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Grégory Charbonnier

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La dernière finale

Le 15 mai 1982 au Parc des Princes, des Verts au crépuscule rencontrent un PSG à la poursuite de son premier titre. Et le match prépare en effet un vrai renversement...

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Francis Borelli à quatre pattes en train d’embrasser la pelouse du Parc des Princes, vous connaissez l'image, ce moment-là, à la toute fin des prolongations de la finale de la Coupe de France 1982. Les supporters parisiens, fous de joie, envahissent la pelouse. La rencontre n’est pourtant pas terminée, Rocheteau vient certes d’égaliser mais il reste quelques instants à jouer.
 


Le match des adieux

Les Verts ont l’habitude des grands rendez-vous: l’épopée de 76, les matches de coupe d’Europe, le titre de 1981, la finale perdue contre Bastia cette même année. Bernard Gardon, par exemple, en est à sa quatrième participation à une finale. "Nous avions l’expérience des gros matches avec les campagnes européennes. Nous étions relativement sereins car nous avions réussi une fin de championnat intéressante, en finissant deuxième après une bonne série. Certains allaient disputer la Coupe du monde en Espagne. Il n’y avait pas de détachement chez eux, mais une certaine assurance. Donc nous, les jeunes, nous étions à l’aise", explique le milieu du terrain Jean-Louis Zanon. La presse de l’époque parle d’une question de prestige pour les Foréziens.
 

Pour le PSG, l'enjeu est vital. Les Parisiens ont fini 7e en championnat. Afin de disputer la coupe d’Europe, il faut remporter la Coupe de France. Pourtant, le président Francis Borelli a bâti une belle équipe, au moins sur le papier, mais qui manque de cohésion, de fond de jeu. Le danger vient de l’attaque: Toko, Rocheteau, Boubacar, Surjak. Paris, en 1982, se veut une grande équipe mais ne l’est pas encore.
 

 



 

Cette finale est aussi une somme de duels. Dans les buts, Castaneda et Baratelli sont en concurrence en équipe de France, alors que le Mundial espagnol débute un mois plus tard. Un avantage psychologique ira sûrement au vainqueur. Match aussi entre Platini et Surjak, les deux artistes qui disputent leur dernier match avec leurs clubs respectifs. Pour le numéro 10 de l’équipe de France, c’est l’occasion d’un dernier trophée avant le départ à Turin. Sur le terrain, autre duel, direct celui-là: Gardon face à Rocheteau. Et un ancien joueur est toujours dangereux…
 


"Le jouet était cassé"

L’ASSE est un grand club, mais le navire tangue depuis le 1er avril 1982. Ce jour-là, Loire-Matin révèle de graves dissensions au sein du club, particulièrement entre les Associés supporters et le président Rocher. Depuis, le conflit s’est mué en un affrontement entre le président et l’entraîneur Robert Herbin. L'ambiance dans le TGV menant à Paris est glaciale. La guerre risque de repartir dès le lundi, surtout si les joueurs ne gagnent pas. Cette situation bloque des décisions: les jeunes ne signent pas de contrat pro et lorgnent ailleurs. Larios parle de partir, il est proche de Tottenham. "C’était trop tard, le jouet était cassé, se souvient Zanon. Les guerres internes étaient trop profondes. Peut-être Rocher serait parti sur un titre… Mais Platini s’en allait, plusieurs joueurs étaient en partance…"
 

La rencontre se déroule à l’extérieur pour Saint-Étienne. "Avant le match, nous entrons sur le terrain, nous saluons le président Mitterrand – c’était sa deuxième année de septennat. Mais surtout, ce dont je me souviens, c’est le nombre de supporters parisiens. Nous avions le sentiment de jouer à l’extérieur. Malgré les Stéphanois, nombreux aussi, le stade était pour Paris".
 

La première mi-temps n’est pas grandiose. Le PSG domine et inquiète Castaneda par Boubacar, Rocheteau et Dahleb. Les Verts, eux, se refont petit à petit par la construction collective. Les Verts jouent-ils le contre? "Non. Nous avions une équipe qui jouait les coups à fond. Platini n’était pas un préparateur de jeu. Il voyait vite et jouait vite vers l’avant. Il n’y avait pas une grosse préparation de jeu: une, deux passes, de manière verticale. On avait l’impression que nous jouions le contre, alors que non".
 


Doublé de Platini

Surprise à la 18e minute: Surjak tire un coup franc, Castaneda se contente de lever les bras alors que le ballon pénètre dans les buts. Rocheteau est hors-jeu… Pour se venger, Rep centre dans la surface parisienne, Platini talonne pour Larios. Baratelli repousse.
 

La seconde mi-temps voit encore les Parisiens dominer. Et logiquement, ils ouvrent le score. Surjak déborde Battiston et centre au second poteau. Le ballon est mal renvoyé et Toko fusille Castaneda. Platini va se charger de faire revenir les Verts sur deux centres de Zanon. "Les deux buts, ce sont les mêmes. Un ballon récupéré dans notre camp, une relation avec Larios sur le premier, directement sur Michel pour le second. Michel demande le ballon dans le dos des défenseurs. Je me suis efforcé de les mettre comme ça et après, il a fait le reste. Rien que ses deux contrôles… Les deux buts sont pour lui". Deux buts, oui: Platini égalise à la 78e d’une reprise de volée puis donne l’avantage pendant les prolongations, à la 99e. Une septième coupe se profile pour les Verts.
 

"Nous étions sûrs de la gagner. Jusqu’à trois minutes de la fin, nous étions sereins car, en face, ils étaient résignés depuis dix ou quinze minutes minutes. Jusqu’à cette bête perte du ballon… Nous sommes restés comme des cons. L'expérience des gros matchs n'a pas changé grand-chose. Il reste une minute trente et on demande à Rep de garder le ballon le plus loin possible. Et lui, avec toute son expérience, a voulu marquer un but tout seul. Et nous en encaissons un sur le contre". Et c'est Rocheteau, l’ancien Ange vert, qui marque. Sur le débordement, la défense forézienne est comme aspirée au premier poteau. Seul un défenseur reste au milieu de quatre Parisiens. Le ballon arrive, Rocheteau reprend de volée, Casta ne bouge même pas.
 


Le dernier mot pour Pilorget

La suite? Borelli à quatre pattes, les supporters sur le terrain. "C’était plus qu’énorme. Il reste deux minutes à jouer, le stade est envahi car les gens croient que le match est terminé. Il y avait des centaines de supporters, mais ils n’avaient pas de mauvaises intentions. Nous n’avons pas eu peur. Nous sommes rentrés aux vestiaires. L’arbitre nous a demandé si nous voulions jouer les deux dernières minutes. OK."


La finale 1982 se joue aux tirs aux buts. La première série s'achève sur une égalité. "Je suis le troisième tireur. Avant moi, Bathenay loupe, mais l’arbitre le lui fait retirer: Castaneda avait bougé. Il marque. Gardon me dit de frapper fort et au centre. Je n’ai pas l’habitude mais j’essaye. Je fais un extérieur… directement en touche. L’arbitre me dit de le retirer, Baratelli ayant bougé. J’ai marqué du plat du pied". 5-5, place à la seconde série. Lopez, formé au club, le gars qui s'est joué de Blokhine un soir de mars 1976, Lopez, le capitaine, un des meilleurs joueurs sur la pelouse, et qui joue son dernier match en vert... Lopez bute sur Baratelli. Pilorget convertit le dernier penalty. L’ASSE vient de perdre la Coupe de France 1982. Tant pis, il y en aura d’autres.

 


Paris SG-AS Saint-Étienne 2-2 (6-5 tab)
15 mai 1982
Buts: PSG: Toko (58e), Rocheteau (120e). ASSE: Platini (78e, 99e).
PSG: Baratelli – Pilorget, Lemoult, Bathenay, Col (Renault 118e) – Boubacar, Dalheb (Ngom 84e), Fernandez – Surjak, Toko, Rocheteau. Entr.: Peyroche.
ASSE: Castaneda – Battiston, Gardon (Nogues 67e), Lopez, Lestage – Janvion, Zanon, Larios – Platini, Paganelli (Roussey 67e), Rep. Entr.: Herbin.

 

LIRE AUSSI L'INTERVIEW DE PATRICK BATTISTON

 

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