliser sur les symptômes d’un mal dissimulé. On peut aussi, plus justement, reprocher l’absence de solutions offertes au porteur de la balle par des joueurs qui laissent leur partenaire sans autre ressource que de tenter l’exploit. Même Zidane a fait des mauvaises passes. Est-il pour autant un mauvais joueur? Non, il est resté isolé, comme ses efforts. Parfois, son génie a comblé et fait illusion, mais ça n’a pas suffi.

Progressivement mis en confiance par la justesse de leur tactique et par un but qui a bien profité de la fébrilité défensive adverse, les Danois ont pu calmement exploiter leurs ressources techniques et leur vision du jeu. Ces qualités sont loin d’être nouvelles, et souvent n’ont pas suffi face à cette même équipe de France. Mais cette fois-ci, la France n’a pas su surprendre, ni même renouveler ou imposer son jeu. Dans le football, tout évolue rapidement. L’équipe du Danemark 2002 a peut-être battu une équipe de France restée en 1998.

Renouveler ou imposer son jeu, c’était peut-être là la question. Lemerre devait-il bouleverser son système tactique? La réponse semble facile aujourd‘hui, mais cette solution n’était peut-être pas la meilleure. En tout cas, ses joueurs n’ont pas su s’imposer suffisamment . Ont-ils eu toutes les clés de la part de leur entraîneur? Difficile de l'affirmer. Peut-être ne le saura-t-on jamais. Peut-être cela a-t-il moins d’importance que de trouver ce qu’il faut à cette équipe pour rebondir. On peut d’ores et déjà en retenir qu’il faudra régénérer ses capacités à surprendre et à s’imposer. On peut être confiant dans l’avenir, car la qualité des nouvelles générations est toujours excellente. Espérons que nous ne gâcherons pas cet espoir en cassant ce qui nous a fait rêver.

Par ailleurs, pour l’anecdote, ce match aura permis de montrer, si besoin était, qu’aucun joueur n’est dépositaire exclusif du jeu d’une équipe. Pas plus Zizou qu’un autre. Certes, il était vraisemblablement diminué, certes il a montré comme toujours de belles choses, mais, dans un sport collectif, tout ne saurait reposer sur un seul être humain providentiel, aussi excellent et attachant soit-il. Ce n’est d’ailleurs pas seulement applicable qu’au sport.

Une autre dimension
C’en est terminé de l’ère des défaites glorieuses et des victoires piteuses. L’équipe de France a entamé l’ère des victoires glorieuses et des défaites forcément piteuses en comparaison. Le goût de la défaite est autrement plus amer. Il n’y a pas eu cette fois d’arbitre laissant impuni un Schumacher (même celui de France-Uruguay). Pas eu de Kostadinov pour laisser croire que l'on est injustement passé à côté du bonheur. Les poteaux n'étaient même pas carrés.
Aujourd’hui, l’équipe de France est dans une autre division, celle des grandes équipes dont le jeu et les joueurs sont analysés, décortiqués voire copiés par la plupart des entraîneurs du monde. Dans cette catégorie, la France n’a pas encore l’expérience du Brésil, de l'Argentine, de l'Italie ou de l'Allemagne, pour contrer et surprendre un adversaire qui s’est organisé en fonction de leur jeu, ou pour être en mesure de lui imposer impitoyablement son système malgré cette préparation. Conformément à l'adage, le plus dur n’est pas d’atteindre le sommet, mais d’y rester. Cette élimination rapide devrait nous faire apprécier à une plus juste mesure la performance que constitue la constance des prestations de ces grandes équipes.

C’est une cruelle désillusion donc, mais il ne faudrait pas tout détruire sous le prétexte qu’on n’a pas réussi une première compétition dans la cour des grands. Ce serait redescendre complètement au niveau d’antan, et renouer avec ces petites victoires et grandes défaites. Peut-on apprendre l’art de la durée? Oui, mais pas en cassant cette équipe de France et ses cadres. Il faudrait plutôt s’inspirer de l’exemple italien, allemand, argentin ou brésilien, pour que cette ère se prolonge au-delà de ce Mondial.

En conclusion, merci pour ces quatre années inoubliables, et pour toutes celles qui viendront. Bonne Coupe du monde à tous!

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