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Toni Turek

 

Überfan des footballs d’Allemagne et d’Autriche, passés et présents. Taulier de la Ventre Mou's League.


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Un bon polder

La finale sans fin

Jouée puis rejouée, la finale du championnat d’Allemagne 1921/22 a été unique en son genre: ses cinq heures de jeu n’ont pas suffi pour en déterminer le vainqueur.

 

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En 1922, la phase finale du troisième championnat allemand d’après-guerre démarre dans la confusion. Selon le règlement, sont qualifiés pour les play-off nationaux les vainqueurs des sept championnats régionaux existants et le champion national en titre. Cette année-là pourtant, trois qualifiés finissent déchus du titre régional leur ayant valu leur qualification en play-off. Mais ces décisions, tardives, restent sans effet sur les trois clubs concernés qui participent aux play-off… durant lesquels ils sont éliminés d’entrée.
 

La finale du championnat 1921/22 oppose un club du nord, le Hamburger Sport Verein (HSV), à un club du sud, le 1. FC Nürnberg (FCN), double champion en titre au sein duquel on retrouve quatre des onze Allemands qui ont battu le voisin autrichien, en amical à Vienne, deux mois plus tôt.

 

Deutsches Stadion
 


Acte 1: jusqu’à ce que la nuit les sépare

Cette finale HSV/FCN démarre à Berlin, le 18 juin 1922 à 17 heures. Avec ses nombreux internationaux et son statut de champion, Nuremberg part favori. Mais c’est bien Hambourg qui a les faveurs de la majorité des 30.000 spectateurs du Deutsches Stadion. Dans les travées, l’ambiance est intense, sans être tendue, mais sur le gazon, les joueurs ne se font aucun cadeau, tant en tacles qu’en buts.
 

Le score est ouvert par le jeune ailier de Hambourg Hans Rave, dix-neuf ans, qui prend le portier Heinrich Stuhlfauth à contrepied. L’égalisation de Nuremberg intervient aussitôt: l’attaquant Heinrich Träg profite de la déconcentration hambourgeoise pour remettre les deux clubs à égalité. 1-1, on en est à la 20e minute. Dès lors, le FCN domine et bientôt mène, grâce à la réalisation d’un autre international, Luitpold Popp, à la demi-heure de jeu. Il se contente ensuite de gérer mais, alors que le coup de sifflet final approche dangereusement, une énième offensive du HSV aboutit enfin: un tir du milieu Hans Flohr trouve la faille dans la terrible muraille du FCN. Fin du temps réglementaire: 2-2. Qui s’attend à voir d'autres buts lors de la prolongation va être déçu. Après tant d’efforts consentis, les vingt-deux acteurs sont épuisés, et au coup de sifflet de l’arbitre Peter Bauwens [1] marquant la limite des cent vingt minutes, beaucoup s’écroulent de fatigue.

Mais le match n’est pas fini: il faut un vainqueur à cette finale. Or, en cas d’égalité après les prolongations, le règlement est clair: il faut disputer des prolongations encore et encore, par tranches de deux fois dix minutes, jusqu’à ce que l’égalité au score ne soit plus. Et les remplacements n’existent pas à l’époque… Le jour baisse, et avec lui la visibilité. Pourtant, le match reprend. Mais les joueurs courent à peine, les passes ne trouvent plus leurs destinataires, et même l’arbitre vient à tomber, lui aussi perclus de crampes – même si après quelque soin il se relève tant bien que mal.

Le match, interrompu à plusieurs reprises déjà dès la première mi-temps à cause de l’engagement physique très intense, n’est plus rythmé que par le sifflet pour les passages des soigneurs et les fins de prolongation. Et cette in vraisemblable finale se poursuit, usant le chronomètre, rayant des tablettes le record de 1912, où le but décisif n’était tombé qu’à la 153e minute. Trois heures après le coup d'envoi, le cinquième but se fait attendre… Finalement, Bauwens interrompt ce match interminable après 3h45 de présence – pour exactement 189 minutes de jeu. Le crépuscule est tombé, les joueurs sont morts de fatigue, et bien des spectateurs ignorent comment ils vont pouvoir rentrer chez eux, à un horaire où les trains ne circulent plus. Mais quand les deux équipes quittent le terrain, c’est sous un tonnerre d’applaudissements. Cette finale épique devra être rejouée.
 


Acte 2: Nuremberg voit rouge

On prend les mêmes [2] et on recommence, le 6 août 1922 à Leipzig. Encore arbitrés par Bauwens, Hambourg et Nuremberg se retrouvent dans l’antre du club le plus titré d’Allemagne, devant 50.000 spectateurs.
 

Si la première finale a été épique, ce second épisode va être également mémorable… mais différent. Car très tôt, Nuremberg est réduit à dix: dès la 18e minute, l’avant-centre Böß est exclu, coupable d’avoir piétiné le défenseur hambourgeois Albert Beier qui était à terre… Agacé par les coups, l’arbitre avait pourtant prévenu des risques d’un engagement physique au-delà du tolérable.

 

La supériorité numérique du HSV ne vaut pas pour autant avantage au score. Pire, c’est le FCN qui marque en premier: le buteur trapu Träg offre à son équipe un avantage qui va tenir vingt minutes, avant que Karl Schneider n’égalise pour le HSV. Par la suite, l’événement le plus notable est la sortie du défenseur bavarois Toni Kugler: touché au genou, le malheureux, qui a déjà perdu plusieurs dents lors de la finale de juin après un coup pris en pleine face, doit laisser ses coéquipiers. Si le FCN plie, il ne rompt pas, et Bauwens siffle la fin des quatre-vingt-dix minutes sur une égalité de 1-1. Et revoilà les prolongations!
 

Les spectateurs s’interrogent: vont-ils revivre le marathon de Berlin? Car à neuf, Nuremberg résiste vaillamment. Mais dans la première période de ces prolongations, le FCN perd Träg. Impliqué un peu plus tôt dans un échange animé avec le défenseur du HSV Rudolf Agte, le caractériel buteur bavarois agresse le défenseur adverse Beier, qui vient de commettre une faute sur lui. C’est donc à huit que Nuremberg atteint la mi-temps des prolongations. Sitôt le coup de sifflet de fin donné, Popp, l’autre buteur du FCN à Berlin – et le meilleur buteur de ces play-off – s’effondre, hors d’état de continuer. Or, le règlement stipule qu’un match s’arrête aussitôt qu’une équipe compte moins de huit joueurs sur le terrain. Dura lex sed lex: Bauwens met fin à la finale numéro deux après 1 heure 45 de jeu.
 


Acte 3: et le champion est…

Nuremberg s’attend à re-rejouer la finale. Surprise! La fédération allemande décide l’octroi du titre à Hambourg, car selon elle c’est bien Nuremberg qui a provoqué l’interruption du match par ses deux expulsions pour brutalités. Nuremberg fait appel, en impliquant l’arbitre: Bauwens a mis fin au match alors que celui-ci était déjà interrompu, puisque la première mi-temps de la prolongation était finie. Il aurait fallu siffler la reprise de la prolongation avant de siffler la fin définitive de la finale.
 

La bataille Nord-Sud s’éternise hors du terrain. La fédération confirme sa décision par vote à l’automne 1922. Mais la ligue régionale où évolue le titan d’alors qu’est le FCN a agité la menace d’une sécession. En définitive, Hambourg renonce à son premier titre sous la pression de la fédération [3]. Un titre perdu… vite retrouvé: le HSV sera sacré dans les règles en 1923… puis détrôné en 1924 par le FCN. Quant aux prolongations, finis les marathons: s’il y a égalité après 150 minutes, un match d’appui sera organisé – une décision qui a permis à cette finale de 1922 de rester la plus longue disputée outre-Rhin.
 


[1] Arbitre international, Bauwens sera président de la Fédération allemande de foot (DFB) de 1949 à 1962.
[2] 20 des 22 joueurs de la première finale y sont. Pas le défenseur de Nuremberg Grünerwald: il s’est blessé à un pied en descendant du train!
[3] Officiellement, il n’y a donc pas de champion 1922… même si, sur le trophée actuel, la mention "1922 1.FC. Nürnberg-HSV. Hamburg" figure bien.

 

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