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Toni Turek

 

Überfan des footballs d’Allemagne et d’Autriche, passés et présents. Taulier de la Ventre Mou's League.


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La diversité sauce Canal

La dynamite de Zagreb

Zdravko Mamic est au Dinamo Zagreb ce que Gigi Becali est au Steaua Bucarest. Pour le meilleur, et surtout le pire.

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Mamic et le Dinamo, c’est tout une histoire. Une histoire qui a commencé très tôt, dès l’adolescence du natif de Bjelovar, quand celui-ci arrive dans la capitale croate. Licencié au Dinamo, il s’investit à fond dans le supportariat, faute de percer comme jeune footballeur: il est souvent vu du côté du Stadion Maksimir, à vendre des coussins aux couleurs du Dinamo. Devenu multimillionaire grâce à la vente, à un marchand d’armes, des parts qu'il avait acquises pendant la guerre dans une compagnie forestière et une entreprise de boissons, Mamic se lance dans le monde du foot.

 


Mamic, le Dynamique de Zagreb

Ses premiers "faits d’armes" ont lieu en 1992, dans une Croatie fraîchement indépendante: mécontent de ne pas être choisi comme directeur sportif du Dinamo, il veut tabasser le président du club de l'époque, Josip Šoic, qui s’échappe in extremis en escaladant une barrière du Maksimir. À la même période, Mamic agresse un membre de la Fédération croate… et s’en tire sans fâcheuse conséquence, la suspension à vie prononcée contre lui n'étant pas effectivement appliquée. En 1994, il tente d'étrangler le délégué d'un match de Coupe des Coupes contre Auxerre. En dehors du foot, Mamic ne vaut pas mieux: en 1995, dans le centre-ville de Zagreb, il renverse un policier qui avait l’outrecuidance de s’intéresser à sa Jaguar mal garée! Presque dix ans plus tard, l’enquête se conclut sur un non-lieu, la victime ayant, comme par hasard, oublié les détails de cet accrochage…

 

 

 

L’évolution de la carrière de Mamic dans le foot croate intervient en 2003: Mamic entre dans l’organigramme de la direction du Dinamo. Une ascension liée au changement de pouvoir: il est proche du HDZ, parti nationaliste qui dirige la Croatie. Mamic en profite pour cumuler sa nouvelle fonction avec celle d'agent de joueurs. Activité lucrative: tous les joueurs qui signent au Dinamo doivent s'engager avec sa société de management sportif – officiellement dirigée par son fils – et malheur à ceux qui se rebellent [1]. Le "vice-président exécutif" (sic) Mamic verrouille le club: le président en titre Mirko Barišic n’est qu’un homme de paille, et le directeur sportif est… Zoran Mamic, frère de Zdravko. Les anciennes gloires du Dinamo sont absentes, remplacées par des notables qui, s’ils ne comprennent rien au foot, comprennent bien qu’il va de leur(s) intérêt(s) de faire réélire Mamic à leur tête.

 

Mamic a un pied dans le foot, l’autre dans la politique. Le Dinamo possédant le statut d’association publique, il dépend de la mairie de Zagreb. Or, le maire Milan Bandic est un des proches de Mamic – celui-ci a financé sa campagne électorale. Monsieur le maire sait donc se montrer généreux quand il faut aider le club, ou faire des travaux surfacturés au Maksimir. La Fédération croate n’est pas moins à la botte de Mamic: son soutien, aidé vraisemblablement par l’achat de voix, a rendu possible en 2011 une nouvelle réélection du président Vlatko Markovic, tout aussi recommandable [2].

 

 


Ensemble pour le Dinamo

Tout-puissant, l’autocrate Mamic ne peut cependant pas tout contrôler. Début 2012, les fans membres des Bad Blue Boys, desquels Mamic était pourtant très proche à ses débuts dans le foot, écrivent une lettre aux nouvelles autorités du pays, à la presse et à des associations anti-corruption. Ce courrier est un inventaire exhaustif des différents scandales où apparaît Mamic depuis son arrivée à la tête du Dinamo (lire Tout sur Mamic).

 

Ce "coup de poing" médiatique fait suite à l’offensive Zajedno za Dinamo ("Ensemble pour le Dinamo") initiée à l’été 2010, une opération sans précédent des groupes de supporteurs du Dinamo. À cette période, Mamic brade l’attaquant Mario Mandžukic au VfL Wolfsburg pour 7 millions d'euros, alors que le joueur vient d’être décisif en qualification de C1. Peu après, l’entraîneur Velimir Zajec, alors en Hongrie pour préparer un match contre Györ, apprend son limogeage par un simple coup de téléphone d’un Mamic qui vogue en croisière sur son yacht. Pour les fans du Dinamo, le seuil de tolérance est dépassé: déjà échaudés par les rumeurs de corruption, et chauffés au rouge par une sortie sans gloire de la C1 liée pour eux au départ de Mandžukic, ils décident de s’unir et de boycotter tous ensemble l’intégralité de la saison 2010/11. En réaction, Mamic n’hésite pas à s’en prendre à eux, les traitant à l’envi de Serbes ou de Musulmans qui veulent détruire la Croatie. Il n’hésitera pas davantage plus tard à virer le défenseur argentin Leandro Cufré, auteur du crime d’avoir salué ces fans anti-Mamic. Un comportement tout en modération qui n’est pas sans rappeler celui du sulfureux président du Steaua Bucarest, Gigi Becali [3].

 

 

 

Les supporteurs ont le mérite de réagir là où les instances footballistiques, politiques et judiciaires sont depuis trop longtemps inertes. Certes, le palmarès du Dinamo Zagreb s’étoffe sous la férule de Mamic: depuis 2006, le club est champion de son pays sans discontinuer, avec cinq doublés Championnat-Coupe. Mais les fans voient aussi que l’instabilité est la règle: en moins de dix ans, une vingtaine d’entraîneurs sont passés par le club. Surtout, à chaque intersaison, les meilleurs joueurs sont vendus, y compris ceux qui viennent à peine de sortir du centre de formation. Grâce à ces juteux transferts, le Dinamo aurait enregistré des gains supérieurs à 100 millions d'euros! Tout bénéfice pour Mamic et Cie, car les coûts restent minimes grâce au financement public apporté par la mairie. De quoi énerver les supporteurs, qui se demandent bien où passe l’argent récupéré.

 

 


Fin de règne ?

Un argent qui provoque des soupçons de corruption. Dernièrement, plusieurs matches du club ont été entachés de suspicions d’irrégularités. Sur la scène européenne, cela a ainsi mené à une audition par l’UEFA en 2010 du directeur sportif du Dinamo et frère de Zdravko Mamic, Zoran. Sur la scène locale, la finale de Coupe 2009 contre le grand rival de l’Hajduk Split, gagnée par le Dinamo aux tirs au but (3-0 à 11 contre 9 à l’aller, 0-3 au retour), a également fait parler…

 

Beaucoup se rappelleront aussi de cette rocambolesque défaite concédée par le Dinamo au Maksimir face à l’OL. Réduits à dix, les Croates encaissent très (trop?) facilement six buts après la mi-temps (1-7), qualifiant l’OL aux dépens de l’Ajax Amsterdam. Match truqué en vue de paris sportifs? Ou basse vengeance signée Mamic, qui n’avait pas digéré le laisser-aller batave contre Anderlecht en 2009 [4]? En tout cas, cela n’a pas aidé à calmer les supporteurs, furieux et désabusés de voir les joueurs balancer ce match et mépriser leur club – ainsi devenu l’une des rares équipes à avoir perdu ses six matches de groupe.

 

 

 

Depuis, Mamic ne s’est pas calmé. Il a récemment fanfaronné après la qualification en Ligue des champions du Dinamo, invitant tous les fans du club, y compris "les hooligans et les sauvages", à célébrer cette performance. Il a aussi promis "la meilleure équipe qu'il y ait jamais eu au Maksimir" pour cet hiver. Plus surprenant, il a évoqué son départ, indiquant qu'il ne serait pas éternel. Faut-il y croire? Car malgré les soupçons d'arrangement et les mouvements de protestation des fans, Mamic reste présent. Certes, le sens du vent a un peu tourné. Fin 2011, deux membres de la Fédération croate, dont un bras droit du président, ont été arrêtés pour corruption, et depuis, le président Markovic a quitté son poste. Mais Davor Šuker qui lui a succédé n’a pas débuté de grand ménage, et Mamic garde des proches dans la place. Avec son projet d’interdire le cumul de la fonction d’agent de joueurs avec d’autres fonctions dans le foot, le gouvernement croate pourrait faire vaciller le tyran du Dinamo, son frère et ses sbires sur leur piédestal. À quand la chute?

 

 


[1] Mamic est en procès avec Eduardo da Silva auquel il avait fait signer, à seize ans, un nébuleux contrat lui réservant 25% de tous ses gains futurs pendant sa carrière.
[2] Markovic a été condamné par l’UEFA en 2011 pour propos homophobes.
[3] Lire "Jeux de Roumains, jeux de vilains".
[4] Pour une qualification croate, il fallait alors que l’Ajax (déjà qualifié) s’imposât à domicile devant Anderlecht. Or, l’Ajax a pris trois buts dès la première mi-temps, et perdu au final 1-3 – un résultat qui a éliminé le Dinamo.

 

 

 

 

Tout sur Mamic

Pour ceux qui ne connaîtraient pas Mamic, voici le "meilleur" de la liste publiée par les Bad Blue Boys.

 

2003 : lors d'une réunion à la mairie de Zagreb, Mamic, alors récemment opéré du genou, frappe avec une de ses béquilles Miljenko Mesic, le patron de l'urbanisme, qui vient de lui refuser la construction d'un gratte-ciel. L’agressé le blesse en lui retournant un coup de poing. Pas de plainte. Plus tard, l’autorisation est accordée.

 

2004 : Mamic accuse l'ex-entraîneur du Dinamo Miroslav Blaževic d'avoir volé de l'argent, et le menace de mort. Blaževic demande à l'Uskok – organisme public chargé de lutter contre la corruption – d'enquêter sur Mamic, qui aurait la fâcheuse habitude d'acheter les arbitres.

 

2006 : le journaliste Jura Ozmec porte plainte contre Mamic et demande une protection policière. Depuis, Mamic a fait des journalistes sa cible préférée. La même année, Mamic "s'amuse" à faire le salut nazi après une victoire sur un club lituanien en tour préliminaire de Ligue des champions.

 

2007 : Mamic menace un journaliste et un caméraman. Après une victoire 3-2 à Amsterdam, il effectue un strip-tease à l'aéroport de Zagreb.

 

2008 : Mamic insulte le journaliste Roman Ejbl. Il jure aussi qu’il aura "la tête" de l’arbitre Vlado Svilokos.

 

2009 : Mamic agresse verbalement le journaliste Ivica Blaži?ko. Il réalise aussi une magistrale provocation en disant connaître toutes les chansons de supporters du Partizan et de l'Etoile Rouge de Belgrade, et en affirmant que la Yougoslavie était le plus beau pays du monde.

 

2010 : son yacht sur l'Adriatique est saisi par la douane. Il s’en prend verbalement à un mafieux serbe notoire et aussi au ministre de la Défense Branko Vukelic.

 

2011 : Mamic est ciblé par le nouveau ministre des Sports qui souligne qu’il est en situation de conflit d'intérêt. Mamic agresse un policier, et s’accroche violemment avec l’entraîneur du Dinamo Vahid Halilhodžic, qu’il vire.

 

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