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Grant Wahl

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Dans la ligne de Miro

La FIFA était fermée de l'intérieur

When Saturday Comes – Lorsque le journaliste américain Grant Wahl a voulu se présenter à la présidence de la FIFA en 2011, il a pris la mesure du caractère autocratique de l'institution. Il raconte.

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Extrait du numéro 328 de
When Saturday Comes (juin). Titre original : "Campaign Trail". Traduction: Toto le zéro.

* * *
 


Récemment, un informateur au sein de la FIFA m’a envoyé ce message: "On a changé nos règles à cause de toi." Intrigué, je lui ai demandé de s’expliquer. Il y a trois ans, j’avais annoncé ma candidature à la présidence de la FIFA en tant que "Candidat du peuple, une voix pour le fan international ordinaire". Mon programme avait été suffisamment simple, comprenant la promotion de réformes pleines de bon sens (technologie sur la ligne de but, mandats limités pour les officiels, nomination de femmes dans la gouvernance) et un WikiLeaks sur la FIFA, c’est-à-dire la publication de tous les documents internes afin de pouvoir déterminer le niveau de corruption dans le cadre des votes suspects pour l’attribution des Coupes du monde de 2018 et 2022.

 

FIFA


 


De la difficulté d'être – officiellement – candidat

Les officiels présentent volontiers la FIFA comme une grande démocratie, mais la plupart des démocraties n’ont pas d’élections à candidat unique – ce qui s’est produit pour la présidence en 2007, et à nouveau en 2011. Ma candidature fut semblable à celle de l’écrivain Norman Mailer pour la mairie de New York en 1969, à la fois sérieuse et satirique, et nous nous étions bien amusés, chez Sports Illustrated, en préparant la vidéo de campagne. Dans un sondage aux lecteurs de SI.com dans lequel nous avions demandé pour qui ils voteraient s’ils en avaient l’opportunité, j’avais obtenu 95% des suffrages, tandis que les responsables en place Sepp Blatter et son adversaire Mohamed Bin Hammam en avaient enregistré respectivement 2 et 3. Je ne m’étais toutefois pas fait d’illusions: mon score flatteur tenait surtout au désenchantement public, et international, envers Blatter et les autres candidats de complaisance de la FIFA.
 

Car justement, à l’époque, le règlement de la FIFA m’autorisait pleinement à me porter candidat à la présidence. J’avais ainsi découvert que n’importe qui pouvait , mais que pour devenir officiellement candidat au scrutin, il fallait obtenir la désignation officielle d’au moins l’une des 208 fédérations officielles que compte la FIFA, la date limite étant fixée deux mois avant l’élection. Sepp Blatter ayant déjà été désigné par la fédération de Somalie, le pays le plus corrompu du monde selon Transparency International, alors j’avais cherché le parrainage de l’une des nations les moins corrompues au monde. Au cours des six semaines suivantes, je contactai probablement quelques cent cinquante fédérations nationales, de grands (Australie, États-Unis) ou de petits pays (Islande, République dominicaine, République de Macédoine), ou bien entre les deux (Suède, Chili, Irlande, Israël). Toutes se montrèrent amicales, mais aucune n’eut le courage de m'adouber, la crainte d’éventuelles répercussions de la part de la FIFA étant trop grande.
 


La crainte de représailles de Blatter et Platini

J’ai compté plus de soixante entretiens avec les organes de presse de vingt pays différents, y compris la BBC, CNN et Reuters. Le Shanghai Morning Post m’a par exemple posé la question suivante: "Est-ce qu’il y en a qui ont cru à une blague ou que vous aviez perdu la raison?" The Economist consacra un article aux élections ponctué de cette phrase: "Le journaliste américain Grant Wahl a de bonnes idées, mais pas la moindre chance."
 

Finalement, une semaine avant la date limite des désignations, Sports Illustrated m’envoya au congrès de l’UEFA à Paris, où je m’entretins avec un officiel de haut rang de la fédération d’un des pays ayant remporté la Coupe du monde. Sa première question fut on ne peut plus directe: "Pourquoi la fédération américaine ne veut pas vous désigner?", me demanda-t-il. Ce à quoi je répondis: "Ils sont comme tous les autres, ils craignent une réaction négative tôt ou tard de Blatter et de la FIFA." Il m’expliqua ensuite la position de sa propre fédération, influencée non seulement par Blatter mais également par Michel Platini, le président de l’UEFA: "Demain, lors du congrès de l’UEFA, Blatter va annoncer qu’il ne se présentera pas en 2015. Platini souhaite se présenter en 2015, donc il va demander à toutes les grandes nations européennes de soutenir Blatter cette année. Nous n’aimons pas tellement Blatter, mais nous allons aussi avoir une dette envers Platini." Il précisa alors que le problème était que le parrainage d'un candidat pour la présidence de la FIFA prendrait inévitablement le sens d'un soutien public, passible de représailles de la part de Platini et de Blatter, alors que le vote en lui-même est à bulletins secrets: "Il y a beaucoup plus de chances pour que l’on vote pour vous lors de l’élection que pour que l’on vous parraine. Il est impossible de vous désigner."
 


Verrouillage à double tour

Et c’est exactement ce qui se produisit: aucune des fédérations ne se montra prête à me désigner, y compris l’Angleterre, qui fit néanmoins un geste politique en s’abstenant durant l’élection officielle, en guise de rebuffade contre Blatter. Même si ma propre campagne dut s’achever à ce stade, j’étais tout de même fier de ce que j’avais pu accomplir: j’avais réussi à faire passer mon message. Les fans ordinaires du monde entier furent amenés à discuter un peu plus des absurdités du processus électoral de la FIFA, se demandant pourquoi leurs voix ne comptaient pas et pourquoi ceux qui étaient prêts à remettre en question un statu quo pourtant impopulaire étaient si rares. Il leur est tout aussi difficile de comprendre pourquoi les dirigeants de la FIFA n’adoptent pas des réformes de bon sens qui donneraient au plus beau des sports la gouvernance propre et respectée qu’il mérite. Sepp Blatter lui-même aura fini par soutenir certaines de mes propositions de réformes, notamment la technologie sur la ligne de but et la toute première nomination de femmes au comité exécutif, même si le Suisse n'a toujours pas entendu raison concernant le nombre de mandats.
 

En fin de compte, même une personnalité de renommée internationale comme Bill Clinton ou Kofi Annan ne serait pas en mesure aujourd'hui de remporter l’élection à la présidence de la FIFA, ni même d’être désigné. En effet, comme mon ami informateur me l’avait révélé, les candidatures externes sont dorénavant impossibles. La FIFA a changé les règles à la suite de ma campagne: il faut désormais être formellement désigné par cinq fédérations et non plus une seule et, point crucial, le candidat doit avoir travaillé pour une fédération au moins deux ans lors des cinq années précédant le vote.
 

D’une certaine manière, la FIFA s’était réformée. D’une autre, c’était toujours la même organisation qu’auparavant.

 

 

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